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Lénine est-il le précurseur de Staline ?

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Les débats en construction sont les débats qui contiennent au moins :
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  • les arguments « pour » et « contre » les plus connus ;
  • un début de rédaction.
À la différence des débats construits, il peut manquer : certains arguments, une partie non négligeable des objections, une introduction aboutie, une bibliographie, une sitographie ou une vidéographie adéquate.
. Des arguments et des objections manquent ou ne sont pas rédigés. L’introduction et la bibliographie demandent à être améliorées.
N'hésitez pas à les compléter.
Ce débat est déséquilibré.
L'un des camps POUR ou CONTRE est moins bien traité que l'autre. Il doit être complété ou amélioré.

Pour comprendre le débatPour comprendre le débat [ modifier ]

IntroductionLénine aurait été porteur, de tout temps, d'une pensée totalitaire et terroriste

Selon certains, le totalitarisme et le goût de la violence qui jalonnent les différentes étapes du stalinisme des années 1920 à sa mort en 1953 se trouvaient déjà dans l'expression de la pensée de Lénine dès 1902 dans Que Faire ?. Mais d'autres rappellent que la Russie n'était pas une démocratie, que le bolchevisme est né en 1903 d'un refus du terrorisme individuel défendu au contraire par les Socialistes Révolutionnaires et les anarchistes. Par ailleurs Lénine s'est peut-être prononcé en 1910 à un congrès socialiste pour l'abolition de la peine de mort.
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Pour comprendre le débatCarte des arguments

POUR

Argument POURComme Staline, Lénine a mené la terreur contre ses opposants
Argument POURLénine a créé les instruments de la terreur stalinienne
Argument POURLénine a théorisé et revendiqué la terreur de masse
Argument POURLa guerre était au coeur du projet de Lénine
Argument POURLénine est le concepteur d'un parti totalitaire
Argument POURLénine était un ennemi de la démocratie
Argument POURLénine était un être cynique, paranoïaque et avide de pouvoir

CONTRE

Argument CONTRELa terreur stalinienne en temps de paix ne peut pas être comparée à la terreur bolchévik en temps de guerre civile
Argument CONTREStaline est l'auteur d'une contre-révolution
Argument CONTREStaline est un héritier calomnié de Lénine
Argument CONTRELénine défendait un projet pédagogique des droits des nationalités, bien différent des conceptions volontaristes de Staline
Argument CONTREA l'hiver 1922-1923 dans son "testament" Lénine attaque Staline

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Arguments POURArguments POUR [ modifier ]

Argument POURComme Staline, Lénine a mené la terreur contre ses opposants

« » Camarades, le soulèvement koulak dans vos cinq districts doit être écrasé sans pitié. Les intérêts de la révolution tout entière l’exigent, car partout la lutte finale avec les koulaks est désormais engagée. Il faut 1°) Pendre ( et je dis pendre de façon que les gens le voient ) pas moins de cent koulaks, richards, vampires connus. 2°) Publier leurs noms. 3°) S’emparer de tout leur grain. 4°) Identifier les otages comme nous l’avons indiqué dans notre télégramme hier. Faites cela de façon qu’à des centaines de verstes à la ronde, le peuple voie, tremble, sache et s’écrie : ils étranglent et continueront d’étrangler les koulaks-vampires. Télégraphiez que vous avez reçu et mis à exécution ces instructions. Votre Lénine.

P.S. Trouvez des gens plus durs.

Ce télégramme de Lénine, daté du 11 août 1918, véritable appel au meurtre, fait partie des quelques milliers de textes du fondateur de l’Union soviétique qui n’ont jamais été inclus dans aucune des cinq éditions canoniques des « Œuvres Complètes » de Lénine, parues entre 1920 et 1965. Depuis l’implosion de l’Union soviétique et l’ouverture de ses archives, les historiens ont eu accès aux textes du « Lénine censuré », du Lénine inconvenant pour l’édification des masses. »
Nicolas Werth, [Académie de Sciences morales et politiques Académie de Sciences morales et politiques], 20 janvier 2003.
SOUS-ARGUMENTS

Sous-argumentLénine a violemment réprimé les paysans

« Désormais privé du grenier à blé de l’Ukraine, occupée par les Allemands, n’ayant rien à proposer aux paysans en échange de leurs récoltes puisque les « nationalisations » avaient désorganisé l’industrie, Lénine se trouva confronté au problème du ravitaillement des villes, îlots de pouvoir bolchevik au milieu de l’océan des campagnes hostiles. En mai 1918, il accusa donc les paysans « riches » de stocker leur blé, lança le cri de « Mort aux koulaks ! » – était stigmatisé comme koulak tout paysan qui résistait au pillage – et instaura le « communisme de guerre ». Ainsi débuta une guerre entre la paysannerie – les « verts » –, qui représentait 85 % de la population et le pouvoir ; les paysans, qui n’avaient que leur récolte pour survivre, se défendirent avec l’énergie du désespoir et des révoltes éclatèrent un peu partout à l’été 1918. La riposte de Lénine fut terrible. Le 10 août, il envoyait un télégramme au comité bolchevik de Penza, dans la région de la Volga :

« Camarades ! Le soulèvement koulak […] doit être écrasé sans pitié. Les intérêts de la révolution tout entière l’exigent, car partout la « lutte finale » avec les koulaks est désormais engagée. Il faut faire un exemple : 1. Pendre (et je dis pendre de façon que les gens le voient) pas moins de 100 koulaks, richards, buveurs de sang connus. 2. Publier leurs noms. 3. S’emparer de tout leur grain. 4. Identifier les otages […] Faites cela de façon qu’à des centaines de lieues alentour les gens voient, tremblent, sachent et s’écrient : ils tuent et continueront de tuer les koulaks assoiffés de sang […]. Vôtre Lénine. PS : Trouvez des gens plus durs. »

Et encore le 1er février 1920, dans une lettre à Trotski, Lénine exigeait que soit réduite la ration de pain des ouvriers ne travaillant pas pour les transports : « Que des milliers de gens périssent si nécessaire, mais le pays doit être sauvé. » Dans son délire idéologique, Lénine assimilait le pays au pouvoir bolchevik qui, au même moment, par sa folle politique, détruisait le pays réel. »
Stéphane Courtois, « Lénine, l'inventeur du totalitarisme », Le Figaro – Histoire, n°30, février-mars 2017.
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Voir les citations restantes dans la page détaillée de l'argument.
« La lutte contre les paysans refusant les réquisitions et la conscription – les Verts – mobilisaient toutes les énergies. Les rapports, aujourd’hui disponibles, des départements spéciaux de la Tcheka et des Troupes de défense interne de la République, chargés de lutter contre les mutineries, les désertions et les émeutes paysannes, révèlent dans toute son horreur l’extraordinaire violence de cette « sale guerre » de pacification menée en marge des combats entre Rouges et Blancs. C’est dans cet affrontement crucial entre le pouvoir bolchevique et la paysannerie que se forgea définitivement une pratique politique terroriste fondée sur une vision radicalement pessimiste des masses « à ce point obscures et ignorantes, écrivait DzeIjinski, qu’elles ne sont même pas capables de voir où est leur propre intérêt ». Ces masses bestiales ne pouvaient être matées que par la force, par ce « balai de fer » qu’évoquait Trotski pour caractériser de manière imagée la répression qu’il convenait de mener afin de « nettoyer » l’Ukraine des « bandes de bandits » dirigées par Nestor Makhno et d’autres chefs paysans. »
Nicolas Werth, Le livre noir du communisme, Robert Laffont, Paris, 1997.

Sous-argumentLénine a violemment réprimé les ouvriers

« Alors qu’il se proclamait le chef du pouvoir du prolétariat, Lénine mena une politique tout aussi violente contre les ouvriers, au point que les ouvriers des grandes usines de Petrograd, dont ceux de l’usine Poutilov qui avaient été à la pointe de la révolution en 1917-1918, se mirent en grève au printemps 1919. Lénine vint de Moscou pour leur parler, mais sans succès. Il ordonna alors la prise d’assaut des usines par les troupes de la tcheka, qui arrêtèrent 900 grévistes et en fusillèrent 200. Des massacres identiques d’ouvriers en grève se multiplièrent, en particulier à Toula et à Astrakhan. Le 29 janvier 1920, face aux grèves des ouvriers dans l’Oural, Lénine télégraphiait aux communistes locaux : « Il y a du sabotage manifeste des cheminots […] Je suis étonné que vous vous en accomodiez et que ne procédiez pas à des exécutions massives pour sabotage. » »
Stéphane Courtois, « Lénine, l'inventeur du totalitarisme », Le Figaro – Histoire, n°30, février-mars 2017.
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« De tous les épisodes de répression, l’un des plus soigneusement occultés par le nouveau régime fut la violence exercée contre le monde ouvrier, au nom duquel les bolcheviks avaient pris le pouvoir. Commencée dès 1918, cette répression se développa en 1919-1920 pour culminer au printemps 1921, avec l’épisode, bien connu, de Kronstadt. Le monde ouvrier de Petrograd avait manifesté, dès le début de 1918, sa défiance vis-à-vis des bolcheviks. Après l’échec de la grève générale du 2 juillet 1918, le second temps fort des troubles ouvriers dans l’ancienne capitale éclata en mars 1919, après que les bolcheviks eurent arrêté un certain nombre de dirigeants socialistes-révolutionnaires, dont Maria Spiridonova qui venait d’effectuer une tournée mémorable des principales usines de Petrograd où elle avait été partout acclamée. Ces arrestations déclenchèrent, dans une conjoncture déjà très tendue à cause des difficultés de ravitaillement, un vaste mouvement de protestation et de grèves. »
Nicolas Werth, Le livre noir du communisme, Robert Laffont, Paris, 1997.
Sous-débat
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Lénine a violemment réprimé les ouvriers
SOUS-ARGUMENTS OBJECTIONS
Sous-argument En 1918
Sous-argument Au printemps 1919
Sous-argument En 1920 suite aux mesures de militarisation du travail
Sous-argument En 1921 à Petrograd
Aucune objection n'a été entrée.
de l'argument pour aller plus loin.

Sous-argumentLénine a violemment réprimé les socialistes

« Alliés des bolcheviks jusqu’à l’été 1918, les socialistes-révolutionnaires de gauche bénéficièrent, jusqu’en février 1919, d’une relative clémence. Leur dirigeante historique, Maria Spiridonova, présida, en décembre 1918, un congrès de son parti, toléré par les bolcheviks. Ayant vigoureusement condamné la terreur pratiquée quotidiennement par la Tcheka, elle fut arrêtée, en même temps que deux cent dix autres militants, le 10 février 1919, et condamnée par le Tribunal révolutionnaire à « la détention en sanatorium étant donné son état hystérique » ; il s’agit là du premier exemple, sous le régime soviétique, d’enfermement d’un opposant politique dans un établissement psychiatrique ; Maria Spiridonova parvint à s’évader et à diriger, dans la clandestinité, le Parti socialiste-révolutionnaire de gauche interdit par les bolcheviks. Selon des sources tchékistes, 58 organisations socialistes-révolutionnaires de gauche auraient été démantelées en 1919, et 45 en 1920. Au cours de ces deux années, 1 875 militants auraient été emprisonnés en qualité d’otages, conformément aux directives de DzeIjinski, qui avait déclaré, le 18 mars 1919 : « Dorénavant, la Tcheka ne fera plus de distinction entre les Gardes blancs du type Krasnov et les Gardes blancs du camp socialiste. […] Les SR et les mencheviks arrêtés seront considérés comme des otages et leur sort dépendra du comportement politique de leur parti. » »
Nicolas Werth, Le livre noir du communisme, Robert Laffont, Paris, 1997.

Sous-argumentLénine a violemment réprimé les anarchistes

« Un des premiers faits d’armes de celle-ci [la Tcheka] avait été l’assaut, lancé le 11 avril 1918, contre les anarchistes de Moscou, dont plusieurs dizaines avaient été exécutés sur-le-champ. La lutte contre les anarchistes ne se relâcha pas au cours des années suivantes, bien qu’un certain nombre d’entre eux eussent rejoint les rangs des bolcheviks, occupant même des postes importants à la Tcheka, comme Alexandre Goldberg, Mikhail Brener ou Timofei Samsonov. Le dilemme de la majorité des anarchistes, qui refusaient à la fois la dictature bolchevique et le retour des partisans de l’Ancien Régime, est illustré par les volte-face du grand leader anarchiste paysan Makhno, qui dut à la fois faire cause commune avec l’Armée rouge contre les Blancs, puis, une fois la menace blanche écartée, combattre les Rouges pour tenter de sauvegarder ses idéaux. Des milliers de militants anarchistes anonymes furent exécutés en tant que « bandits » lors de la répression menée contre les armées paysannes de Makhno et de ses partisans. Ces paysans constituèrent, semble-t-il, l’immense majorité des victimes anarchistes, si l’on en croit le bilan, incomplet sans doute mais seul disponible, de la répression bolchevique présenté par les anarchistes russes en exil à Berlin en 1922. Ce bilan faisait état de 138 militants anarchistes exécutés durant les années 1919-1921, 281 exilés et 608 toujours emprisonnés au 1er janvier 1922. »
Nicolas Werth, Le livre noir du communisme, Robert Laffont, Paris, 1997.
Sous-débat
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Lénine a violemment réprimé les anarchistes
SOUS-ARGUMENTS OBJECTIONS
Sous-argument Dès 1918
Sous-argument Contre Makhno
Sous-argument À Kronstadt
Objection Les bolchéviks devaient tenir
Objection Les bolchéviks ont commis des erreurs
de l'argument pour aller plus loin.

