Si vous voulez que ce projet continue à vivre et à se développer, soutenez-nous !

Lénine a violemment réprimé les paysans

De Wikidébats
Sauter à la navigation Sauter à la recherche

Résumé de l'argumentRésumé de l'argument [ modifier ]

Aucun résumé n'a été entré pour le moment.

CitationsCitations [ modifier ]

« Désormais privé du grenier à blé de l’Ukraine, occupée par les Allemands, n’ayant rien à proposer aux paysans en échange de leurs récoltes puisque les « nationalisations » avaient désorganisé l’industrie, Lénine se trouva confronté au problème du ravitaillement des villes, îlots de pouvoir bolchevik au milieu de l’océan des campagnes hostiles. En mai 1918, il accusa donc les paysans « riches » de stocker leur blé, lança le cri de « Mort aux koulaks ! » – était stigmatisé comme koulak tout paysan qui résistait au pillage – et instaura le « communisme de guerre ». Ainsi débuta une guerre entre la paysannerie – les « verts » –, qui représentait 85 % de la population et le pouvoir ; les paysans, qui n’avaient que leur récolte pour survivre, se défendirent avec l’énergie du désespoir et des révoltes éclatèrent un peu partout à l’été 1918. La riposte de Lénine fut terrible. Le 10 août, il envoyait un télégramme au comité bolchevik de Penza, dans la région de la Volga :

« Camarades ! Le soulèvement koulak […] doit être écrasé sans pitié. Les intérêts de la révolution tout entière l’exigent, car partout la « lutte finale » avec les koulaks est désormais engagée. Il faut faire un exemple : 1. Pendre (et je dis pendre de façon que les gens le voient) pas moins de 100 koulaks, richards, buveurs de sang connus. 2. Publier leurs noms. 3. S’emparer de tout leur grain. 4. Identifier les otages […] Faites cela de façon qu’à des centaines de lieues alentour les gens voient, tremblent, sachent et s’écrient : ils tuent et continueront de tuer les koulaks assoiffés de sang […]. Vôtre Lénine. PS : Trouvez des gens plus durs. »

Et encore le 1er février 1920, dans une lettre à Trotski, Lénine exigeait que soit réduite la ration de pain des ouvriers ne travaillant pas pour les transports : « Que des milliers de gens périssent si nécessaire, mais le pays doit être sauvé. » Dans son délire idéologique, Lénine assimilait le pays au pouvoir bolchevik qui, au même moment, par sa folle politique, détruisait le pays réel. »
Stéphane Courtois, « Lénine, l'inventeur du totalitarisme », Le Figaro – Histoire, n°30, février-mars 2017.
« La lutte contre les paysans refusant les réquisitions et la conscription – les Verts – mobilisaient toutes les énergies. Les rapports, aujourd’hui disponibles, des départements spéciaux de la Tcheka et des Troupes de défense interne de la République, chargés de lutter contre les mutineries, les désertions et les émeutes paysannes, révèlent dans toute son horreur l’extraordinaire violence de cette « sale guerre » de pacification menée en marge des combats entre Rouges et Blancs. C’est dans cet affrontement crucial entre le pouvoir bolchevique et la paysannerie que se forgea définitivement une pratique politique terroriste fondée sur une vision radicalement pessimiste des masses « à ce point obscures et ignorantes, écrivait DzeIjinski, qu’elles ne sont même pas capables de voir où est leur propre intérêt ». Ces masses bestiales ne pouvaient être matées que par la force, par ce « balai de fer » qu’évoquait Trotski pour caractériser de manière imagée la répression qu’il convenait de mener afin de « nettoyer » l’Ukraine des « bandes de bandits » dirigées par Nestor Makhno et d’autres chefs paysans. »
Nicolas Werth, Le livre noir du communisme, Robert Laffont, Paris, 1997.
« Le problème vital était donc d’assurer le ravitaillement de l’armée et des villes, lieu du pouvoir et siège du « prolétariat ». Deux possibilités s’offraient aux bolcheviks : soit rétablir un semblant de marché dans une économie en ruine, soit utiliser la contrainte. Ils choisirent la seconde, persuadés de la nécessité d’aller de l’avant dans la lutte pour la destruction de « l’ordre ancien ». Prenant la parole le 29 avril 1918 devant le Comité exécutif central des soviets, Lénine déclara sans ambages : « Oui, les petits propriétaires, les petits possédants ont été à nos côtés, nous autres prolétaires, lorsqu’il s’est agi de renverser les propriétaires fonciers et les capitalistes. Mais maintenant nos voies divergent. Les petits propriétaires ont horreur de l’organisation, de la discipline. Le temps est venu pour nous de mener une lutte impitoyable, sans merci, contre ces petits propriétaires, ces petits possédants. » Quelques jours plus tard, le commissaire du peuple au Ravitaillement précisa, devant la même assemblée : « Je le dis ouvertement : il est bien question de guerre, ce n’est qu’avec des fusils que nous obtiendrons les céréales. » Et Trotski de renchérir : « Notre parti est pour la guerre civile. La guerre civile, c’est la lutte pour le pain… Vive la guerre civile !» »
Nicolas Werth, Le livre noir du communisme, Robert Laffont, Paris, 1997.

