Violence policières et contrôles "au faciès"

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Mots-clés : racisme d'Etat, Racisme, Immigration, Etrangers, Clichés, Préjugés, Antisémitisme, Extrême droite, Discriminations, Lois antiracistes, Associations, Islamophobie, Violences policières, Délinquance, Agressions racistes, Contrôles au faciès, Laïcité, Égalité, Thèmes à vérifier [ modifier ]

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« Depuis des années, nous alertons sur les cas d’usage illégal de la force par les forces de l’ordre en France et les difficultés pour les victimes d’accéder à la justice. Aujourd’hui, il est urgent que les autorités françaises réagissent.

Mauvais traitements et torture, décès pendant des interpellations, répression violente pendant des manifestations, contrôles à caractère discriminatoire et propos racistes, les dérives des forces de l’ordre en France sont nombreuses. Que ce soit dans le cadre de contrôles, d’interpellations ou de manifestations, nous dénonçons l’usage non nécessaire ou excessif de la force contre la population, notamment contre les minorités.

Depuis plus de 15 ans, nous enquêtons sur ces pratiques policières abusives ou illégales. La plupart de nos recommandations n’ont pas été écoutées. La France doit respecter ses engagements internationaux en prenant des mesures pour empêcher que des actes de torture et des traitements cruels, inhumains ou dégradants soient commis par sa police.

Nous appelons à des réformes transparentes et systémiques des pratiques policières, et à la mise en place d’un organe d’enquête indépendant et impartial sur les allégations de violences policières et de discriminations. »
Auteur anonyme, « Violences policières en France », Amnesty.fr.
« “J’enlève ma capuche, les mains de mes poches, je fais attention à ma démarche, à ne pas faire remarquer ma couleur de peau.” A chaque fois qu’Alexis* se retrouve seul dans la rue, la nuit, et qu’il voit une voiture de police arriver, son corps se raidit. Cet étudiant noir de 21 ans, qui vit à Reims (Marne), n’a jamais été témoin de violences policières semblables à celles qu’ont subies Adama Traoré ou Théo Luhaka, mais il sait que cela peut arriver. Cela peut lui arriver. En 2017, le Défenseur des droits, Jacques Toubon, rappelait qu’en France, les jeunes hommes “perçus comme noirs ou arabes” ont “une probabilité 20 fois plus élevée que les autres d’être contrôlés” par les forces de l’ordre et de vivre “des relations plus dégradées”.

Alexis a grandi dans des quartiers de Reims où les forces de l’ordre étaient peu présentes, mais l’éventualité d’y faire face a toujours été au cœur des discussions en famille. “Mes grandes sœurs m’ont constamment mis en garde : ‘fais attention à ta façon de parler, ton regard, aie toujours ta carte d’identité sur toi, ne t’énerve pas face à des agents, ne fais pas de gestes brusques’…” énumère ce membre d’une fratrie de six enfants. “Fais tout pour éviter au maximum la police et que rien ne puisse se retourner contre toi.” Une peur de la police transmise entre générations

Nadège*, sa grande sœur de 30 ans, ne se souvient pas du moment précis où elle a commencé à lui en parler. Ses conseils allaient de pair avec leurs conversations sur le racisme. Elle dit avoir elle-même intégré cette vigilance à travers le parcours de leurs parents. “Mon père est arrivé en France dans l’illégalité à l’âge de 18 ans. Il s’est toujours senti en insécurité, soupçonné. Ses papiers ont toujours été une source de stress et d’angoisse énormes, raconte-t-elle. Quand on marchait dans la rue, je le sentais toujours fébrile, tendu. Il n’a jamais eu confiance dans la police et nous l’a complètement légué.”

Sa mère lui transmet également cette peur de l’uniforme. Sur Facebook, Nadège ne doit pas trop s’exprimer pour éviter que “la police voie” ce qu’elle écrit. L’été, quand elle part faire les vendanges, elle doit garder sa carte d’identité sur elle, y compris dans les vignes. “Ma mère avait trop peur que la police me prenne pour une réfugiée et vienne m’arrêter”, explique-t-elle. Pour cette génération de femmes et d’hommes arrivés en France après la Seconde Guerre mondiale, le respect des forces de l’ordre est un devoir. “Chaque génération a eu son lot de labeur dans un contexte spécifique. Pour nos parents, il fallait courber la tête.” ``Toujours moins bien traité que son ami blanc``

Ces mises en garde, Nadia, trentenaire, les a également entendues très tôt dans la bouche de son père. Celui-ci est arrivé en Corse en 1970, à l’âge de 16 ans. Une expérience violente, brutale. “Ce n’était pas la région la plus accueillante pour les Maghrébins. Les contrôles étaient très réguliers. A l’âge où tu dois être insouciant, il était en vigilance extrême, raconte la jeune femme, qui a été élevée à Villejuif (Val-de-Marne). Aujourd’hui, même s’il a la double nationalité, il a encore la peur du flic. C’est ancré en lui.” Dans sa famille, elle grandit avec l’idée que “la police est raciste”, que le rapport de force est en leur défaveur, que les fonctionnaires, armés, peuvent tuer. “Il ne nous a pas appris la haine, mais à faire très attention. Il voulait nous protéger, comme n’importe quel papa.”