Sous-argumentLénine a fiché et expulsé les intellectuels

« Depuis le début 1922, Lénine était entré en guerre contre l’intelligentsia, faisant fermer revues, journaux et départements universitaires. Mais c’est le 19 mai qu’il demanda à Dzerjinski de préparer « la déportation à l’étranger des écrivains et des professeurs qui aident la contre-révolution ». Une commission spéciale du Bureau politique fut formée à cet effet et, pour que les choses se fassent « dans la légalité », Lénine mit en chantier un nouveau Code pénal et ajouta à l’article 57 une clause de « clémence » : l’expulsion administrative – sans jugement – à l’étranger. Le 25 mai, Lénine eut sa première attaque cérébrale ; mais à peine remis, sa préoccupation fut de demander à Staline, secrétaire général du parti communiste, des comptes sur les intellectuels à expulser ; indiquant que la Tcheka devait « dresser des listes », il ajoutait : « plusieurs centaines de ces gentlemen doivent être expulsés dehors sans pitié. Nous allons nettoyer la Russie une fois pour toutes. […] Ils doivent tous être virés de Russie » ; et il n’hésitait pas à dénoncer nommément ses futures victimes. Il inaugurait ainsi la pratique des quotas de répression établis à l’avance, dont Staline allait faire un si large usage lors de la Grande Terreur. Lénine ordonna que la Tcheka fabriquât un dossier d’accusation pour chacun des futurs expulsés, ce qui n’était pas facile tant on ne pouvait leur reprocher que leurs idées. Le 10 août 1922 fut rendu public le nouvel article 57 qui autorisait les expulsions administratives. Comme l’avait déclaré Lénine en mars : « Dans la sphère économique, la retraite continue, dans le domaine politique, l’assaut continue ». Déjà le 6 juin, il avait créé le Glavlit, organe, durant des décennies, de la censure de toutes les publications et de contrôle de la pensée. Et comme le 15 septembre 1922 Gorki, depuis son exil, lui avait écrit pour le mettre en garde contre ces expulsions, Lénine lui répondit avec son élégance coutumière : « […] les intellectuels, les laquais du capital, pensent qu’ils sont le cerveau de la nation. En réalité, ils n’en sont pas le cerveau, ils en sont la merde ». »
Stéphane Courtois, « Lénine et la destruction de l’intelligentsia russe », Communisme et totalitarisme, Perrin, Paris, 2009.
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« Parallèlement à ces expulsions, la police politique continuait le fichage de tous les intellectuels suspects de second rang, promis soit à la déportation administrative dans des parties reculées du pays, légalisée par un décret du 10 août 1922, soit au camp de concentration. »
Nicolas Werth, Le livre noir du communisme, Robert Laffont, Paris, 1997.
Sous-débat
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Lénine a fiché et expulsé les intellectuels
SOUS-ARGUMENTS OBJECTIONS
Sous-argument L'expulsion des intellectuels
Sous-argument Le fichage des intellectuels
Aucune objection n'a été entrée.
de l'argument pour aller plus loin.

Sous-argumentLénine a violemment réprimé les ecclésiastiques

« Comme en témoignent les rapports hebdomadaires de la police politique, la campagne de confiscation des biens d’Église atteignit son apogée en mars, avril et mai 1922, provoquant 1414 incidents recensés et l’arrestation de plusieurs milliers de prêtres, de moines et de moniales. Selon des sources ecclésiastiques, 2691 prêtres, 1962 moines et 3447 moniales furent tués en 1922. Le gouvernement organisa plusieurs grands procès publics de membres du clergé, à Moscou, Ivanovo, Chouïa, Smolensk et Petrograd. […] À Petrograd, soixante-seize ecclésiastiques furent condamnés à des peines de camp, et quatre exécutés, dont le métropolite de Petrograd, Benjamin, élu en 1917, très proche du peuple et qui avait pourtant assidûment plaidé pour une Église indépendante de l’État. À Moscou, cent quarante-huit ecclésiastiques et laïcs furent condamnés à des peines de camp, et six à la peine de mort, aussitôt appliquée. Le patriarche Tikhon fut placé en résidence surveillée au monastère Donskoï à Moscou. »
Nicolas Werth, Le livre noir du communisme, Robert Laffont, Paris, 1997.
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« En mars 1922, au cœur de la famine, dans une directive ordonnant de détruire l’Église orthodoxe à laquelle les paysans étaient très attachés, Lénine écrivait avec un cynisme révoltant : « Avec tous ces gens affamés qui se nourrissent de chair humaine, avec les routes jonchées de centaines, de milliers de cadavres, c’est maintenant et seulement maintenant que nous pouvons (et par conséquent devons) confisquer les biens de l’Église avec une énergie farouche, impitoyable. […] Tout indique que nous n’arriverons pas à nos fins à un autre moment, parce que seul le désespoir engendré par la faim peut entraîner une attitude bienveillante, ou du moins neutre, des masses à notre égard. » »
Stéphane Courtois, « Lénine, l'inventeur du totalitarisme », Le Figaro – Histoire, n°30, février-mars 2017.
Sous-débat
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Lénine a violemment réprimé les ecclésiastiques
SOUS-ARGUMENTS OBJECTIONS
Aucun sous-argument n'a été entré. Objection L'authenticité de la note de mars 1922 est contestée
de l'argument pour aller plus loin.

Sous-argumentLénine a exterminé les Cosaques

« Parmi les divers épisodes de la lutte menée par le pouvoir bolchevique contre la paysannerie, la « décosaquisation » – c’est-à-dire l’élimination des Cosaques du Don et du Kouban en tant que groupe social – occupe une place particulière. Pour la première fois, en effet, le nouveau régime prit un certain nombre de mesures répressives pour éliminer, exterminer, déporter, suivant le principe de la responsabilité collective, l’ensemble de la population d’un territoire que les dirigeants bolcheviques avaient pris l’habitude de qualifier de « Vendée soviétique ». Ces opérations ne furent pas le résultat de mesures de rétorsion militaire prises dans le feu des combats, mais furent planifiées à l’avance, firent l’objet de plusieurs décrets pris au plus haut niveau de l’État, impliquant directement de très nombreux responsables politiques de haut rang (Lénine, Ordjonikidze, Syrtsov, Sokolnikov, Reingold). Mise en échec une première fois, au printemps 1919, à cause des revers militaires des bolcheviks, la décosaquisation reprit, avec une cruauté renouvelée, en 1920, lors de la reconquête bolchevique des terres cosaques du Don et du Kouban. »
Nicolas Werth, Le livre noir du communisme, Robert Laffont, Paris, 1997.
Sous-débat
Le débat continue. Consultez la page détaillée de l'argument pour aller plus loin.

Sous-argumentLénine a fait massacrer la famille impériale

« L’acte le plus symbolique [de la terreur] fut le massacre de la famille impériale, y compris les enfants et les serviteurs, dans des conditions horribles dans la nuit du 16 au 17 juillet 1918. Cette opération fut organisée par Lénine en personne, à l’insu même de la direction bolchevik. »
Stéphane Courtois, « Lénine, l'inventeur du totalitarisme », Le Figaro – Histoire, n°30, février-mars 2017.
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« Le 16 juillet 1918, l’assassinat de la famille impériale scelle dans le sang la volonté terroriste de Lénine, qui est l’organisateur secret et personnel de ce carnage. »
Stéphane Courtois, « Guerre et totalitarisme », Communisme et totalitarisme, Perrin, Paris, 2009.
« Staline quant à lui a commencé à se faire une ligne de conduite fruste à son image : réduire les situations complexes à des bien-ou-bien simplistes, recourir au rapport de force voire au cynisme pour faire prévaloir son point de vue et à la limite se débarasser des problèmes en tuant ceux qui les posent -n'est-ce pas ce qu'on avait fait avec le tsar et sa famille ? »
Lucien Sève, Octobre 1917. Une lecture très critique de l'historiogrpahie dominante. Suivi d'une choix de textes de Lénine, p.114, Communisme, socialisme ?, Editions sociales les parallèles, 1917 + cent, Paris, 2017.

Références

  • Marc Ferro, Nicolas II, Payot, Paris, 1990.  
  • Marc Ferro, La vérité sur la tragédie des Romanov, Tallandier, Paris, 2012.  
  • Marina Grey, Enquête sur le massacre des Romanov, Perrin, Paris, 1987.  
  • Joseph Lasies, La tragédie sibérienne, le drame d’Ekaterinbourg, la fin de l’amiral Koltchak, L’édition française, Paris, 1921..  
  • Michel Wartelle, L'affaire Romanov ou le mystère de la maison d'Ipatiev tome 1 ; tome 2 nouveaux documents inédits, Louise Courteau, Quebec, 2008 et 2017.  
  • Elie Durel, L'autre fin des Romanov et le prince de l'ombre, Lanore, Paris, 2009.  
  • Essad Bey, Devant la révolution russe Nicolas II, Payot, Paris, 1935.  
  • Lénine, Oeuvres de Lénine : tomes 17, 28, 33, Editions sociales, Paris.  
  • Anthony, Summers, Tom Mangold, Le dossier Romanov, Albin Michel, Paris, 1980 (1976).  
  • Olga Nicolaievna, Marie Stravlo, (ed), Estoy viva : las memorias inéditas de la última Romanov, éditions Martinez Roca, Madrid, 2012.  

    Sous-argumentLénine a réprimé certaines personnes pour leur seule appartenance de classe

    « Parmi les opérations répressives les plus difficiles à répertorier et à évaluer figurent les massacres de détenus et d’otages incarcérés pour leur seule appartenance à une « classe ennemie » ou « socialement étrangère ». Ces massacres s’inscrivaient dans la continuité et la logique de la Terreur rouge de la seconde moitié de 1918, mais à une échelle encore plus importante. Cette débauche de massacres « sur une base de classe » était en permanence justifiée par le fait qu’un monde nouveau était en train de naître. »
    Nicolas Werth, Le livre noir du communisme, Robert Laffont, Paris, 1997.
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    « Étape logique et ultime de « l’extermination de la bourgeoisie en tant que classe », les exécutions de détenus, suspects et otages incarcérés pour leur seule appartenance aux « classes possédantes », sont attestées dans bien des villes prises par les bolcheviks. A Kharkov, entre 2000 et 3000 exécutions en février-juin 1919 ; entre 1000 et 2000 lors de la seconde reprise de la ville, en décembre 1919. À Rostov-sur-le-Don, environ 1 000 en janvier 1920 ; à Odessa, 2200 entre mai et août 1919, puis 1 500 à 3000 entre février 1920 et février 1921 ; à Kiev, au moins 3000 entre février et août 1919 ; à Ekaterinodar, au moins 3000 entre août 1920 et février 1921 ; à Armavir, petite ville du Kouban, entre 2 000 et 3 000 entre août et octobre 1920. On pourrait prolonger cette liste. »
    Nicolas Werth, Le livre noir du communisme, Robert Laffont, Paris, 1997.
    « Cette terreur, qui fit en cinq ans des centaines de milliers de victimes, visait en priorité ceux qui étaient des ennemis politiques ou des membres de classes « condamnées par l’histoire » – bourgeois, nobles, commerçants, industriels, intellectuels, officiers, prêtres, mais aussi paysans propriétaires. »
    Stéphane Courtois, « Lénine, l'inventeur du totalitarisme », Le Figaro – Histoire, n°30, février-mars 2017.
    OBJECTIONS

    ObjectionDocument sur les cent koulaks à pendre apocryphe : daté ici du 10, ailleurs du 11, contenant par ailleurs une information coupée par des points de suspension, sur un autre télégramme, à ce jour inexistant.

    Voici le document intégral. Deux soucis donc : a) La citation est ici, en 2003, redatée sans explication par Nicolas Werth du 11 août et non plus du 10 comme en 1997 dans le Livre Noir... Cette date du 11 août est anticipée ou reprise par la plupart des biographes de Lénine (Hélène Carrère d'Encausse, Robert Service, Dominique Colas, Jean-Jacques Marie, Lars T Lih, Luc Mary). Mais celle du 10 août est reprise, à partir du Livre Noir, succcesivement en 2013 par un article de Jean-Baptiste Noe, puis en 2017 par la biographie primée de Stephane Courtois ainsi que par son article du Figaro Histoire. Aucune date d'ailleurs ne figure sur le document censé avoir été envoyé au Soviet exécutif de Penza : elle a donc pu être seulement induite.

    b) Il est enfin question dans le document d' "Identifier les otages comme nous l’avons indiqué dans notre télégramme hier." Mais lequel ? En ce qui me concerne, pour ce qu'il en est des pièces destinéees au Soviet exécutif de Penza je n'ai trouvé trace d'un quelconque appel à prise d'otages dans les oeuvres de Lénine (tomes 35, 36 44 de l'éd. française) ni à la date du 9 août, veille du 10 ni à celle du 10 août veille du 11.
    « "Camarades, le soulèvement koulak dans vos cinq districts doit être écrasé sans pitié. Les intérêts de la révolution tout entière l’exigent, car partout la lutte finale avec les koulaks est désormais engagée. Il faut 1°) Pendre ( et je dis pendre de façon que les gens le voient ) pas moins de cent koulaks, richards, vampires connus. 2°) Publier leurs noms. 3°) S’emparer de tout leur grain. 4°) Identifier les otages comme nous l’avons indiqué dans notre télégramme hier. Faites cela de façon qu’à des centaines de verstes à la ronde, le peuple voie, tremble, sache et s’écrie : ils étranglent et continueront d’étrangler les koulaks-vampires. Télégraphiez que vous avez reçu et mis à exécution ces instructions. Votre Lénine.