[ ± Ajouter ou retirer une citation ]

Sous-argumentsSous-arguments [ modifier ]

Sous-argumentEn 1918

« Certains rapports de synthèse de la Tcheka donnent des indications chiffrées sur l’ampleur de cette guerre de pacification des campagnes. Ainsi, pour la période du 15 octobre au 30 novembre 1918, dans douze provinces de la Russie seulement, éclatèrent 44 émeutes (bounty), au cours desquelles 2 320 personnes furent arrêtées, 620 tuées, 982 fusillées. Durant ces troubles, 480 fonctionnaires soviétiques furent tués, ainsi que 112 hommes des détachements de ravitaillement, de l’Armée rouge et de la Tcheka. Durant le mois de septembre 1919, pour les dix provinces russes sur lesquelles on dispose d’une information synthétique, on compte 48 735 déserteurs et 7 325 « bandits » arrêtés, 1 826 tués, 2 230 fusillés, 430 victimes du côté des fonctionnaires et des militaires soviétiques. Ces chiffres très incomplets ne prennent pas en compte les pertes, bien plus importantes encore, subies lors des grandes insurrections paysannes. »
Nicolas Werth, Le livre noir du communisme, Robert Laffont, Paris, 1997.
Voir plus...
« Citons un dernier texte, écrit en 1921 par un autre dirigeant bolchevique, Karl Radek, qui éclaire parfaitement la politique bolchevique au printemps 1918, soit plusieurs mois avant le développement de l’affrontement armé qui allait opposer, deux ans durant, Rouges et Blancs : « Le paysan venait tout juste de recevoir la terre, il venait de rentrer du front chez lui, il avait gardé ses armes, et son attitude vis-à-vis de l’État pouvait être résumée ainsi : à quoi bon un État ? Il n’en avait que faire ! Si nous avions décidé de faire rentrer un impôt en nature, nous n’y serions pas arrivés, car nous n’avions pas d’appareil d’État, l’ancien avait été cassé et les paysans ne nous auraient rien donné sans y être forcés. Notre tâche, au début de 1918, était simple ; il nous fallait faire comprendre aux paysans deux choses élémentaires : que l’État avait des droits sur une partie des produits de la paysannerie pour ses propres besoins, et qu’il disposait de la force pour faire valoir ses droits. » »
Nicolas Werth, Le livre noir du communisme, Robert Laffont, Paris, 1997.
SOUS-ARGUMENTS
Aucun sous-argument n'a été entré pour le moment.
OBJECTIONS
Aucune objection n'a été entrée pour le moment.

Sous-argumentEn 1919

« Source exceptionnelle permettant d’appréhender les multiples facettes de cette guérilla paysanne, les rapports des divers départements de la Tcheka chargés de la répression distinguent deux types principaux de mouvements paysans : le bount, révolte ponctuelle, brève flambée de violence impliquant un groupe relativement restreint de participants, de quelques dizaines à une centaine de personnes ; la vosstanie, l’insurrection impliquant la participation de milliers, voire de dizaines de milliers de paysans, organisés en véritables armées capables de s’emparer de bourgs et de villes et dotés d’un programme politique cohérent, à tendance social-révolutionnaire ou anarchiste.