Aujourd’hui, Nadia veille de très près sur son frère de 22 ans, quitte à le “saouler”. Lorsqu’elle voit dans les médias les photos de jeunes hommes tués lors de contrôles, elle ne peut s’empêcher de l’imaginer à leur place. Surtout depuis qu’il a une voiture. “La peur, ce n’est pas la vitesse ou l’accident de la route, c’est qu’il se fasse contrôler. Même s’il a ses papiers, il sera toujours moins bien traité que son ami blanc pour qui ça ne sera qu’une routine”, déplore-t-elle. Les statistiques ethniques étant très encadrées en France, il est difficile d’analyser l’étendue du contrôle au faciès. Une étude menée par le CNRS en 2009 dans cinq gares à Paris montrait que les contrôles étaient essentiellement fondés “sur l’apparence raciale et le style de vêtements”.

Pour limiter les risques, Nadia a mis en place plusieurs stratégies, comme se mettre dans la peau d’un policier. “Je crée mon propre biais raciste, c’est terrible. Je me dis ‘OK, mon frère est barbu, l’agent va l’associer à un signe de ‘radicalisation’, donc il faut qu’il se rase la barbe !” illustre-t-elle. Depuis les attentats de 2015, elle a le sentiment que l’islamophobie est devenue “une couche supplémentaire” dans les rapports entre la population et les forces de l’ordre. “En plus d’être arabes, nous sommes musulmans, une religion que j’ai toujours vue diabolisée.” Elle déplore notamment le discours de certains responsables politiques, qui appellent à “lister” des “signes” qu’ils estiment suspects et relatifs à l’islam. Se préparer à une ``mauvaise nouvelle``

Dans d’autres communes et quartiers, le contact avec les forces de l’ordre n’est pas qu’une crainte, c’est une réalité. Le quotidien des plus jeunes, notamment des garçons, est rythmé par le passage des voitures banalisées, les contrôles répétés et une tension permanente. Le 12 mai, le Défenseur des droits a dénoncé une situation de “discrimination systémique” après avoir été saisi d’une affaire de contrôles d’identité abusifs, répétés et violents menés par des policiers envers de jeunes Noirs et Arabes dans le 12e arrondissement de Paris. “Je suis systématiquement inquiet pour mes petits frères et sœurs. Je sais qu’un contrôle peut devenir fatal à tout moment”, décrit Solal*, 31 ans, originaire de Seine-Saint-Denis.

Pour Solal, cette situation s’explique en partie par la mission confiée aux fonctionnaires dans ces quartiers. “On les voit en permanence tourner et ils n’ont rien à faire. Ils contrôlent, provoquent et humilient pour s’occuper”, affirme-t-il. Il se souvient d’une anecdote en particulier : “Une fois, mon frère a été arrêté alors qu’il se rendait au collège le matin, à cinq minutes de la maison. L’agent affirmait qu’il l’avait ‘mal regardé’. Le fait qu’il se permette de l’arrêter et de le ramener à la maison, c’est une forme d’intimidation, de harcèlement quotidien !”

Cet aîné d’une fratrie de six enfants a lui aussi été contrôlé pour la première fois quand il était enfant. “J’allais faire les courses, ils m’ont dit qu’ils allaient m’emmener au commissariat et m’ont lâché au milieu de nulle part”, dit-il. Mais, depuis qu’il est adulte et travaille à Paris, les contrôles ont disparu, les fonctionnaires ne le tutoient plus. “Pendant le confinement, je n’ai eu aucun contrôle. Mes petits frères, dans le Val-de-Marne, tous les jours. L’un d’entre eux a été contrôlé trois fois en une heure”, illustre-t-il. ``On veut leur apprendre à rester digne``

Depuis que son mari Amadou Koumé est mort en 2015 dans un commissariat parisien, Jessica Koumé raconte devoir faire face, en plus de sa peine indescriptible, à la colère permanente qu’elle décèle dans les yeux de leur fils de 10 ans. A la peur qu’il développe “une haine de la police”, qu’il y ait un jour “un retour de flamme”, décrit-elle, la gorge nouée. Née dans une famille blanche, Jessica Koumé raconte n’avoir jamais entendu dans son enfance de “discours sur la police”. Aujourd’hui, elle aborde petit à petit la question avec son fils.

Pour d’autres mères, le rapport aux forces de l’ordre est un vrai “dilemme”, confie Fatima Ouassak, cofondatrice du réseau Front de mères, qui regroupe des parents des quartiers populaires. “D’un côté, on veut protéger nos enfants, on a peur qu’ils soient blessés ou tués, mais de l’autre, on veut leur apprendre à rester dignes, à ne jamais baisser la tête. Un enfant qui accepte d’être humilié ne s’en sortira pas dans la vie, ça le détruit psychiquement”, déclare-t-elle.