    P.S. Trouvez des gens plus durs."

    Ce télégramme de Lénine, daté du 11 août 1918, véritable appel au meurtre, fait partie des quelques milliers de textes du fondateur de l’Union soviétique qui n’ont jamais été inclus dans aucune des cinq éditions canoniques des « Œuvres Complètes » de Lénine, parues entre 1920 et 1965. »
    Werth Nicolas, Académie des Sciences morales et politiques, 20 janvier 2003.
    Sous-débat
    Le débat continue. Consultez la page détaillée
    Document sur les cent koulaks à pendre apocryphe : daté ici du 10, ailleurs du 11, contenant par ailleurs une information coupée par des points de suspension, sur un autre télégramme, à ce jour inexistant.
    SOUS-ARGUMENTS OBJECTIONS
    Sous-argument Ces Editions des oeuvres de Lénine jugées "canoniques" par Nicolas Werth témoignaient d'un réel souci de transparence
    Sous-argument La lettre de Lénine envoyée à Zinoviev le 26 juin 1918 se trouve également dans "les oeuvres canoniques"
    Sous-argument Il existe au moins une pièce "canonique" restée inédite jusqu'à la chute de l'URSS
    Aucune objection n'a été entrée.
    de l'argument pour aller plus loin.

    Argument POURLénine a créé les instruments de la terreur stalinienne

    Aucun résumé ni citation n'a été entré pour le moment.
    SOUS-ARGUMENTS

    Sous-argumentLénine a instauré la Terreur rouge dès 1918

    « Le 5 septembre 1918, face à la révolte des « verts » et des « blancs », après un attentat contre Lénine et sur le modèle du Comité de salut public en 1793, le pouvoir décréta la « terreur rouge », provoquant en deux mois de 10 000 à 15 000 exécutions sommaires – alors que de 1825 à 1917, la Russie avait enregistré 6321 condamnations en mort pour raison politique, et dans le cadre de procédures légales et avec de nombreuses commutations de peine. Cette terreur, qui fit en cinq ans des centaines de milliers de victimes, visait en priorité ceux qui étaient des ennemis politiques ou des membres de classes « condamnées par l’histoire » – bourgeois, nobles, commerçants, industriels, intellectuels, officiers, prêtres, mais aussi paysans propriétaires. Dès 1918, des milliers d’otages issus de ces catégories furent fusillés. L’acte le plus symbolique fut le massacre de la famille impériale, y compris les enfants et les serviteurs, dans des conditions horribles dans la nuit du 16 au 17 juillet 1918. Cette opération fut organisée par Lénine en personne, à l’insu même de la direction bolchevik. »
    Stéphane Courtois, « Lénine, l'inventeur du totalitarisme », Le Figaro – Histoire, n°30, février-mars 2017.
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    « C’est ce mouvement révolutionnaire inédit, fondateur du totalitarisme, qui s’empare du pouvoir le 7 novembre 1917, passe à l’acte et inaugure d’emblée, entre 1917 et 1922, un processus génocidaire fondé sur la terreur utilisée comme moyen de gouvernement. Conformément à la description des formes du génocide par Lemkin, on assiste dès la fin 1917 et le printemps 1918 à la désignation de groupes-cibles : aristocrates, bourgeois, propriétaires fonciers, industriels, officiers. Puis, dès le mois de mai 1918, Lénine lance le cri « mort aux koulaks », visant ainsi tous les paysans qui refusent ce que, par euphémisme, les bolcheviks nomment « réquisitions » – pillage pur et simple des biens et des récoltes par les agents du pouvoir. Avec le décret sur la « Terreur rouge », proclamée le 5 septembre 1918, sont visés tous les autres mouvements politiques, y compris les partis révolutionnaires – mencheviks, socialistes révolutionnaires, anarchistes – et tous les groupes qui ne se soumettent pas, y compris les ouvriers en grève. Enfin, au printemps 1922, Lénine donnera des ordres impératifs et précis pour exterminer l’ensemble du clergé et expulser les intellectuels qui ne rallient pas le régime. »
    Stéphane Courtois, « Rafael Lemkin et la question du génocide en régime communiste », Communisme et totalitarisme, Perrin, Paris, 2009.

    Sous-argumentLénine a créé une police politique : la Tchéka

    « Le 20 décembre [1917], Lénine créait la Tcheka – la Commission extraordinaire de lutte contre la contre-révolution, la spéculation et le sabotage –, une police politique qui, de manière arbitraire, commença à arrêter, puis à fusiller. Alors que le bolchevik Boukharine protestait que la Tcheka était « truffée de criminels et de sadiques, d’éléments dégénérés du lumpenprolétariat », Lénine répondit qu’elle était « injustement attaquée pour quelques excès par une intelligence bornée […] incapable de considérer le problème de la terreur dans une perspective plus large ». Et de conclure : « Un bon communiste est aussi un bon tchékiste. » En 1921, la Tcheka compterait déjà 200 000 hommes et cette police politique – devenue GPU, puis NKVD et enfin KBG – serait, avec le Parti bolchevik et l’Armée rouge – armée de guerre civile créée par un décret du 28 janvier 1918 –, l’un des trois piliers du pouvoir totalitaire. »
    Stéphane Courtois, « Lénine, l'inventeur du totalitarisme », Le Figaro – Histoire, n°30, février-mars 2017.
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    « À partir du 20 décembre 1917, avec la création de sa police politique, la Tcheka, Lénine se donne les moyens d’instaurer la dictature du Parti bolchevique, s’appuyant sur une terreur systématique contre ses « ennemis ». Ce sont d’abord ses ennemis politiques : les « Blancs » – tous les partisans du tsar – et les libéraux (Constitutionnels démocrates, KD), puis les anarchistes, et enfin les socialistes révolutionnaires et les mencheviks. Ce sont ensuite les classes sociales ennemies : aristocrates, bourgeois, officiers, koulaks – paysans refusant les réquisitions et qualifiés de « riches » –, Cosaques, clergé. Ce sont aussi les mauvais éléments de la « bonne » classe : les ouvriers en révolte contre la dictature bolchevique. Et enfin les nations récalcitrantes à la soviétisation : Finlande, Ukraine, puis les peuples du Caucase, en particulier la Géorgie. »
    Stéphane Courtois, « La terreur : moyen ordinaire de gouvernement », Communisme et totalitarisme, Perrin, Paris, 2009.

    Sous-argumentLénine a restauré la peine de mort

    « Deux jours après la fin de cette conférence panrusse des tchekas [de juin 1918], le gouvernement décréta le rétablissement légal de la peine de mort. Celle-ci, abolie après la révolution de février 1917, avait été restaurée par Kerenski en juillet 1917. Néanmoins, elle ne s’appliquait alors que dans les régions du front, sous juridiction militaire. Une des premières mesures prises par le IIe Congrès des soviets, le 26 octobre (8 novembre) 1917, fut de supprimer à nouveau la peine capitale. Cette décision suscita la fureur de Lénine : « C’est une erreur, une faiblesse inadmissible, une illusion pacifiste ! » Lénine et Dzerjinski n’eurent de cesse de rétablir légalement la peine de mort, tout en sachant pertinemment qu’elle pouvait être appliquée, sans aucun « juridisme tatillon », par des organes extralégaux comme les tchekas. La première condamnation à mort légale, prononcée par un tribunal révolutionnaire, eut lieu le 21 juin 1918 : l’amiral Tchastnyi fut le premier « contre-révolutionnaire » fusillé « légalement ». »
    Nicolas Werth, Le livre noir du communisme, Robert Laffont, Paris, 1997.
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    « "Kautsky montre en détail, écrit Stampler, que les Bolcheviks en arrivent toujours en définitive à prendre le contrepied de ce qui était leur but : ils étaient les adversaires de la peine de mort et ils y vont à coups d'exécutions massives." D’abord c’est un mensonge pur et simple de dire que les bolcheviks étaient les adversaires de la peine de mort en période de révolution. Au IIe congrès de notre parti, en 1903, alors que naissait le bolchevisme, un programme du parti fut établi et les procès verbaux du parti stipulent que la pensée d’introduire l’abolition de la peine de mort n’a provoqué que des exclamations ironiques : « et aussi pour Nicolas II ? » Les mencheviks eux-mêmes n’ont pas osé mettre aux voix la proposition de l’abolition de la peine de mort pour le tsar. Et en 1917, au temps du régime Kerenski, j’écrivais dans la Pravda qu’il n’est pas un seul gouvernement révolutionnaire qui puisse se passer de la peine de mort et que le tout est de savoir contre quelle classe un gouvernement donné dirige l’arme de la peine de mort. »
    Lénine, « Comment la bourgeoisie utilise les rénégats, », Oeuvres de Lénine, tome 30, septembre 1919-avril 1920, p.20, 20 septembre 1919, Éditions sociales, Paris, 1964.

    Sous-argumentLénine a créé des camps de concentration

    « Les bolcheviks ont imposé par la violence une ségrégation spatiale qui s’est inscrite d’abord en creux, à travers des vagues massives d’émigration et d’exil, plus d’un million de membres des classes « condamnées par l’Histoire » s’étant enfuies pour sauver leur vie. Mais très vite, cette ségrégation a pris la forme de l’enfermement dans des prisons puis dans des camps de concentration dont Trotski réclamait l’installation dès le 4 juin 1918, suivi en cela le 26 juin par le Conseil des commissaires du peuple qui exigea que ces camps soient utilisés pour mettre hors d’état de nuire les « ennemis intérieurs ». Et le 8 août, Trotski approuva la création des trois premiers camps, appelés à devenir un véritable système concentrationnaire, dès 1921, dans le complexe des îles Solovki, sur la mer Blanche, bien avant que les nazis n’aient ouvert leur premier camp. Le mot « concentration » n’avait pas une connotation seulement administrative, mais visait à terroriser : le décret sur la Terreur rouge précisait que les communistes voulaient ainsi se protéger de leurs ennemis « en les isolant dans des camps de concentration ». Ce système, géré par la police politique, avait un caractère extra-judiciaire reconnu par une loi du 17 février 1919, et dès 1921, on recensait 84 camps qui regroupaient 115 000 internés et qui allaient devenir le laboratoire du travail forcé mais aussi de l’extermination, avant de se transformer en 1930 en « Goulag », par lequel passèrent – ou trépassèrent – plus de 15 millions de Soviétiques. »
    Stéphane Courtois, « Rafael Lemkin et la question du génocide en régime communiste », Communisme et totalitarisme, Perrin, Paris, 2009.
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    « Les dirigeants bolcheviques expérimentèrent, en août 1918, un autre instrument de répression apparu dans la Russie en guerre : le camp de concentration. Le 9 août 1918, Lénine télégraphia au Comité exécutif de la province de Penza d’enfermer « les koulaks, les prêtres, les Gardes blancs et autres éléments douteux dans un camp de concentration ». Quelques jours auparavant, Dzerjinski et Trotski avaient également prescrit l’enfermement d’otages dans des « camps de concentration ». Ces « camps de concentration » étaient des camps d’internement où devaient être parqués, par simple mesure administrative et sans le moindre jugement, les « éléments douteux ». De nombreux camps, où avaient été internés des prisonniers de guerre, existaient en Russie, comme dans d’autres pays belligérants. »
    Nicolas Werth, Le livre noir du communisme, Robert Laffont, Paris, 1997.
    Sous-débat
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    Sous-argumentLénine a pratiqué la prise d'otages

    « Durant tout le mois d’août 1918, c’est-à-dire avant le déclenchement « officiel » de la Terreur rouge le 3 septembre, les dirigeants bolcheviques, Lénine et Dzerjinski en tête, envoyèrent un grand nombre de télégrammes aux responsables locaux de la Tcheka ou du Parti, leur demandant de prendre des « mesures prophylactiques » pour prévenir toute tentative d’insurrection. Parmi ces mesures, expliquait Dzerjinski, « les plus efficaces sont la prise d’otages parmi la bourgeoisie, à partir des listes que vous avez établies pour les contributions exceptionnelles levées sur les bourgeois, […] l’arrestation et l’enfermement de tous les otages et suspects dans des camps de concentration ». Le 8 août, Lénine demanda à Tsourioupa, commissaire du peuple à l’Approvisionnement, de rédiger un décret aux termes duquel, « dans chaque district producteur de céréales, vingt-cinq otages désignés parmi les habitants les plus aisés répondront de leur vie pour la non-réalisation du plan de réquisition ». Tsourioupa ayant fait la sourde oreille, prétextant qu’il était difficile d’organiser cette prise d’otages, Lénine lui envoya une seconde note, encore plus explicite : « Je ne suggère pas que les otages soient pris, mais qu’ils soient nommément désignés dans chaque district. L’objet de cette désignation, c’est que les riches, tout comme ils sont responsables de leur contribution, soient responsables sur leur vie de la réalisation immédiate du plan de réquisition dans leur district. » »
    Nicolas Werth, Le livre noir du communisme, Robert Laffont, Paris, 1997.
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    Sous-argumentLénine a pratiqué un contrôle social par le travail

    « Dès 1918, les bolcheviks ont pratiqué l’exclusion sociale grâce à un moyen très simple et terriblement efficace, en application du fameux slogan de Lénine « Qui ne travaille pas ne mange pas ! ». Si ce slogan peut sembler raisonnable, il devient terrifiant dès que l’on est dans un système où le pouvoir détient le monopole de l’emploi et du salaire – et peut donc le refuser arbitrairement et condamner quiconque à la mort de faim ou à l’illégalité. Le pouvoir a aussi très tôt créé une catégorie de citoyens privés de leurs droits, les lichentsy. »
    Stéphane Courtois, « Rafael Lemkin et la question du génocide en régime communiste », Communisme et totalitarisme, Perrin, Paris, 2009.
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    « D’emblée, ces groupes sont victimes d’une stigmatisation comme « contre-révolutionnaires », « ennemis du peuple », « gardes blancs », etc. ; celle-ci s’accompagne d’une déshumanisation par le biais de l’animalisation, puis d’une ségrégation symbolique et enfin effective par la privation de l’emploi, du logement, du ravitaillement, du chauffage, ce qui peut signifier un arrêt de mort dans un régime qui prétend être seul détenteur de tous les moyens de production et de distribution de tous les biens matériels. »
    Stéphane Courtois, « Rafael Lemkin et la question du génocide en régime communiste », Communisme et totalitarisme, Perrin, Paris, 2009.