« 30 avril 1919. Province de Tambov. Au début d’avril, dans le district Lebiadinski, a éclaté une émeute de koulaks et de déserteurs qui protestaient contre la mobilisation des hommes, des chevaux, et la réquisition de céréales. Aux cris de "À bas les communistes ! À bas les soviets !", les insurgés armés ont mis à sac quatre comités exécutifs de canton, tué de façon barbare sept communistes, découpés vifs à la scie. Appelé au secours par les membres du détachement de réquisition, le 212e bataillon de la Tcheka a écrasé les koulaks révoltés. Soixante personnes ont été arrêtées, cinquante exécutées sur-le-champ, le village d’où est partie la rébellion a été entièrement brûlé. »

« Province de Voronej, 11 juin 1919, 16 h 15. Par télégraphe. La situation s’améliore. La révolte du district de Novokhopersk est pratiquement liquidée. Notre aéroplane a bombardé et entièrement brûlé le bourg Tretiaki, un des nids principaux des bandits. Les opérations de nettoyage se poursuivent. »

« Province d’Iaroslavl, 23 juin 1919. La révolte des déserteurs dans la volost Petropavlovskaïa a été liquidée. Les familles des déserteurs ont été prises en otages. Lorsqu’on a commencé à fusiller un homme dans chaque famille de déserteurs, les Verts ont commencé à sortir des bois et à se rendre. Trente-quatre déserteurs ont été fusillés pour l’exemple. »

Des milliers de rapports similaires témoignent de l’extraordinaire violence de cette guerre de pacification menée par les autorités contre la guérilla paysanne, alimentée par la désertion, mais le plus souvent qualifiée de « révolte de koulaks » ou d’« insurrection de bandits ». Les trois extraits cités révèlent les méthodes de répression les plus couramment utilisées : arrestation et exécution d’otages pris dans les familles des déserteurs ou des « bandits », villages bombardés et brûlés. La répression aveugle et disproportionnée reposait sur le principe de la responsabilité collective de l’ensemble de la communauté villageoise. Généralement, les autorités donnaient aux déserteurs un délai pour se rendre. Passé ce délai, le déserteur était considéré comme « bandit des forêts » passible d’exécution immédiate. Les textes des autorités tant civiles que militaires précisaient, par ailleurs, que, « si les habitants d’un village aident de quelque manière que ce soit des bandits se cachant dans les forêts avoisinantes, le village sera entièrement brûlé ». »
Nicolas Werth, Le livre noir du communisme, Robert Laffont, Paris, 1997.
SOUS-ARGUMENTS
Aucun sous-argument n'a été entré pour le moment.
OBJECTIONS

ObjectionEn 1919 les paysans ukrainiens et les populations centrifuges prennent fait et cause pour les Bolcheviks

« Les gouvernements nationaux d'Asie centrale négocient avec les Anglais ; l'Ukraine est déchirée entre les partisans de Petlioura et ceux de l'anarchiste Makhno, tandis que la population terrorisée par les perpétuels changements politiques (Kiev est prise seize fois) se terre, parfois dans la forêt. Pourtant lorsqu'elle peut choisir, le programme des blancs la rejette parfois vers les bolcheviks. Les paysans craignent le retour les propriétaires en cas de défaite bolchevik ; les nationalités sont attentives au mépris que leur témoigne Koltchak et à sa volonté exprimée de reconstituer l'Empire. A la fin de l'année 1919, les efforts de Trotsky, les réticences des alliés à s'engager davantage et les inquiétudes conjuguées des paysans et des nationaux font pencher la balance du côté des bolcheviks. »
Hélène Carrère d'Encausse, Lénine. La révolution et le pouvoir, p.110, Chapitre II .Naissance d'un état., Champs Flammarion, Paris, 1979.