Cette situation changera-t-elle un jour ? Nadia se réjouit que la médiatisation des affaires de violences policières et les répercussions mondiales de la mort de George Floyd puissent faire évoluer les choses, mais elle reste prudente. “Il n’y a aucune bonne réaction face à un policier. Que tu restes coopératif comme George Floyd ou que tu aies l’instinct de fuir comme Adama Traoré, si le policier n’aime pas ta tête, tu ne t’en sortiras pas, considère-t-elle. C’est tragique, mais un ‘tutoriel survie’, ça n’existe pas. Au final, tu ne sauras jamais si un contrôle ne va pas te mener à la mort.” »
« Le 1er décembre 2018, une marseillaise de 80 ans postée à la fenêtre de son appartement au 4e étage reçoit de plein fouet une grenade lacrymogène tirée au canon par les forces de l’ordre au cours de l’acte III des gilets jaunes.

Elle décède de ses blessures le lendemain.

Le 30 octobre 2021, le patron de la police nationale annonce le classement sans suite de cette affaire.

Dans l’intervalle, la contre-enquête menée par sa famille et des collectifs de soutien, bien que confrontée à de nombreuses rétentions d’informations et maquillages, a pu démontrer sans doute possible la responsabilité des forces de l’ordre ; l’appartement de Zineb Redouane a de son côté été placé sous scellées dès le 5 décembre, n’a fait l’objet d’aucune visite d’enquêteurs et a finalement été revendu ; la compagnie de CRS à laquelle appartenait l’auteur du tir n’a fait l’objet d’aucune enquête de la part des services compétents ; le témoignage de Zineb, qui expliquait au téléphone qu’un policier la visait quelques instants avant le tir, n’a fait l’objet d’aucune considération…

Le 1er décembre 2018, une femme a été blessée à mort par les feux de la violence répressive. Et après ?

Depuis lors, nous avons connu la suite du mouvement des gilets jaunes, que seul un confinement général 28 mois plus tard aura pu étouffer (mais dont les braises et les raisons brûlent encore).

Nous avons connu la « crise du COVID », avec l’incurie des gouvernements, leurs manipulations de masse, leur techo-« monde d’après » tellement pire que le précédent, et même la dénonciation quasi-unanime et condescendante envers celles et ceux qui se sont soulevés contre celui-ci.

Nous avons connu la systématisation de la répression violente, la répression et le harcèlement judiciaires toujours plus débridés, le déni de réalité et de responsabilité encore cent fois réitérés, et encore et toujours, ces signes de surveillance totale et ces interventions au petit matin pour écraser ce qui semble s’agiter un peu trop…

Des mutilations aux humiliations, des meurtres étouffés aux interpellations arbitraires, l’ « hypocrisie » s’assume, communique, et pas-à-pas, habitue tout le monde au pire. Chaque exaction de l’État fait un peu moins de bruit que les précédentes ; et bientôt un soulèvement suivi de couvre-feu dans les Antilles ne suscite, même après deux semaines, presque aucun article dans les medias « militants ». Les gouvernements et leurs polices comptent sur l’isolement, les manipulations et l’habituation à leur hypocrisie pour poursuivre leur méfaits et faire oublier qu’il sont la première source de toute violence sociale. Tout, ou presque, semble leur donner raison…

Relevons la tête !

Un article paru ces derniers jours sur le site mars-infos.org replace le meurtre de Zineb dans toutes ses dimensions, rappelant les exactions du pouvoir et de sa police à Marseille comme au-delà, et appelle à un week-end de rencontres et d’actions pour ne pas oublier et « poursuivre la lutte contre les crimes et l’oppression policière dans les quartiers, en manif, dans nos vies ».

Les collectifs « vérité et justice » créés suite aux incessantes bavures policières continuent à se faire connaître et à se rencontrer, et mènent de plus en plus souvent des actions communes. Les personnes ciblées par l’arbitraire (anti-)terroriste et leurs soutiens se rencontrent elles aussi, comme l’ont proposé les comités 812 et le comité 15 juin ainsi que le comité de soutien aux inculpés de Bure. Les personnes « mutilées pour l’exemple » et leurs soutiens, dans leur lutte contre l’armement et l’impunité policières, continuent elles aussi à se faire connaître et à se rencontrer.

De tous ces espaces, de toutes ces rencontres, les liens se tissent, les histoires se racontent et se partagent, et quelque chose doit enfin émerger qui permette de contrer la violence répressive, et surtout, au-delà d’elle, celle « qui fonde toutes les autres ».

Le monde se referme. Ne faisons plus profil bas. »
Le comité 15 juin, « Zineb, on n’oublie pas. La riposte est la seule voie ! », La Bogue, 4 décembre 2021.

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