    Sous-argumentLénine a militarisé le travail

    « À la fin de 1919 et au début de 1920, les relations entre le pouvoir bolchevique et le monde ouvrier se dégradèrent encore davantage, à la suite de la militarisation de plus de deux mille entreprises. Principal partisan de la militarisation du travail, Léon Trotski développa, lors du IXe Congrès du Parti, en mars 1920, ses conceptions sur la question. L’homme est naturellement porté à la paresse, expliqua Trotski. Sous le capitalisme, les ouvriers doivent chercher du travail pour survivre. C’est le marché capitaliste qui aiguillonne le travailleur. Sous le socialisme, « l’utilisation des ressources de travail remplace le marché ». L’État a donc pour tâche d’orienter, d’affecter, d’encadrer le travailleur, qui doit obéir tel un soldat à l’État ouvrier, défenseur des intérêts du prolétariat. Tels étaient le fondement et le sens de la militarisation du travail, vivement critiquée par une minorité de syndicalistes et de dirigeants bolcheviques ; elle signifiait, en effet, l’interdiction des grèves, assimilées à une désertion en temps de guerre, le renforcement de la discipline et des pouvoirs de la direction, la subordination complète des syndicats et des comités d’usine, dont le rôle se bornait désormais à mettre en œuvre la politique productiviste, l’interdiction pour les ouvriers de quitter leur poste de travail, la sanction de l’absentéisme et des retards, fort nombreux en ces temps où les ouvriers étaient à la recherche, toujours problématique, de nourriture. »
    Nicolas Werth, Le livre noir du communisme, Robert Laffont, Paris, 1997.

    Sous-argumentLénine a encouragé le pillage des riches

    « Dès ce moment, la terreur se répand. Terreur spontanée provoquée par les slogans léninistes – « Volez les voleurs, pillez les pillards » – qui incitent la lie de la population à s’attaquer impunément aux « riches », multipliant vols, viols et assassinats ; au point que Gorki, pourtant jusque-là un fidèle soutien des bolcheviks, proteste violemment dans son journal, la Novaïa Jizn du 19 décembre 1917 : « Les instincts surexcités de ces foules bornées ont trouvé les porte-parole de leur anarchisme zoologique et nous voyons aujourd’hui ces meneurs de petits-bourgeois en révolte expérimenter de misérables petites idées qui ne sont point de Marx mais de Proudhon, répandre la subversion à la Pougatchev et non le socialisme et prêcher à qui mieux mieux le nivellement général sur une base d’indigence tant morale que matérielle. C’est dur de parler de cela mais il faut en parler car qui donc portera la responsabilité de tous les péchés et abominations commis par une force que désavoue le prolétariat conscient si ce n’est ce prolétariat conscient lui-même ? » »
    Stéphane Courtois, « Guerre et totalitarisme », Communisme et totalitarisme, Perrin, Paris, 2009.
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    « Si la révolution de février 1917 est relativement peu meurtrière, eu égard à l’ampleur de l’événement, la révolte agraire qui explose à partir de l’été 1917 provoque une terreur ponctuelle et spontanée des foules qui entraîne plus de victimes (assassinats de propriétaires fonciers, de régisseurs, etc.). Avec la révolution d’Octobre, celle-ci est encouragée par les slogans de Lénine qui incitent au pillage des « riches » et au désordre général, et par la dissolution de toutes les forces de l’ordre, ce qui donne libre cours à l’action de la pègre et de la populace. »
    Stéphane Courtois, « La terreur : moyen ordinaire de gouvernement », Communisme et totalitarisme, Perrin, Paris, 2009.
    Sous-débat
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    Lénine a encouragé le pillage des riches
    SOUS-ARGUMENTS OBJECTIONS
    Aucun sous-argument n'a été entré. Objection Une révolution, nécessaire en 1917, impliquait une redistribution des revenus
    de l'argument pour aller plus loin.

    Sous-argumentLénine a provoqué des famines pour mater des soulèvements

    « Pour le petit peuple, il était évident, comme en témoignaient les propos rapportés par la police politique, que « le pouvoir soviétique veut faire crever de faim tous les paysans qui osent lui résister ». Bien que parfaitement informé des conséquences inéluctables de sa politique de réquisitions, le gouvernement ne prit aucune mesure. Alors même que la famine gagnait un nombre croissant de régions, Lénine et Molotov envoyèrent, le 30 juillet 1921, un télégramme à tous les dirigeants des comités régionaux et provinciaux du Parti leur demandant de « renforcer les appareils de collecte […], de développer une intense propagande auprès de la population rurale en lui expliquant l’importance économique et politique du paiement ponctuel et total des impôts […], de mettre à la disposition des agences de collecte de l’impôt en nature toute l’autorité du Parti et la totalité du pouvoir de répression de l’appareil d’État » ! »
    Nicolas Werth, Le livre noir du communisme, Robert Laffont, Paris, 1997.
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    « C’est la grande famine de 1921-1922 qui eut raison des campagnes les plus agitées, celles que les détachements de réquisition avaient le plus ponctionnées et qui s’étaient soulevées pour survivre. La carte de la famine recouvre exactement celle des zones des plus fortes réquisitions au cours des années précédentes et celle des zones des plus fortes révoltes paysannes. Alliée « objective » du régime, arme absolue de pacification, la famine servit, par ailleurs, de prétexte aux bolcheviks pour frapper un coup décisif contre l’Église orthodoxe et l’intelligentsia qui s’étaient mobiiisées pour lutter contre le fléau. »
    Nicolas Werth, Le livre noir du communisme, Robert Laffont, Paris, 1997.
    Sous-débat
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    Lénine a provoqué des famines pour mater des soulèvements
    SOUS-ARGUMENTS OBJECTIONS
    Aucun sous-argument n'a été entré. Objection La famine de 1921 est la conséquence des interventions étrangères contre le pouvoir bolchevique
    de l'argument pour aller plus loin.

    Sous-argumentLénine a manipulé les statistiques officielles

    « L’importance du travail de statistique ira croissante au cours du XXe siècle, mais Lénine omet un élément fondamental : si en temps de guerre ces données étaient confidentielles, une fois revenu le temps de paix, elles sont à nouveau publiques ; les partis politiques, la presse comme les entrepreneurs y ont accès et conduisent leur action en partie en fonction de cette connaissance statistique qui permet également à la société tout entière d’apprécier le comportement du pouvoir et des acteurs économiques et sociaux. Or Lénine au pouvoir va immédiatement sortir la statistique de ce contexte démocratique. Le signe en sera donné dès novembre 1917 quand la grande majorité de la bureaucratie d’État russe, qui avait accepté de travailler pour le Gouvernement provisoire, refusera de se mettre au service d’un pouvoir illégitime. Dès 1921, le pouvoir soviétique décida de rejeter les données du service de statistique quand elles ne répondaient pas à sa volonté politique. Ainsi la grande famine de 1921-1923 fut-elle en partie provoquée par la décision politique de majorer fortement les estimations de la récolte proposées par les services compétents et de calculer les réquisitions de blé en conséquence. Ayant supprimé la bureaucratie des entreprises privées et refusant de se soumettre aux indications de la bureaucratie d’État, le régime bolchevique était condamné à pratiquer la terreur et le mensonge officiel. »
    Stéphane Courtois, « Le poids de la guerre sur la pensée de Lénine », Quand tombe la nuit, L'Âge d'Homme, Lausanne, 2001.
    Sous-débat
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    Lénine a manipulé les statistiques officielles
    SOUS-ARGUMENTS OBJECTIONS
    Aucun sous-argument n'a été entré. Objection Lénine dénonce constamment la tentation de manipuler la réalité sociale
    de l'argument pour aller plus loin.

    Sous-argumentLénine a légalisé la violence contre les opposants par la création d'un Code pénal

    « À l’occasion du procès des socialistes-révolutionnaires avait été appliqué le nouveau Code pénal, entré en vigueur le 1er juin 1922. Lénine avait tout particulièrement suivi l’élaboration de ce code qui devait légaliser la violence exercée à l’encontre des ennemis politiques, la phase de l’élimination expéditive, justifiée par la guerre civile, étant officiellement close. […] En accord avec les instructions de Lénine, le Code pénal définit le crime contre-révolutionnaire comme tout acte « visant à abattre ou à affaiblir le pouvoir des soviets ouvriers et paysans établi par la révolution prolétarienne », mais aussi tout acte « contribuant à aider la partie de la bourgeoisie internationale qui ne reconnaît pas l’égalité des droits du système communiste de propriété succédant au système capitaliste, et s’efforce de le renverser par la force, l’intervention militaire, le blocus, l’espionnage ou le financement de la presse et autres moyens similaires ». Étaient passibles de la peine de mort non seulement toutes les activités (révolte, émeute, sabotage, espionnage, etc.) susceptibles d’être qualifiées d’« actes contre-révolutionnaires », mais aussi la participation ou le concours prêté à une organisation « dans le sens d’une aide à une partie de la bourgeoisie internationale ». Même la « propagande susceptible d’apporter une aide à une partie de la bourgeoisie internationale » était considérée comme un crime contre-révolutionnaire, passible d’une privation de liberté « qui ne saurait être inférieure à trois ans » ou de bannissement à perpétuité. »
    Nicolas Werth, Le livre noir du communisme, Robert Laffont, Paris, 1997.

    Sous-argumentLénine a organisé les premiers procès truqués ou expéditifs

    « Lénine étendit sa volonté exterminatrice aux autres révolutionnaires et décida d’organiser, en juin 1922, un procès à grand spectacle contre 34 socialistes-révolutionnaires, dont nombre de leaders connus furent condamnés à mort. Ce fut le premier procès truqué, avec accusations fantaisistes, agents provocateurs et verdict arrêté à l’avance. »
    Stéphane Courtois, « Lénine, l'inventeur du totalitarisme », Le Figaro – Histoire, n°30, février-mars 2017.
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    « Fort de son nouveau code pénal, Lénine inaugure une autre forme de terreur : le procès truqué et à grand spectacle – celui des socialistes révolutionnaires à l’été 1922 – qui sera le prototype des Grands Procès de Moscou sous Staline. »
    Stéphane Courtois, « La terreur : moyen ordinaire de gouvernement », Communisme et totalitarisme, Perrin, Paris, 2009.
    Sous-débat
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    Lénine a organisé les premiers procès truqués ou expéditifs
    SOUS-ARGUMENTS OBJECTIONS
    Aucun sous-argument n'a été entré. Objection Staline exercait, dans les années 1930 en période de paix, la terreur contre des camarades, souvent anciens compagnons de Lénine
    de l'argument pour aller plus loin.

    Sous-argumentLénine a forgé les instruments de répression que Staline n'aura plus qu'à reprendre

    « Inutile d’insister sur le fait que toutes les catégories à détruire que visera Staline ont déjà été désignées par Lénine et que tous les instruments de répression ultérieurs ont été forgés par lui. »
    Dominique Colas, « Lénine et la terreur de masse », Quand tombe la nuit, L'Âge d'Homme, Lausanne, 2001.
    Sous-débat
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    Lénine a forgé les instruments de répression que Staline n'aura plus qu'à reprendre
    SOUS-ARGUMENTS OBJECTIONS
    Aucun sous-argument n'a été entré. Objection L'instrument de répression-clé du stalinisme le goulag, nait en 1930, six ans après la mort de Lénine et trois ans après la fin de la NEP que Lénine avait mise en place.
    de l'argument pour aller plus loin.
    OBJECTIONS

    ObjectionTous les révolutionnaires doivent faire usage de la répression contre leurs adversaires s'ils veulent préserver la révolution

    « En révolution comme en guerre, il s’agit de briser la volonté de l’ennemi, de le réduire à capituler en acceptant les conditions du vainqueur. La volonté est, assurément, un fait d’ordre psychologique, mais, à la différence d’un meeting, d’une réunion publique ou d’un congrès, la révolution poursuit ses fins par le recours à des moyens matériels, bien que dans une mesure moindre que la guerre. »
    Léon Trotski, Terrorisme et communisme, 1920.
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    « La classe ouvrière, qui s’est emparée du pouvoir en combattant, avait pour tâche et pour devoir de l’affermir inébranlablement, d’assurer définitivement sa domination, de couper toute envie de coup d’État chez ses ennemis et de se donner, par cela même, la possibilité de réaliser les grandes réformes socialistes. Ou alors il ne fallait pas prendre le pouvoir. La révolution n’implique pas « logiquement » le terrorisme, de même qu’elle n’implique pas l’insurrection armée. Solennelle banalité ! Mais, par contre, la révolution exige de la classe révolutionnaire qu’elle mette tous les moyens en œuvre pour atteindre ses fins ; par l’insurrection armée, s’il le faut ; par le terrorisme, si c’est nécessaire. La classe ouvrière, qui a conquis le pouvoir les armes à la main, doit briser par la violence toutes les tentatives qu’on fera pour le lui arracher. Partout où elle se trouvera en présence d’un complot armé, d’un attentat, d’une révolte, sa répression sera impitoyable. »
    Léon Trotski, Terrorisme et communisme, 1920.