Sous-argumentEn Ukraine

« Le troisième grand pôle d’affrontement entre les bolcheviks et les paysans en 1920 restait l’Ukraine, reconquise en décembre 1919-février 1920 sur les armées blanches, mais dont les campagnes profondes étaient restées sous le contrôle de centaines de détachements verts libres de toute allégeance ou d’unités plus ou moins rattachées au commandement de Makhno. À la différence des Aigles noirs, les détachements ukrainiens, composés pour l’essentiel de déserteurs, étaient bien armés. Durant l’été 1920, l’armée de Makhno comptait encore près de 15 000 hommes, 2 500 cavaliers, une centaine de mitrailleuses, une vingtaine de canons d’artillerie et deux véhicules blindés. Des centaines de « bandes » plus petites, rassemblant chacune de quelques dizaines à quelques centaines de combattants, opposaient également une forte résistance à la pénétration bolchevique. Pour lutter contre cette guérilla paysanne, le gouvernement nomma, au début de mai 1920, le chef de la Tcheka, Feliks Dzerjinski, « commandant en chef de l’arrière du front sud-ouest ». Dzerjinski resta plus de deux mois à Kharkov pour mettre sur pied vingt-quatre unités spéciales des forces de sécurité interne de la République, unités d’élite, dotées d’une cavalerie chargée de poursuivre les « rebelles », et d’avions destinés à bombarder les « nids de bandits ». Elles avaient pour tâche d’éradiquer, en trois mois, la guérilla paysanne. En réalité, les opérations de « pacification » se prolongèrent durant plus de deux ans, de l’été 1920 à l’automne 1922, au prix de dizaines de milliers de victimes. »
Nicolas Werth, Le livre noir du communisme, Robert Laffont, Paris, 1997.
Voir plus...
« La retraite des bolcheviks, qui n’étaient parvenus à établir leur pouvoir que dans les plus grandes villes, laissant les campagnes aux paysans révoltés, s’accompagna d’exécutions massives de prisonniers et d’otages, sur lesquelles nous reviendrons. Dans leur retraite précipitée à travers le pays profond tenu par la guérilla paysanne, les détachements de l’Armée rouge et de la Tcheka ne firent pas de quartier : villages brûlés par centaines, exécutions massives de « bandits », de déserteurs et d’« otages ». L’abandon puis la reconquête, fin 1919-début 1920, de l’Ukraine donnèrent lieu à une extraordinaire débauche de violence contre les populations civiles, dont rend, bien compte le chef-d’œuvre d’Isaak Babel, Cavalerie rouge. »
Nicolas Werth, Le livre noir du communisme, Robert Laffont, Paris, 1997.
SOUS-ARGUMENTS
Aucun sous-argument n'a été entré pour le moment.
OBJECTIONS
Aucune objection n'a été entrée pour le moment.

Sous-argumentContre les Aigles noirs

« Jusqu’en 1922, une répression impitoyable allait s’abattre sur les campagnes en lutte contre le pouvoir. En février-mars 1920, une nouvelle grande révolte, connue sous le nom d’« insurrection des fourches », éclata sur un vaste territoire s’étendant de la Volga à l’Oural, dans les provinces de Kazan, Simbirsk et Oufa. Peuplées de Russes, mais aussi de Tatars et de Bachkirs, ces régions étaient soumises à des réquisitions particulièrement lourdes. En quelques semaines, la rébellion gagna une dizaine de districts. L’armée paysanne insurgée des « Aigles noirs » compta à son apogée jusqu’à cinquante mille combattants. Armés de canons et de mitrailleuses, les Troupes de défense interne de la République décimèrent les rebelles armés de fourches et de piques. En quelques jours, des milliers d’insurgés furent massacrés, et des centaines de villages brûlés. »
Nicolas Werth, Le livre noir du communisme, Robert Laffont, Paris, 1997.
SOUS-ARGUMENTS
Aucun sous-argument n'a été entré pour le moment.
OBJECTIONS
Aucune objection n'a été entrée pour le moment.

Sous-argumentLénine avait une haine profonde des paysans

Aucun résumé ni citation n'a été entré pour le moment.
SOUS-ARGUMENTS
Aucun sous-argument n'a été entré pour le moment.
OBJECTIONS

ObjectionLes bolchéviks faisaient la différence entre les paysans riches, les moyens et les pauvres

« La classe paysanne russe, telle qu'elle entra dans la société soviétique, comprenait trois couches : les pauvres, vivant en grande partie de la vente de leur main-d'œuvre et placés dans la nécessité d'acheter de quoi se nourrit; les moyens, se suffisant à eux-mêmes grâce aux produits de leurs terres dont ils vendaient le surplus ; les riches, les cossus (en russe : koulaks) qui achetaient systématiquement la main-d'œuvre et vendaient largement les produits de leurs exploitations agricoles. Point n'est besoin de dire que ces groupements ne se distinguent ni par des signes particuliers, ni par leur homogénéité sur toute l'étendue du pays. La paysannerie pauvre était pourtant dans son ensemble, indiscutablement, l'alliée naturelle du prolétariat des villes, tandis que les paysans cossus étaient tout aussi indiscutablement et irréconciliablement ses ennemis ; les plus larges couches paysannes, les couches moyennes, hésitaient. »
Léon Trotski, Terrorisme et communisme, 1920.

ObjectionLes bolchéviks tentèrent de s'appuyer sur les paysans pauvres et moyens contre les paysans riches

« Mettre en défiance les masses paysannes, éveiller leur hostilité à l’encontre des « gros », s’imposait. Les Comités de la Pauvreté paysanne servirent à cela. Ils se créaient dans les bas-fonds de ceux qui avaient été autrefois écrasés, effacés, repoussés à l’arrière-plan, privés de tout droit. […] Le seul fait de la remise du pouvoir dans les campagnes à la paysannerie pauvre avait une profonde signification révolutionnaire. Afin de diriger les semi-prolétaires de la campagne, le Parti y envoyait des ouvriers avancés qui accomplissaient un travail inappréciable. Les Comités de la Pauvreté paysanne devinrent contre les paysans cossus de véritables groupes d’assaut. Appuyés par le pouvoir gouvernemental, ils mirent par cela même les couches moyennes de la classe paysanne en demeure de choisir, non seulement entre le pouvoir des soviets et celui des propriétaires, mais encore entre la dictature du prolétariat et des éléments à demi prolétariens de la campagne et l’arbitraire des riches. »
Léon Trotski, Terrorisme et communisme, 1920.

[ ± Ajouter ou retirer un sous-argument ]

ObjectionsObjections [ modifier ]

ObjectionsLes bolchéviks ont été contraints de réprimer l'opposition paysanne pour sauver la révolution

« Si les horreurs de la guerre civile sont dès lors partagées entre « rouges » et « blancs », la matrice de toutes les terreurs à venir résiderait cependant dans une guerre cachée, une guerre dans la guerre, contre la paysannerie. Afin d’inscrire les victimes de la famine de 1921-1922 au tableau des crimes du communisme, Nicolas Werth tend parfois à la présenter parfois comme le résultat d’un choix d’extermination délibéré de la paysannerie. Les documents sur la répression des villages sont souvent accablants. Mais est-il possible pour autant de dissocier les deux problèmes, celui de la guerre civile et celui de la question agraire ? Pour faire front à l’agression, l’Armée rouge a dû mobiliser en quelques mois quatre millions de combattants qu’il a fallu équiper et nourrir. En deux ans, Pétrograd et Moscou ont perdu plus de la moitié de leur population. L’industrie dévastée ne produisait plus rien. Dans ces conditions, pour nourrir les villes et l’armée, quelle autre solution que les réquisitions ? Sans doute peut-on imaginer d’autres formes, tenir compte, avec le recul du temps, de la logique propre d’une police politique, des dangers d’arbitraire bureaucratique exercé par des tyranneaux improvisés. Mais c’est une discussion concrète, en termes de choix politiques, d’alternatives imaginables devant des épreuves réelles, et non de jugements abstraits. »
Daniel Bensaïd, « Communisme contre stalinisme », Rouge, n°1755, 1997.
SOUS-ARGUMENTS

Sous-argumentNourrir les villes et l'armée était une question vitale pour les bolcheviks

Aucun résumé ni citation n'a été entré pour le moment.
Sous-débat
Le débat continue. Consultez la page détaillée
Nourrir les villes et l'armée était une question vitale pour les bolcheviks
SOUS-ARGUMENTS OBJECTIONS
Sous-argument Lénine a rejeté, en décembre 1919, de manière argumentée, les accusations de violences contre les paysans
Aucune objection n'a été entrée.
de l'argument pour aller plus loin.

Sous-argumentLa classe paysanne russe servait d'appui à la contre-révolution

« La classe paysanne, arriérée au double point de vue de la culture et de la vie sociale, politiquement impuissante, servait toujours d’appui aux partis les plus réactionnaires, les plus aventureux, les plus corrompus, qui finissaient invariablement par soutenir le capital contre le travail. »
Léon Trotski, Terrorisme et communisme, 1920.

Sous-argumentLa répression des bolchéviks envers les paysans aurait été bien moindre dans d'autres circonstances

« Si le pays n’avait pas été aussi épuisé, si le prolétariat avait eu la possibilité de fournir aux masses paysannes les articles de première nécessité et de quoi satisfaire ses besoins intellectuels, l’assimilation des grandes masses paysannes au nouveau régime eût été bien plus aisée. Mais la désorganisation économique du pays, qui n’était pas la conséquence de notre politique agraire et de ravitaillement, mais dérivait de causes antérieures, priva les villes de toute possibilité de fournir la campagne en produits de l’industrie textile ou métallurgique, en denrées coloniales, etc. »
Léon Trotski, Terrorisme et communisme, 1920.
OBJECTIONS
Aucune objection n'a été entrée pour le moment.