    ObjectionLa terreur bolchévik a été conditionnée par les circonstances de la guerre civile

    « La rigueur de la dictature prolétarienne en Russie, dirons-nous, a été conditionnée par des circonstances non moins critiques. Un front ininterrompu du Nord au Sud, de l’Est à l’ouest. Outre les armées contre-révolutionnaires de Koltchak, de Denikine, etc., la Russie soviétique était simultanément ou successivement attaquée par les Allemands, les Autrichiens, les Tchécoslovaques, les Roumains, les Français, les Anglais, les Américains, les Japonais, les Finlandais, les Estoniens et les Lithuaniens. À l’intérieur du pays, bloqué de toutes parts et mourant de faim, ce n’étaient que complots incessants, révoltes, actes terroristes, destruction des dépôts, des voies ferrées et des ponts. »
    Léon Trotski, Terrorisme et communisme, 1920.

    ObjectionLa répression bolchévik aurait été moins forte sans le soutien des grandes puissances à la contre-révolution

    « Le gouvernement actuel de Finlande, dès son accession au pouvoir a exécuté de sang-froid en quelques jours 16.700 membres de l’ancienne république socialiste et en a interné dans les camps de concentration 70.000 autres. Alors qu’en Russie, le total des exécutions pour l’année qui s’est terminée le 1er novembre 1918 a été, d’après les chiffres officiels de 3. 800, ce nombre comprenant beaucoup de fonctionnaires vendus, aussi bien que des contre-révolutionnaires. Le gouvernement finlandais a été infiniment plus terroriste que le gouvernement russe. Après avoir tué et arrêté (sic) près de 90. 000 socialistes et après en avoir chassé près de 50. 000 à l’étranger - la Finlande est un petit pays qui ne compte que 400.000 électeurs environ - le gouvernement blanc a estimé qu’il était relativement hors de danger de procéder à des élections. Malgré toutes les précautions, une majorité de socialistes a été élue, mais le général Mannerheim, tout comme les alliés après les élections de Vladivostok, n’a pas confirmé le mandat d’un seul d’entre eux. »
    Stuart Chase cité par Lénine, « oeuvres de Lénine tome 30-septembre 1919-avril 1920 "Mannerheim et Kotchak" », New Republic 25 juin 1919, p.23, 20 septembre 1919, Editions sociales, Paris, 1964.
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    Sous-débat
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    La répression bolchévik aurait été moins forte sans le soutien des grandes puissances à la contre-révolution
    SOUS-ARGUMENTS OBJECTIONS
    Sous-argument En février 1920 Lénine, en personne, souligne le caractère circonstanciel de la Terreur
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    de l'argument pour aller plus loin.

    ObjectionLa répression bolchévik aurait été moins forte avec la victoire de la révolution dans des pays européens

    « Si notre révolution de novembre s’était produite quelques mois ou même quelques semaines après la conquête du pouvoir par le prolétariat en Allemagne, en France et en Angleterre, il ne peut y avoir de doute que notre révolution eût été la plus pacifique, la moins « sanglante » des révolutions possibles ici-bas. Mais cet ordre historique – à première vue le plus naturel et en tout cas le plus avantageux pour la classe révolutionnaire russe – n’a pas été enfreint par notre faute, mais par la faute des événements : au lieu d’être le dernier, le prolétariat russe a été le premier. C’est précisément cette circonstance qui a donné, après la première période de confusion, un caractère très acharné à la résistance des ex-classes dominantes de Russie et qui a obligé le prolétariat russe, à l’heure des plus grands dangers, des agressions de l’extérieur, des complots et des révoltes à l’intérieur, à recourir aux cruelles mesures de la terreur gouvernementale. »
    Léon Trotski, Terrorisme et communisme, 1920.

    ObjectionLa terreur rouge de la guerre civile russe est sans rapport avec la terreur stalinienne des années 1930

    On relève au vu de la réflexions de Jean Elleinstein que le débat Lénine/Staline est très ancien ne relève pas d'une découverte de documents concommitants à l'ouverture d'archives dasn les années Gorbatchev ou Eltsine. Dans les années 1970 les milieux marxistes ne contestaient pas l'existence de crimes léninistes et les problèmes posés par la création de la Tcheka.
    « Ajoutons que la Terreur rouge, à la différence fondamentale de la Terreur stalinienne, ne fut pas dirigée contre le peuple mais contre les ennemis du peuple et la contre-révolution. Qu'il y ait eu des fautes commises dans cette période, des exagérations dues aux circonstances, c'est certain et personne ne le conteste. La question essentielle est de comprendre la différence de nature entre la terreur des années 1918-1921 et celle des années 30 à 50. Face à la terreur blanche les Bolcheviks étaient restés, jusqu'en août 1918, plutôt passifs. Certes ils avaient créé une police politique, la "Tcheka". Mais les arrestations restaient relativement peu nombreuses, les exécutions encore plus rares, et il subsistait encore quelques traces de liberté politique (des journaux d'opposition bourgeoise par exemple subsistent à Pétrograd jusqu'au 3 août 1918). »
    Jean Elleinstein, Histoire de l'URSS, tome 1, p.190, Éditions sociales, Paris, 1975 deuxième édition.
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    « Du bureaucratisme à la contre-révolution bureaucratique, il y a bien plus qu'un pas. Entre la révolution de 1917 qui fut en proie très tôt à une institutionnalisation qui la paralysait et la contre-révolution totalitaire qui mit fin à sa dynamique, il existe une rupture et une brisure idéologique (...) Entre les deux, un seuil qualitatif et quantitatif a été franchi dans le domaine de la répression, ce qui explique que les millions de victimes des goulags staliniens surclassent dans l'horreur les pratiques de la Tcheka ou de l'Armée rouge durant la guerre civile - même pour les plus expéditives et les plus répréhensibles d'entre elles. Mais la cassure fondamentale qui s'opère dans les années 1920 tient, avant toute chose, à l'inversion des logiques politiques et au renversement de l'édifice démocratique qu'avait bâti 1917. Le tournant qui s'opère est autant marqué par l'avènement d'un système policier sanguinaire que par l'extinction de la souveraineté populaire que Février et Octobre avaient initiée. »
    Olivier Besancenot, Que faire de 1917 ? Une contre-histoire de la révolution russe, p.151-152, chapitre 4, Autrement, Paris, 2017.
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    La terreur rouge de la guerre civile russe est sans rapport avec la terreur stalinienne des années 1930
    SOUS-ARGUMENTS OBJECTIONS
    Sous-argument Le traité de Brtest-Litovsk est un acte humaniste de Lénine que lui reproche pourtant Kausky au nom del'Humanité
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    Argument POURLénine a théorisé et revendiqué la terreur de masse

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    Références

    • Lucien Sève, Octobre 1917. Une lecture très critique de l'historiographie dominante. Suivi d'un choix de textes de Lénine, Éditions sociales les parallèlles 1917 + 100, Paris, 2017.  
      SOUS-ARGUMENTS

      Sous-argumentLénine a encouragé les actes de terreur

      « Pour convaincre ses partisans peu enthousiastes, Lénine fait feu de tout bois, bombardant son comité central de lettres comminatoires et rédigeant d’août à octobre plusieurs textes – L’Etat et la révolution, « Les bolcheviks garderont-ils le pouvoir ? » – où il tente d’exposer ce que serait un pouvoir socialiste. Il imagine que son pouvoir disposerait de puissants moyens de contrôle sur les capitalistes et les riches :

      « Ce moyen de contrôle, cette obligation du travail sont autrement puissants que les lois de la Convention et que sa guillotine. La guillotine n’était qu’un épouvantail qui brisait la résistance active. Cela ne suffit pas. […] Nous devons briser leur résistance passive [… ] Nous ne devons pas seulement briser toute résistance, quelle qu’elle soit. Nous devons encore obliger les gens à travailler dans le cadre de la nouvelle organisation de l’État. [… ] et nous avons les moyens de le faire. L’État capitaliste en guerre nous a lui-même mis entre les mains les moyens et les armes pour cela. Ces moyens ce sont le monopole des céréales, la carte de pain, l’obligation générale du travail. "Qui ne travaille pas ne mange pas", telle est la règle fondamentale. »

      « Briser la résistance passive », « obliger les gens à travailler » : c’est bien l’ensemble de la société qui est visée par un projet de domination totale prêt à utiliser – et qui utilisera à grande échelle – l’arme de la faim. On reste confondu devant tant de cynisme, mais aussi tant de naïveté et de méconnaissance des modes de fonctionnement d’un État et d’une société. Car, très vite, le problème qui va se poser aux bolcheviks ne sera pas tant celui de la prise du pouvoir et de la désignation d’un gouvernement que celui de gérer cette situation, puis de contraindre toute une société à vivre selon des règles « socialistes » qui, précisément, détruisent les principes de fonctionnement de toute société. »
      Stéphane Courtois, « Guerre et totalitarisme », Communisme et totalitarisme, Perrin, Paris, 2009.
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      Voir les citations restantes dans la page détaillée de l'argument.
      « De Moscou, Lénine envoya alors une lettre à Zinoviev, président du comité de Petrograd du Parti bolchevique, document révélateur à la fois de la conception léniniste de la terreur et d’une extraordinaire illusion politique. […] « Camarade Zinoviev ! Nous venons juste d’apprendre que les ouvriers de Petrograd souhaitaient répondre par la terreur de masse au meurtre du camarade Volodarski et que vous (pas vous personnellement, mais les membres du comité du Parti de Petrograd) les avez freinés. Je proteste énergiquement ! Nous nous compromettons : nous prônons la terreur de masse dans les résolutions du soviet, mais, quand il s’agit d’agir, nous faisons obstruction à l’initiative absolument correcte des masses. C’est i-nad-mis-sible ! Les terroristes vont nous considérer comme des chiffes molles. L’heure est ultra-martiale. Il est indispensable d’encourager l’énergie et le caractère de masse de la terreur dirigée contre les contre-révolutionnaires, spécialement à Petrograd, dont l’exemple est décisif. Salutations. Lénine. » »
      Nicolas Werth, Le livre noir du communisme, Robert Laffont, Paris, 1997.

      Sous-argumentLénine donnait personnellement les ordres

      « Les archives déjà disponibles montrent le degré d’intentionnalité qui a présidé à ces crimes. Les ordres émanaient du Bureau politique, voire de Lénine en personne qui fut le principal promoteur et protecteur des institutions chargées des exterminations : la Tcheka et l’Armée rouge. Le profil des responsables montre bien que ces crimes n’ont pas été le fait de quelques assassins isolés ou de bandes irresponsables, mais des principaux dirigeants du premier parti-État communiste. Il y a donc bien eu dès 1918 « intention de détruire en totalité ou en partie » des « groupes en tant que tels » – pour leur « appartenance de classe » ou leur caractère prétendument « contre-révolutionnaire ». »
      Stéphane Courtois, « Rafael Lemkin et la question du génocide en régime communiste », Communisme et totalitarisme, Perrin, Paris, 2009.
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      « Lénine donne personnellement ses ordres, comme dans son télégramme du 9 août 1918 : « […] introduire sur le champ la terreur de masse, fusiller ou déporter les centaines de prostituées qui font boire les soldats, tous les ex-officiers, etc. […] déportation massive des mencheviks et autres éléments suspects ». Ou celui du 10 août : « Le soulèvement koulak doit être écrasé sans pitié. […] Trouvez des gens plus durs ». »
      Stéphane Courtois, « La terreur : moyen ordinaire de gouvernement », Communisme et totalitarisme, Perrin, Paris, 2009.

      Références

      • Lénine, oeuvres de Lénine tome 30-septembre 1919-avril 1920, et tomes 35, 36, 44-Lettres, Editions sociales, Paris, 1964 (tome 30), 1964 (tome 35) , 1959 (tome 36) 1970 ( tome 44 ).  

        Sous-argumentLénine a fait l'éloge de la terreur

        « L’éloge de la terreur par Lénine, qui a toujours revendiqué son jacobinisme et a pris comme un honneur d’être traité de Robespierre et ceci dès l’apparition en 1903 de la fraction bolchevique au sein du Parti ouvrier social démocrate russe, est bien antérieur à 1922, ou même 1917. Et même à 1914 : un des points que je voudrais montrer, et qui répond au texte de Stéphane Courtois, est que l’impact de la guerre mondiale fut négligeable sur la valorisation de la terreur par Lénine et qu’elle ne fut pas une rupture. »
        Dominique Colas, « Lénine et la terreur de masse », Quand tombe la nuit, L'Âge d'Homme, Lausanne, 2001.
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        « Je souhaiterais surtout faire apparaître ce qu’est la fonction et le fonctionnement de la « terreur de masse » pour Lénine. La formule mérite des guillemets puisqu’elle appartient en propre au système conceptuel et lexical de Lénine : elle apparaît, au plus tard, pour la première fois dans le contexte de la révolution de 1905, elle est martelée pendant le printemps et l’été 1918. Mais le concept, sinon le terme, est utilisé ultérieurement ; ainsi, en avril 1921, Lénine affirme que les mencheviks et les socialistes-révolutionnaires veulent « livrer les masses à la terreur des gardes blancs » mais qu’à la « terreur blanche » doit répondre la « terreur rouge ». Et, j’y insiste, dans tous les cas où il y fait référence, la « terreur de masse » conduite par les bolcheviks est valorisée. »
        Dominique Colas, « Lénine et la terreur de masse », Quand tombe la nuit, L'Âge d'Homme, Lausanne, 2001.

        Sous-argumentLénine a théorisé la dictature

        « Je ne m’étendrai pas sur la théorie de la construction de l’État chez Lénine. Je me bornerai à rappeler sa formule : « L’État – c’est nous » ; forme ramassée d’une autre équation, énoncée par Lénine en 1920 : « Classe prolétarienne = parti communiste russe = pouvoir soviétique ». Les définitions et les représentations de l’État, telles qu’elles transparaissent à travers les discours des principaux dirigeants bolcheviques au cours des premiers mois du nouveau régime sont remarquablement vagues. Un seul point ressort avec force : l’État sera dictatorial ou ne sera pas – c’est ce que proclamait un Appel du Conseil des commissaires du peuple, le 29 mai 1918. « Seul un État représenté par une Autorité centrale peut venir à bout de la tâche immense de la régulation étatique de l’économie » ; c’est ce que rappelait Lénine le 22 mai 1918 : « Les détachements ouvriers sont les constructeurs de l’État nouveau, l’État du Travail » ; c’est encore ce que disait A. Tsiouroupa, commissaire du peuple au Ravitaillement, le 4 juin 1918 : « La force de la coercition étatique est la mesure de base de notre activité. Tout doit être subordonné à la réimposition de l’autorité de l’État, au principe de l’État ». »
        Nicolas Werth, « Les Bolcheviks et la restauration du « principe de l’État » », Quand tombe la nuit, L'Âge d'Homme, Lausanne, 2001.
        Sous-débat
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        Lénine a théorisé la dictature
        SOUS-ARGUMENTS OBJECTIONS
        Aucun sous-argument n'a été entré. Objection le stalinisme c'est : l'état c'est moi
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        Sous-argumentLénine a justifié théoriquement la terreur

        « Chez Lénine, l’idée fondamentale qui mène au génocide est de considérer qu’une force ennemie met en danger de mort la Révolution. Ce sentiment de danger irrémédiable constitue ce que Nolte appelle le « noyau rationnel », le ressort psychologique et idéologique qui, aux yeux du génocidaire, justifie son action. Mettre à jour ce « noyau rationnel » n’implique en rien que l’on approuve ni le ressort, ni l’action qu’il déclenche ; mais ne pas le percevoir, ou refuser de le prendre en compte, c’est s’exposer à ne rien comprendre au génocide. Celui-ci relève incontestablement du délire, mais d’un délire logique, construit sur une idéologie et mis en œuvre à la faveur d’une conjoncture. Chez Lénine, la désignation de la victime est prétendument scientifique, mais elle repose sur la pseudo-science du marxisme-léninisme : sont désignés à l’extermination des groupes sociaux – et donc les hommes qui les constituent – qui représentent la propriété et plus généralement le passé – c’est-à-dire la société existante –, et qui, par nature, sont censés s’opposer au processus et au parti révolutionnaires, ce dernier étant lui-même censé représenter « l’avenir radieux » de l’Humanité. Le même ressort sera à l’œuvre chez Hitler, obsédé par l’idée de la menace qui pèserait sur le peuple allemand, mais chez le nazi la désignation de la victime reposera sur les critères d’une pseudoscience raciale qui définit qui est juif, demi-juif, aryen, etc. »
        Stéphane Courtois, « Rafael Lemkin et la question du génocide en régime communiste », Communisme et totalitarisme, Perrin, Paris, 2009.
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        « Pour Lénine la terreur est doublement nécessaire : à la fois inévitable et indispensable, selon une logique fréquente chez Lénine où il faut s’employer à réaliser l’inéluctable. La terreur est un aspect du prix à payer pour donner à l’humanité débarrassée des insectes nuisibles et de tous les mécanismes et institutions de l’exploitation, un bonheur infini. La légitimation de la terreur de masse est, en dernière instance, ancrée dans la vision millénariste de Lénine selon laquelle il vaut mieux en terminer avec le capitalisme dans une fin pleine d’horreurs que de continuer à subir ce que le capitalisme produit, c’est-à-dire une horreur sans fin. »
        Dominique Colas, « Lénine et la terreur de masse », Quand tombe la nuit, L'Âge d'Homme, Lausanne, 2001.
        « Exterminer l’« ennemi du peuple » n’était que le prolongement logique d’une révolution à la fois politique et sociale où les uns étaient les « vainqueurs » et les autres les « vaincus ». Cette conception du monde n’était pas brusquement apparue après octobre 1917, mais les prises de position bolcheviques, tout à fait explicites sur la question, l’avaient légitimée. »
        Nicolas Werth, Le livre noir du communisme, Robert Laffont, Paris, 1997.

        Sous-argumentLa terreur est intrinsèque au léninisme

        « La légitimité de la terreur de masse n’est en tout cas nullement reliée par Lénine Iui-même à une sorte de mauvaise rencontre, à des circonstances exceptionnelles, mais il l’inscrit comme un mot d’ordre dans la logique même de la lutte des classes et de l’épuration. On peut sans doute comprendre, à partir de là, pourquoi des partis ou mouvements communistes placés dans des circonstances historiques et sociales très différentes ont, eux aussi, recouru au « terrorisme de masse » qui marque tout le court XXe siècle, qu’on pourrait faire commencer avec le Dimanche rouge de janvier 1905 et se terminer avec le massacre de la place Tienanmen. Le discours et l’appareil léninistes portaient en eux la terreur de masse et le système concentrationnaire, comme les nuées portent l’orage. »
        Dominique Colas, « Lénine et la terreur de masse », Quand tombe la nuit, L'Âge d'Homme, Lausanne, 2001.

        Sous-argumentLénine a voulu transposer la méthode génocidaire des "colonnes infernales" de Turreau en Russie

        « - Quels sont les éléments qui, dans l’exécution de l’extermination du peuple de Vendée pendant la Révolution, l’apparentent à un génocide ?

        Sur le plan de l’exécution du crime, c’est le modus operandi qui démontre clairement le caractère génocidaire de l’opération. Turreau prévoit le ratissage par ses colonnes de la région insurgée, qui doivent massacrer tous ceux qu’elles rencontrent, républicains compris. (...) Et puis il y a les rapports des représentants en mission, des membres de la Convention mandatés pour aiguillonner les généraux. Garnier de Saintes écrit ainsi au Comité de salut public, qui encore une fois s’abstient de réfréner son action : « Tout est exécrable dans ce malheureux pays et cette race doit être anéantie jusqu’au dernier. » Les représentants Hentz et Francastel écrivent le 9 mars 1794 au Comité de salut public (qui encore une fois se garde bien de protester) : « La bonne preuve que la Vendée ne sera jamais redoutable, c’est qu’elle ne contient plus d’habitants, qu’une quinzaine ou une vingtaine de mille habitants de l’ancienne population, qui devait être de plus de 160 000 habitants. » Si c’était vrai, cela voudrait dire qu’on a déjà massacré environ 90 % de la population. Il se trouve que c’est faux, les chiffres cités sont fantaisistes, mais cela montre bien que l’extermination complète était le but poursuivi. (...)

        - Peut-on affirmer, en se penchant sur les atrocités du XXe siècle, que l’expérience républicaine en Vendée a servi de modèle ?

        - C’est surtout à Lénine qu’elle a servi de modèle. Stéphane Courtois, dans son excellent Lénine, l’inventeur du totalitarisme (Perrin, 2017), montre à quel point ce dernier s’est inspiré de la guerre de Vendée et a tiré la conclusion qu’il faudrait être beaucoup plus impitoyable que les révolutionnaires parisiens de l’époque. Et il l’a été avec les paysans russes, Staline aussi. »
        Jacques Villemain, « “1793-1794 est un épisode terroriste et génocidaire” », Valeurs actuelles, 5/09/20.
        OBJECTIONS

        ObjectionLa Première Guerre mondiale a brutalisé la pensée de Lénine

        « Si Lénine a, dès 1903-1905, théorisé la nécessité de la violence révolutionnaire sous ses formes les plus larges, la guerre de 1914, en portant la violence militaire à un niveau jusque-là inconnu, le pousse à radicaliser sa conception et à justifier par la guerre des « capitalistes » la généralisation de la violence révolutionnaire ; transposant cette violence militaire sur le terrain de la politique, Lénine considérera bientôt tout opposant à sa volonté comme un « ennemi » voué à la soumission ou à l’extermination. »
        Stéphane Courtois, « La terreur : moyen ordinaire de gouvernement », Communisme et totalitarisme, Perrin, Paris, 2009.
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        Sous-débat
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        Argument POURLa guerre était au coeur du projet de Lénine

        « En 1914-1915, Lénine s’empare de cette conclusion de Marx pour inaugurer un slogan appelé à un grand retentissement : « Transformer la guerre impérialiste en guerre civile. » […] L’irruption de la guerre moderne sur la scène de l’histoire en août 1914 transforme la vision de Lénine et la radicalise : tout conflit politique ou social est désormais assimilé à une guerre qui n’est plus un moment exceptionnel mais un temps ordinaire et permanent. La guerre civile domine la conception léniniste de la politique en général et de la révolution en particulier. Extrapolant les événements en cours, Lénine en vient à considérer que le monde est entré dans « l’époque de la guerre » qui fait de la guerre civile le principal moyen d’action du prolétariat – dans son esprit, le Parti bolchevique – pour s’emparer du pouvoir et façonner une nouvelle société. Dès août-septembre 1916, il écrit : « A la guerre bourgeoise impérialiste, à la guerre du capitalisme hautement développé, ne peut objectivement être opposée, du point de vue du progrès, du point de vue de la classe d’avant-garde, que la guerre contre la bourgeoisie, c’est-à-dire avant tout la guerre civile du prolétariat contre la bourgeoisie pour la conquête du pouvoir, guerre sans laquelle tout progrès sérieux est impossible. » Et il précise que cette « guerre civile pour le socialisme » est « aussi une guerre, par conséquent elle doit aussi ériger inévitablement la violence au lieu et place du droit. […] Le but de la guerre civile est de s’emparer des banques, des fabriques, des usines, etc., d’anéantir toute possibilité de résistance de la bourgeoisie, d’exterminer ses troupes ». Sans la moindre hésitation, il l’évoquera en octobre 1917 : « Cette guerre pourra être violente, sanguinaire, elle pourra coûter la vie de dizaines de milliers de propriétaires fonciers, de capitalistes et d’officiers qui épousent leur cause. Le prolétariat ne reculera devant aucun sacrifice pour sauver la révolution » »
        Stéphane Courtois, « Guerre et totalitarisme », Communisme et totalitarisme, Perrin, Paris, 2009.
        SOUS-ARGUMENTS

        Sous-argumentLa guerre civile est au coeur du projet communiste

        « La notion de guerre civile se trouve au cœur du projet communiste d’obédience marxiste, et cela dès 1848, dans le Manifeste du parti communiste. Évoquant la lutte des classes, Karl Marx y parle de « la guerre civile plus ou moins latente au sein de la société actuelle, jusqu’au point où elle éclate en révolution ouverte et où le prolétariat jette les fondements de sa domination par le renversement violent de la bourgeoisie ». La conclusion du Manifeste est fort claire : « Les communistes déclarent ouvertement qu’ils ne peuvent atteindre leurs objectifs qu’en détruisant par la violence l’ancien ordre social. » Confronté à la guerre perdue par la France contre la Prusse de Bismarck et témoin de la Commune de Paris, Marx tire une conclusion décisive : « La guerre nationale est une pure mystification des gouvernants, destinée à retarder la lutte des classes, et qui est jetée de côté aussitôt que cette lutte des classes éclate en guerre civile ». »
        Stéphane Courtois, « Le communisme du XXe siècle ou la guerre civile permanente », Communisme et totalitarisme, Perrin, Paris, 2009.
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        Sous-argumentLénine assimilait la politique à la guerre

        « Aveu remarquable, qui touche au cœur même du fonctionnement du système : la nécessité permanente de réactiver la dynamique de la violence, qui avait donné au cours des années 1917-1922, du point de vue des bolcheviks, des résultats remarquables. Cette dynamique de la violence est au centre de la dynamique totalitaire, une dynamique fondée sur l’identification de la politique et de la guerre ou, plus précisément, comme l’écrit Pierre Hassner, « sur l’inversion de la formule clausewitzienne par une formulation commune à Lénine et à Ludendorff selon laquelle la politique est la continuation de la guerre par d’autres moyens ». La trêve, c’est à brève échéance la « dégénérescence ». Dégénérescence des activistes noyés dans « l’océan paysan », dégénérescence du parti infiltré par des « éléments socialement étrangers », dégénérescence de l’État, noyauté par les « spécialistes bourgeois ». »
        Nicolas Werth, « Les Bolcheviks et la restauration du « principe de l’État » », Quand tombe la nuit, L'Âge d'Homme, Lausanne, 2001.
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        « Cette idéologisation de la politique s’accompagne d’une forte militarisation de la pensée politique. On n’en finirait pas de relever, dès 1902, les innombrables expressions de type militaires dont use Lénine pour parler du combat politique tant contre le régime tsariste que contre les autres groupes marxistes russes et internationaux. « Guerre », « assaut », « front », « avant-garde », « détachements », « état-major », « mobiliser une troupe permanente », « armée apte à livrer un combat décisif », « opération militaire d’une troupe mobilisée », « l’ennemi », « se mettre en campagne contre l’ennemi », « le siège en règle de la forteresse ennemie » : autant d’expressions qui montrent qu’il n’a pas fallu attendre la guerre de 1914 pour voir le discours léniniste dominé par une vision militaire. La pensée elle-même en est contaminée, qu’il s’agisse de l’action – Lénine fixant comme objectif suprême « l’insurrection armée du peuple » contre le régime – ou de l’organisation. »
        Stéphane Courtois, « Guerre et totalitarisme », Communisme et totalitarisme, Perrin, Paris, 2009.