ObjectionsLénine désapprouve, le 29 avril 1918, le socialisme par le fusil réclamé par les communistes de gauche

« Le fusil était une chose excellente quand il fallait fusiller le capitaliste qui nous faisait la guerre, quand il fallait prendre les voleurs en flagrant délit et les fusiller. Mais quand le camarade Boukharine nous dit qu'il y a des gens qui touchent 4. 000 roubles et qu'il faut les coller au mur, ce n'est pas juste (...) Nous n'imaginons pas d'autre socialisme que celui découlant de la grande civilisation capitaliste. Le socialisme sans poste, sans télégraphe, sans machines, est une phrase absolument creuse. Mais il est impossible de balayer d'un seul coup le milieu bourgeois et les habitudes bourgeoises, car nous avons besoin de l'organisation sur laquelle reposent toute la science et la technique moderne. Parler à ce propos de fusil, c'est la plus grande des sottises. Il dépend du degré d'organisation du peuple tout entier que l'ensemble de la population paie l'impôt sur le revenu, que l'obligation du travail soit instituée, que chacun soit enregistré ; tant qu'il n'est pas enregistré il faut que nous le payions. »
Lénine, oeuvres de Lénine, tome 27 février-juillet 1918, p.322-323, 29 avril 1918, Editions sociales, Paris, 1961.
SOUS-ARGUMENTS
Aucun sous-argument n'a été entré pour le moment.
OBJECTIONS
Aucune objection n'a été entrée pour le moment.

ObjectionsLe 2 février 1920 il appelle à la fin des exécutions capitales

Nous n'avons pas trouvé dans les tomes correspondants oeuvres de Lénine (30, 35, 36, 42, 44) cette lettre à Trotsky du 1er février 1920 invoquée par M. Stephane Courtois demandant à affamer les ouvriers. A cette date elle est d'autant moins probable que du fait du redressement de la situation militaire, il appelle le lendemain 2 février à l'arrêt des exécutions capitales.
« Aussitôt après avoir remporté une victoire décisive, avant même la fin de la guerre, dès la prise de Rostov, nous avons renoncé aux exécutions capitales, démontrant que nous suivions comme nous l'avions promis notre propre programme (... ) Et je pense, je l'espère et j'en ai la conviction que le Comité exécutif central ratifiera à l'unanimité cette mesure du Conseil des Commissaires du Peuple et qu'il fera en sorte que les exécutions capitales deviennent impossibles en Russie. »
Lénine, « Rapport d'activité du CECR et du Conseil des Commissaires du Peuple », oeuvres de Lénine, tome 30, p.p.338, 2 février 1920, Éditions Sociales, Paris, 1964.
SOUS-ARGUMENTS
Aucun sous-argument n'a été entré pour le moment.
OBJECTIONS
Aucune objection n'a été entrée pour le moment.

ObjectionsDocument sur les cent koulaks à pendre apocryphe : daté ici du 10, ailleurs du 11, contenant par ailleurs une information coupée par des points de suspension, sur un autre télégramme, à ce jour inexistant.

Voici le document intégral. Deux soucis donc : a) La citation est ici, en 2003, redatée sans explication par Nicolas Werth du 11 août et non plus du 10 comme en 1997 dans le Livre Noir... Cette date du 11 août est anticipée ou reprise par la plupart des biographes de Lénine (Hélène Carrère d'Encausse, Robert Service, Dominique Colas, Jean-Jacques Marie, Lars T Lih, Luc Mary). Mais celle du 10 août est reprise, à partir du Livre Noir, succcesivement en 2013 par un article de Jean-Baptiste Noe, puis en 2017 par la biographie primée de Stephane Courtois ainsi que par son article du Figaro Histoire. Aucune date d'ailleurs ne figure sur le document censé avoir été envoyé au Soviet exécutif de Penza : elle a donc pu être seulement induite.

b) Il est enfin question dans le document d' "Identifier les otages comme nous l’avons indiqué dans notre télégramme hier." Mais lequel ? En ce qui me concerne, pour ce qu'il en est des pièces destinéees au Soviet exécutif de Penza je n'ai trouvé trace d'un quelconque appel à prise d'otages dans les oeuvres de Lénine (tomes 35, 36 44 de l'éd. française) ni à la date du 9 août, veille du 10 ni à celle du 10 août veille du 11.
« "Camarades, le soulèvement koulak dans vos cinq districts doit être écrasé sans pitié. Les intérêts de la révolution tout entière l’exigent, car partout la lutte finale avec les koulaks est désormais engagée. Il faut 1°) Pendre ( et je dis pendre de façon que les gens le voient ) pas moins de cent koulaks, richards, vampires connus. 2°) Publier leurs noms. 3°) S’emparer de tout leur grain. 4°) Identifier les otages comme nous l’avons indiqué dans notre télégramme hier. Faites cela de façon qu’à des centaines de verstes à la ronde, le peuple voie, tremble, sache et s’écrie : ils étranglent et continueront d’étrangler les koulaks-vampires. Télégraphiez que vous avez reçu et mis à exécution ces instructions. Votre Lénine.

P.S. Trouvez des gens plus durs."

Ce télégramme de Lénine, daté du 11 août 1918, véritable appel au meurtre, fait partie des quelques milliers de textes du fondateur de l’Union soviétique qui n’ont jamais été inclus dans aucune des cinq éditions canoniques des « Œuvres Complètes » de Lénine, parues entre 1920 et 1965. »
Werth Nicolas, Académie des Sciences morales et politiques, 20 janvier 2003.
SOUS-ARGUMENTS

Sous-argumentCes Editions des oeuvres de Lénine jugées "canoniques" par Nicolas Werth témoignaient d'un réel souci de transparence

Une dizaine de pièces de télégrammes envoyés par Lénine à Penza figurent dans les tomes 35, 36 et 44 des oeuvres marquées déjà sous Khrouchtchev comme sous Brejnev par un désir de transparence et l'information figure dans la chronologie du tome 28. Il n'est pas besoin d'appeler à faire pendre une centaine de koulaks pour amender l'image de Lénine, sans en rajouter. Plus tard le 20 aout à Livny il appelle seulement à faire pendre "les meneurs koulaks des Insurgés". Il est possible qu'à cette date plus tardive il ait appris l'existence de telles pratiques par l'ennemi.
« 9-12 août : dans une série de télégrammes au comité exécutif de la province de Penza, Lénine donne des directives sur l’écrasement impitoyable du soulèvement des koulaks, sur la réquisition de leurs excédents de blé et sur la mobilisation de masse des paysans pauvres pour lutter contre les koulaks. »
Lénine, oeuvres de Lénine, tome 28, juillet 1918-mars 1919,, p.546, La vie et l'oeuvre de Lénine, chronologie,, Editions sociales, Paris, 1961.
Voir plus...
Voir les citations restantes dans la page détaillée de l'argument.
« Télégramme à E. B. Bosch.

Au comité exécutif de la Province de Penza. Copie à Evguenia Bosch, Reçu votre télégramme. Indispensable organiser une garde renforcée, composée de personnes sûres soigneusement choisies, appliquer impitoyablement terreur de masse contre Koulaks, popes et gardes blancs ; enfermer les suspects dans camp de concentration à l’extérieur de la ville. Déclenchez expédition. Télégraphiez exécution.

Lénine, Président du Conseil des Commissaires du Peuple »
Lénine, oeuvres de Lénine, tome 36 lettres 1900-1923, p.504, 9 aout 1918, Editions sociales, Paris, 1959.
« Télégramme au comité exécutif de la province de Penza

10 aout 1918 Penza comité exécutif de la province Kouarev J’ai reçu votre télégramme, je l’ai passé à Sverdlov et je me suis mis d’accord avec lui. Toutes les mesures seront prises. Il est indispensable de réprimer avec le maximum d'énergie et de rapidité, sans pitié, le soulèvement koulak, en prenant une partie des troupes à Penza, en confisquant tous les biens des koulaks insurgés et tout leur blé. Télégraphiez plus souvent où en sont les choses (sic).

Le Président du Conseil des Commissaires du Peuple, Lénine »
Lénine, Oeuvres de Lénine tome 35 lettres février 1912-décembre 1922, p.357, 10 aout 1918, Editions sociales, 1964.