        Sous-argumentLénine a cherché à créer les conditions de la guerre civile

        « En mars 1917, la Russie est entrée dans une phase de révolution démocratique dont Lénine est bien décidé à profiter pour imposer ses vues. Dès septembre 1917, il n’a de cesse de pousser les bolcheviks à la prise du pouvoir par une insurrection qui ouvrirait la voie à une guerre civile, étape indispensable de la transformation socialiste de la société russe. À partir du coup d’État bolchevique, le 7 novembre 1917, Lénine met systématiquement en place les conditions de la guerre civile, considérant que tous ceux qui résistent à sa volonté doivent être traités en ennemis absolus. Il interdit la presse d’opposition puis les autres partis ; il disperse manu militari, le 18 janvier 1918, l’Assemblée constituante – première et dernière assemblée élue librement en Russie jusqu’en 1991 – et réprime les partisans de celle-ci à la mitrailleuse ; il signe, en mars 1918, le traité de paix de Brest-Litovsk qui abandonne à l’Allemagne la plus grande partie de l’Ukraine et provoque, à gauche comme à droite, un sursaut patriotique contre les bolcheviks ; en mai 1918, il déclare la guerre à la paysannerie qui refuse de se laisser dépouiller de son blé par le pouvoir ; enfin, paradoxe ultime pour le tenant de la « dictature du prolétariat », il écrase férocement les centres ouvriers qui refusent la dictature des bolcheviks. Dès l’été 1918, et de par la volonté exacerbée de Lénine, toute la Russie est entrée dans une guerre civile qui oppose les « Rouges » – et leur Armée rouge, avant tout armée de guerre civile – aux « Blancs » – une poignée d’officiers regroupés dans le sud-ouest de la Russie –, mais aussi aux « Verts » – des groupes très variables, parfois de dizaines de milliers d’hommes organisés en armée, formés de paysans en rébellion ouverte contre la collectivisation des terres, la réquisition des récoltes et la conscription obligatoire dans l’Armée rouge. »
        Stéphane Courtois, « Le communisme du XXe siècle ou la guerre civile permanente », Communisme et totalitarisme, Perrin, Paris, 2009.
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        Sous-débat
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        Lénine a cherché à créer les conditions de la guerre civile
        SOUS-ARGUMENTS OBJECTIONS
        Aucun sous-argument n'a été entré. Objection La guerre civile était prévue mais pas voulue par Lénine et les bolchéviks
        Objection Lénine et les bolchéviks ne sont pas responsables de la guerre civile
        de l'argument pour aller plus loin.

        Sous-argumentLénine a cherché à étendre la guerre civile au monde entier

        « Pour étendre au monde entier cette guerre civile inaugurée en Russie, Lénine va se doter d’un outil : l’Internationale communiste (ou Komintern). À l’été 1920, lors de son IIe congrès, Lénine impose les « 21 conditions » à tout groupe socialiste souhaitant le rejoindre, et qui est dès lors étroitement soumis à l’Internationale et, par là, à la direction bolchevique. Ces « 21 conditions » reprennent la vision léniniste de la révolution comme guerre civile. Elles soulignent que « dans presque tous les pays de l’Europe et de l’Amérique la lutte de classes entre dans la période de la guerre civile » et que le monde vit désormais « dans une époque de guerre civile acharnée ». Le projet est clair : par-delà « le renversement révolutionnaire du capitalisme », « l’Internationale communiste a déclaré une guerre sans merci au vieux monde bourgeois et à tous les vieux partis social-démocrates jaunes ». De fait, le Komintern devient rapidement une vaste entreprise de subversion internationale, disposant des énormes moyens de l’État soviétique – en argent, en hommes (diplomates, officiers de l’Armée rouge, militants communistes formés à l’agit-prop et à la clandestinité mais aussi à l’espionnage, voire au sabotage, dans les écoles ad hoc à Moscou), en logistique (matériel de propagande, armes, faux papiers, réseaux clandestins, et bientôt postes émetteurs-récepteurs) – et dont l’URSS est le sanctuaire. »
        Stéphane Courtois, « Le communisme du XXe siècle ou la guerre civile permanente », Communisme et totalitarisme, Perrin, Paris, 2009.
        Sous-débat
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        Lénine a cherché à étendre la guerre civile au monde entier
        SOUS-ARGUMENTS OBJECTIONS
        Aucun sous-argument n'a été entré. Objection En 1921 Lénine prédit une seconde guerre mondiale deux fois plus sanglante que la première
        de l'argument pour aller plus loin.

        Sous-argumentLénine considérait la guerre civile comme une guerre sans limite

        « Pour Lénine, la guerre civile est une guerre sans limite. Elle est sans limite de moyens : torture, prise d’otages, déportation et assassinat en masse de civils et de combattants prisonniers sont généralisés, avec la création d’une police politique et d’une Armée rouge qui seront bientôt – avec le Parti – les piliers de tout pouvoir communiste. Elle est sans limite de temps : contrairement à la guerre nationale qui aboutit à un armistice ou à la paix, la guerre contre « la bourgeoisie » est infinie puisqu’il ne s’agit pas tant d’exterminer les bourgeois que de tuer l’esprit bourgeois, cet esprit d’appropriation qui persiste en chaque homme. Elle est sans limite d’espace : commencée en Russie, elle est censée opposer les riches et les pauvres et doit donc s’étendre au monde entier. »
        Stéphane Courtois, « Le communisme du XXe siècle ou la guerre civile permanente », Communisme et totalitarisme, Perrin, Paris, 2009.
        OBJECTIONS
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        Argument POURLénine est le concepteur d'un parti totalitaire

        Aucun résumé ni citation n'a été entré pour le moment.

        Références

        • Jean Elleinstein, Histoire de l'URSS, 4 volumes - tome 2 1922-1939, Éditions sociales, Paris, 1975.  
        • Lars T Lih, Jean Batou, Lénine une biographie, Les Prairies Ordinaires, Paris, 2015.  
          SOUS-ARGUMENTS

          Sous-argumentLe parti léniniste est inspiré d'organisations proto-totalitaires

          « L’une des originalités du Que faire ? porte précisément sur le type d’organisation révolutionnaire préconisé par Lénine, le parti « de type nouveau ». S’opposant à toute structure large et démocratique, il veut imposer une organisation dont le modèle serait Terre et Liberté, premier groupe terroriste russe des années 1870 et successeur de Netchaïev : clandestine, secrète, peu nombreuse, très centralisée, formée de gens rigoureusement choisis, professionnels de la subversion et de la lutte contre la police politique. De fait, le respect strict des règles de la clandestinité interdit les relations horizontales entre les cellules qui forment l’organisation, et donc le libre échange des opinions. Quant à la référence à Netchaïev, elle va jusqu’à réaffirmer que « pour se débarrasser d’un membre indigne, une organisation de révolutionnaires véritables ne reculera devant aucun moyen » – le meurtre à justification politico-idéologique est déjà l’un des principes de base de l’organisation léniniste. »
          Stéphane Courtois, « Guerre et totalitarisme », Communisme et totalitarisme, Perrin, Paris, 2009.
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          Références

          • Jean Elleinstein, Histoire de l'URSS, 4 volumes - tome 1 1917-1921 la conquête du pouvoir, Éditions sociales, Paris, 1975.  
          • Lidia MIlakova, Nicolas Werth, Le livre des pogroms ; antichambre d'un génocide Ukraine, Russie, Biélorussie, 1917-1922, Calman Levy, Paris, 2006.  
          • Lénine, oeuvres de lenine tome 17 decembre 1910-avril 1912, Stolypine et la révolution », 18-31 octobre 1911, Éditions sociales, Paris, 1968.  
          • Lénine, Oeuvres de Lénine, tome 17 décembre 1910-avril 1912, A propos des mots d'ordre et de la conception du travail social-démocrate à la Douma et en dehors, 8-21 décembre 1911, Editions sociales, Paris, 1968.  
          • Lénine, oeuvres de Lénine, tome 6, février 1902-aout 1903, Editions sociales, Paris, 1966.  
          • Lénine, « Que Faire ? », oeuvres de Lénine, tome 5 mai 1901-février 1902, Editions socliales, Paris, 1965.  
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            Sous-argumentLe parti léniniste est le parti d'une avant-garde autoproclamée

            « La conclusion générale du Que faire ? est radicale : Lénine y affirme que l’idéologie socialiste, parce qu’elle est « scientifique », ne peut pas émerger du monde ouvrier, mais doit lui être apportée de l’extérieur par les intellectuels révolutionnaires. Il renverse délibérément la conception social-démocrate du parti : ce n’est pas la classe ouvrière qui, au cours de la lutte des classes, crée le parti, mais ce sont les intellectuels révolutionnaires qui, détenteurs de la théorie socialiste, créent le parti ; fort de son idéologie qui pénètre chez les ouvriers révolutionnaires et d’une organisation qui permet de démultiplier la force, c’est le parti qui produit la classe, donc la lutte des classes, et donc l’histoire. En substituant le parti à la classe, Lénine modifie profondément la pensée marxiste. Dans sa dimension messianique et scientiste faisant de la violence un moyen nécessaire et légitime, celle-ci recelait déjà des germes de totalitarisme. Mais avec Lénine on bascule d’une pensée proto-totalitaire à l’invention d’une organisation proto-totalitaire, sorte de contre-société où est expérimenté un mode de domination totale et qui préfigure à la fois le type de société dont rêve Lénine et les moyens d’action qu’il est disposé à employer pour y parvenir. »
            Stéphane Courtois, « Guerre et totalitarisme », Perrin, Paris, 2009.

            Sous-argumentLe parti bolchévik n'avait pas d’enracinement dans la société civile

            « Hannah Arendt a souligné à juste titre qu’en dépit de leur appellation « parti » – Parti bolchevique, Parti national-socialiste, Parti fasciste –, l’une des caractéristiques des mouvements totalitaires est précisément d’avoir abandonné la formation de classe portant les intérêts d’une catégorie sociale – et donc à vocation parlementaire, voire gouvernementale –, pour se transformer en mouvements formés majoritairement de déracinés des diverses classes – ce qu’elle nomme « la populace ». Et de fait, alors que les grandes social-démocraties d’avant 1914 avaient un caractère ouvrier très marqué, le Parti bolchevique compte peu d’ouvriers mais nombre d’intellectuels déclassés et d’aventuriers qui n’hésitent pas à agir avec des bandits de grand chemin, des maîtres chanteurs ou des escrocs. Là réside dès 1902 l’une des sources ultérieures du totalitarisme communiste. »
            Stéphane Courtois, « Guerre et totalitarisme », Communisme et totalitarisme, Perrin, Paris, 2009.

            Sous-argumentLénine a instauré un culte du chef

            « Derrière ce parti [bolchevik] promu démiurge de l’Histoire, se profile la silhouette de son chef. Car, derrière le discours explicite, en apparence rationnel, du révolutionnaire se montrant attaché à l’efficacité générale du mouvement socialiste, pointe le discours implicite d’un homme qui cherche à imposer sa suprématie personnelle. À travers sa défense d’un marxisme radical et dogmatique, Lénine revendique le monopole de l’idéologie révolutionnaire : monopole de la pensée, réservé aux intellectuels au détriment des ouvriers et autres petits-bourgeois, et monopole du savoir révolutionnaire de Lénine – et de ses partisans – au détriment des autres groupes et leaders de la social-démocratie russe et internationale. Même si par prudence il ne précise jamais qui va diriger son « parti de type nouveau », il est clair qu’il s’en réserve le monopole de direction. »
            Stéphane Courtois, « Guerre et totalitarisme », Communisme et totalitarisme, Perrin, Paris, 2009.
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            Sous-argumentLénine a théorisé et réalisé la dictature de la direction bolchévik

            « Lénine croit à la continuation, et même à l’aggravation de la lutte des classes sous la dictature de parti unique ; donc, logiquement le parti doit être traversé par cette lutte : en son sein se trouvent des ennemis. Nul besoin ici d’attribuer une psychologie de persécuté à Lénine, il suffit de supposer qu’il raisonne logiquement. Il proclame que, devant l’apparition d’une « déviation syndicaliste et anarchiste dans le parti », « l’épuration et l’assainissement s’imposent », ceci au Xe Congrès où il proclame aussi que le temps des discussions au sein du parti est terminé et qu’il faut maintenant parler avec les fusils. Le congrès décide aussi l’interdiction des fractions et la dissolution des groupes organisés autour de plates-formes, comme l’Opposition ouvrière d’Alexandra Kollontaï et Gregori Chliapnikov : ceci conduit mécaniquement à la dissimulation et à la suspicion de dissimulation. Et le système est tel que l’innocence ne peut être prouvée puisque les saboteurs ont des allures d’innocents, des visages et des comportements qui masquent leurs desseins. Staline conduira à l’extrême cette logique : plus un communiste à l’air d’être un bon communiste, plus on peut le soupçonner d’être un mauvais communiste masqué. »
            Dominique Colas, « Lénine et la terreur de masse », Quand tombe la nuit, L'Âge d'Homme, Lausanne, 2001.
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            « Depuis le printemps 1918 et la rupture tant avec les anarchistes qu’avec les socialistes-révolutionnaires de gauche – qui participaient au Sovnarkom et ont rompu en s’opposant au traité de Brest-Litovsk –, Lénine renforce sans cesse le monopole du pouvoir au bénéfice des bolcheviks, accélère la conquête de l’appareil d’État par le parti et en multiplie les moyens d’action, en particulier grâce à la Tcheka – qui compte déjà 12 000 hommes fin juin 1918 pour atteindre le chiffre de 280 000 début 1921 – et à l’Armée rouge – armée de guerre civile qui, à partir du 9 juin 1918, bénéficie du service militaire obligatoire. Et, depuis le Xe congrès du Parti bolchevique en mars 1921, et l’interdiction des fractions au sein du parti, le processus est enclenché qui mènera au pouvoir absolu de la direction sur le parti, et bientôt à celui du secrétaire général sur la direction. »
            Stéphane Courtois, « Guerre et totalitarisme », Communisme et totalitarisme, Perrin, Paris, 2009.
            Sous-débat
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            Lénine a théorisé et réalisé la dictature de la direction bolchévik
            SOUS-ARGUMENTS OBJECTIONS
            Aucun sous-argument n'a été entré. Objection En mars 1922 Lénine recule devant Chliapnikov qui lui reproche un langage violent et guerrier
            de l'argument pour aller plus loin.