Sous-argumentLa lettre de Lénine envoyée à Zinoviev le 26 juin 1918 se trouve également dans "les oeuvres canoniques"

On y ajoutera volontiers la fameuse lettre de Lénine à Zinoviev, connue en URSS comme en France, dès les années 1960 où le prestigieux n 1 de la révolution plaide la Terreur de masse en juini 1918.
« Camarade Zinoviev,

C’est aujourd’hui seulement que nous avons su au CC [Comité Central] que les ouvriers de Petrograd voulaient répondre à l’assassinat de Volodarski par une action terroriste de masse et que vous (non personnellement, mais les membres du CC à Petrograd où les membres du CP [Comité de Petrograd]) les en aviez empêchés. Je proteste énergiquement ! Nous nous compromettons : même dans les résolutions des Soviets des députés, nous brandissons la menace du terrorisme de masse, mais quand nous arrivons au fait, nous freinons l’initiative révolutionnaire des masses, parfaitement juste. Cela est im-pos-si-ble ! Les terroristes [sans doute des socialistes-révolutionnaires] vont nous prendre pour des chiffes. Le moment est d’une extrême gravité. Il faut encourager l’énergie et le caractère de masse du terrorisme visant les contre-révolutionnaires, ceci particulièrement à Petrograd, car son exemple est décisif.

Salutations !

Lénine »
Lénine, « A G. Zinoviev ainsi qu'à Lachévitch et aux autres membres du C.C. », oeuvres de Lénine tome 35 février 1912-décembre 1922, n°63, p.342, 26 juin 1918, Editons Sociales, Paris, 1964.

Sous-argumentIl existe au moins une pièce "canonique" restée inédite jusqu'à la chute de l'URSS

Cette pièce canonique à notre sens parmi des centaines ou des milliers n'a certes pas trait à la paysannerie mais à sa lutte contre l'antisémitisme car elle est absente des volumes 27, 28 35, 36, 42, 44 où elle aurait dû se trouver.
« « Décret du Conseil des commissaires du Peuple de la RSFSR "Sur l'éradication de l'antisémitisme"

Selon des informations qui sont parvenues au Conseil des Commissaires du Peuple, des pogroms sont perpétrés dans de nombreuses villes, en particulier dans la zone proche du front, à la suite desquels, dans certains endroits, ont lieu des attaques contre la population laborieuse juive. La contre-révolution bourgeoise reprend les armes du tsar (...) A présent les contre-révolutionnaires se lancent à nouveau dans la chasse aux Juifs, utilisant la faim et la fatigue, ainsi que l'obscurantisme des masses les plus arriérées et les résidus de la haine antijuive inoculée par l'autocratie (...) Toute attaque contre une nation qu'elle quelle soit est inacceptable et humiliante. Le Conseil des commissaires du Peuple déclare que l'antisémitisme et les pogroms antijuifs signent la mort de la révolution ouvrière et paysanne et appelle le peuple des travailleurs de la Russie socialiste à se battre par tous les moyens contre ce mal. La haine nationale affaiblit nos rangs révolutionnaires, désunit le front unique des travailleurs, sans distinction de nationalité, et ne tend la main qu'à nos ennemis. Le Conseil des Commissaires du Peuple appelle tous les députés des soviets à prendre des mesures énergiques pour éradiquer l'antisémitisme. Il est prescrit de mettre hors-la-loi ceux qui participent ou appellent aux pogroms.

Le Président des Commissaires du Peuple (Oulianov) Lénine ; le chef du service administratif du Conseil des Commissaires du peuple, V.L. Bontch-Brouievitch, Le secrétaire du Conseil, N. Gorbounov » »
Lidia MIlakova, Nicolas Werth, « Décret du Conseil des commissaires du peuple de la RSFSR sur l'éradication de l'antisémitisme (Le 27 juillet 1918) », Le livre des pogroms ; antichambre d'un génocide Ukraine, Russie, Biélorussie, 1917-1922, n°Izvestias,VTSIK, 27 juillet 1918, p.541, Partie III - Russie, Camlman Levy, Paris, 2006.
OBJECTIONS
Aucune objection n'a été entrée pour le moment.

[ ± Ajouter ou retirer une objection ]

Références bibliographiquesRéférences [ modifier ]

Aucune référence n'a été entrée pour le moment.

Débat parentDébat parent