            Sous-argumentLénine a théorisé et réalisé l'épuration du parti

            « Revenons à la formule en épigraphe de Que faire ? – « Le Parti se renforce en s’épurant » – et soulignons que le vocabulaire mécanique – « force », « multiplication » – dont l’horizon est la guerre, est lié à un vocabulaire biologique, celui du corps propre – « épuration », « nettoyage », c’est étymologiquement le même mot, en russe, que « purge » – et l’on trouve chez Lénine à de multiples reprises l’affirmation de la nécessité de « nettoyer la terre russe ». Donc un modèle mécanique – celui de la force –, un modèle militaire – celui de la guerre de classes –, et un modèle de l’hygiène social – celui de l’épuration –, définissent les formes du combat bolchevique. Le parti uni et unique doit unifier la société. Terreur sur le parti, terreur par les masses et terreur sur les masses sont reliées fonctionnellement. »
            Dominique Colas, « Lénine et la terreur de masse », Quand tombe la nuit, L'Âge d'Homme, Lausanne, 2001.

            Sous-argumentLe parti bolchévik avait sa milice privée

            « Ce parti de la populace [le parti bolchevik] devient très rapidement un parti-milice, autre donnée fondamentale du phénomène totalitaire : alors que l’État détient en principe le monopole de la force armée, les bolcheviks organisent leur force armée privée, formée de soldats en rébellion ou déserteurs et de civils en armes, appelée garde rouge, et bientôt dirigée par un Comité révolutionnaire militaire bolchevique. Dès juin 1917, Lénine compte sur cette force pour s’emparer du pouvoir et, le 17 juin, il annonce publiquement devant le congrès des Soviets que le Parti bolchevique est prêt à s’emparer seul du pouvoir – ce qui alors provoque un éclat de rire général. »
            Stéphane Courtois, « Guerre et totalitarisme », Communisme et totalitarisme, Perrin, Paris, 2009.

            Sous-argumentLénine a construit un parti-État

            « Parallèlement émerge un phénomène inédit, caractéristique des totalitarismes : le parti-État. En s’emparant du pouvoir, Lénine est bien décidé à s’emparer de l’État, à la fois comme lieu du pouvoir, mais aussi comme appareil de ce pouvoir. Dès lors, ce parti est appelé à remplir simultanément les fonctions d’un État – censé répondre à l’intérêt général – et celles d’un parti – qui ne poursuit que son intérêt particulier, ce qui passe, entre autres, par la nomination de membres du parti à tous les postes dirigeants de l’État. Cette forme de pouvoir inédite prend le nom de Conseil des commissaires du peuple ou Sovnarkom dont Lénine est le président en même temps que le chef du parti. Très logiquement, il impose d’emblée le régime du parti unique – caractéristique des régimes totalitaires – et abolit la séparation des pouvoirs, s’emparant à la fois de l’exécutif, du législatif et du judiciaire. Or très vite, c’est contre cette abolition de la moindre part de pluralisme, y compris au sein du camp révolutionnaire, que vont s’élever plusieurs des principaux dirigeants bolcheviques, obligeant Lénine à dévoiler la vraie nature de son pouvoir : la dictature sur le parti. »
            Stéphane Courtois, « Guerre et totalitarisme », Communisme et totalitarisme, Perrin, Paris, 2009.
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            Lénine a construit un parti-État
            SOUS-ARGUMENTS OBJECTIONS
            Aucun sous-argument n'a été entré. Objection A Cuba, Fidel Castro resta pendant dix-sept à dix-huit ans seulement premier ministre (février 1959-décembre 1976)
            de l'argument pour aller plus loin.
            OBJECTIONS

            ObjectionTous les partis révolutionnaires russes étaient autoritaires et fortement centralisés

            « Tous les partis révolutionnaires russes, depuis les années 1870-1880, furent en effet autoritaires, fortement centralisés et disciplinés dans l’illégalité, pour l’illégalité ; tous formèrent des « révolutionnaires professionnels », c’est-à-dire des hommes qui ne vivaient que pour le combat ; tous pourraient être occasionnellement accusés d’un certain amoralisme pratique, bien qu’il soit équitable de leur reconnaître à tous un idéalisme ardent et désintéressé. Presque tous furent imbus d’une mentalité jacobine, prolétarienne ou non. Tous produisirent des héros et des fanatiques. Tous, à l’exception des mencheviks, aspiraient à la dictature, et les mencheviks géorgiens eurent recours à des procédés dictatoriaux. Tous les grands partis étaient étatiques par leur structure et par la finalité qu’ils s’assignaient. En réalité, il y avait au-delà des divergences doctrinales importantes, une mentalité révolutionnaire unique. »
            Victor Serge, « Trente ans après la Révolution russe », 1947.
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            « Rappelons-nous le tempérament autoritaire de l’anarchiste Bakounine et ses procédés d’organisation clandestine au sein de la première Internationale. Dans sa Confession, Bakounine préconise une dictature éclairée, mais sans merci, exercée pour le peuple… Le Parti socialiste-révolutionnaire, imbu d’un idéal républicain, plus radical que socialiste, constitua, pour combattre l’autocratie par le terrorisme, un « appareil » rigoureusement centralisé, discipliné, autoritaire, qui devint un terrain propice à la provocation policière. La social-démocratie russe, dans son ensemble, visait à la conquête de l’Etat. Nul ne tint à propos de la future révolution russe un langage plus jacobin que son dirigeant, Plékhanov. Le gouvernement Kerenski, dont les socialistes-révolutionnaires et les mencheviks faisaient la force, tint sans cesse un langage dictatorial, purement velléitaire, il est vrai. Les anarchistes eux-mêmes, dans les régions occupées par l’Armée Noire de Nestor Makhno, exercèrent une dictature authentique, accompagnée de confiscations, de réquisitions, d’arrestations et d’exécutions. Et Makhno fut « batko », petit-père, chef… »
            Victor Serge, « Trente ans après la Révolution russe », 1947.

            ObjectionLes pratiques bureaucratiques étaient enracinées dans la société russe

            « Les pratiques bureaucratiques préexistaient au déclenchement de la révolution, et avaient cours avant Octobre, et même avant Février, car elles étaient déjà largement enracinées dans la société russe. […] Marc Ferro […] évoque « une subversion des pratiques démocratiques par les démocrates eux-mêmes, toutes tendances réunies ». Sévère avec l’ensemble des organisations du mouvement ouvrier, il ajoute : « Avant Octobre, ils manipulent la représentation des soldats et des paysans, éliminent les sans-parti de toutes les institutions, réduisent celles qu’ils n’ont pas fondées eux-mêmes en niant leur légitimité. » De la sorte, l’historien entend démystifier la « légende » qui « associe l’existence du totalitarisme bureaucratique de type soviétique au léninisme, au parti communiste, et à eux seuls ». « Raisonner ainsi revient à bolchéviser l’histoire » et à « exclure la part que le régime soviétique emprunte au passé propre de la Russie, une part qui existe même s’il est de bonne tactique aujourd’hui chez les marxistes français d’insister à l’excès sur elle ». »
            Olivier Besancenot, Que faire de 1917 ?, Autrement, Paris, 2017.

            Argument POURLénine était un ennemi de la démocratie

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            SOUS-ARGUMENTS

            Sous-argumentLénine savait qu'il ne pouvait prendre le pouvoir de façon démocratique

            « Pour des raisons idéologiques – sa haine viscérale de la démocratie parlementaire – mais aussi avec le sûr instinct du leader totalitaire, Lénine a compris que jamais il ne pourrait réussir cette prise de pouvoir en participant au processus démocratique inauguré en Russie depuis mars 1917 et que sa seule chance résidait précisément dans la destruction de cet embryon de démocratie. C’est la raison pour laquelle, dès son retour à Petrograd, il a imposé à ses partisans éberlués une critique radicale du gouvernement provisoire et une politique traditionnellement qualifiée de « double pouvoir », mais qui est en réalité une stratégie de triple pouvoir : au pouvoir légal du gouvernement provisoire, Lénine oppose celui des soviets, eux-mêmes de plus en plus noyautés par les bolcheviks. Lénine a choisi le terrain sur lequel il peut espérer fabriquer une « majorité » à sa main, dans des meetings s’adressant à des populations spécifiques, largement informels et où se pratique le vote à main levée de délégués souvent autodésignés. Il sait en effet pertinemment qu’il ne pourra jamais contrôler le scrutin national à bulletin secret et au suffrage universel qui devra élire l’Assemblée constituante que tous les démocrates et les révolutionnaires réclament depuis des décennies. »
            Stéphane Courtois, Communisme et totalitarisme, Perrin, Paris, 2009.

            Sous-argumentLénine a fomenté le coup d'État d'Octobre 17

            « Le 7 novembre 1917 est le moment du passage à l’acte majeur. Il ne s’opère pas par une insurrection populaire mais par un coup d’État mené à Petrograd par une troupe de quelques milliers d’hommes et pratiquement sans effusion de sang, puis par une tentative identique à Moscou qui fera des centaines de tués. Cet acte déclenche presque automatiquement la mise en œuvre de deux logiques : l’une redoutée et annoncée par toute la classe politique révolutionnaire, celle de la guerre civile ; l’autre inédite et inattendue, celle de la transformation du mouvement totalitaire en parti-État. »
            Stéphane Courtois, « Guerre et totalitarisme », Communisme et totalitarisme, Perrin, Paris, 2009.

            Sous-argumentLénine a dissout l'Assemblée constituante de janvier 1918

            « Le 18 janvier 1918, se réunit enfin l’Assemblée constituante, première assemblée élue en Russie au suffrage universel libre – et dernière avant 1991 –, où les bolcheviks n’avaient que 168 députés sur 703. Une manifestation de plus de 50 000 personnes, qui défilaient, drapeaux rouges en tête, pour soutenir cette assemblée, fut dispersée à coups de mitrailleuses, laissant plus de vingt morts sur le pavé. Et après quelques heures de réunion, l’Assemblée fut militairement interdite. Lénine venait d’assassiner la démocratie russe. »
            Stéphane Courtois, « Lénine, l'inventeur du totalitarisme », Le Figaro – Histoire, n°30, février-mars 2017.
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            Sous-argumentLénine a interdit les partis et journaux d'opposition

            « Dès leur prise de pouvoir, les bolcheviks interdirent la plupart des autres partis et les journaux indépendants. »
            Stéphane Courtois, « Lénine, l'inventeur du totalitarisme », Le Figaro – Histoire, n°30, février-mars 2017.
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            « Lénine veille également à l’instauration du monopole idéologique, culturel et médiatique. Après avoir fait fermer des centaines de journaux, y compris socialistes non bolcheviques, il instaure dès 1920 le Glavlit, organe de censure générale de tout ce qui est imprimé. Très vite, l’idéologie bolchevique, colportée par tous les médias et par une propagande de plus en plus présente, devient la norme obligatoire. »
            Stéphane Courtois, « Guerre et totalitarisme », Communisme et totalitarisme, Perrin, Paris, 2009.

            Sous-argumentLénine défendait la dictature du prolétariat

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            OBJECTIONS

            ObjectionLe manque de démocratie est un héritage de la société tsariste

            « Dans son essai Des soviets au communisme bureaucratique, Marc Ferro décrit de manière dialectique et détaillée les différentes formes de bureaucratisme, en soulignant au passage qu’elles ne furent pas l’apanage de la révolution russe ni même, pour cette dernière, des seuls bolcheviks. Les pratiques bureaucratiques préexistaient au déclenchement de la révolution, et avaient cours avant Octobre, et même avant Février, car elles étaient déjà largement enracinées dans la société russe. En outre, les petits arrangements, voire les grandes transgressions démocratiques étaient malheureusement monnaie courante et, qui plus est, le fait de tous les partis. Victor Serge explique les origines de ce travers qui, selon lui, n’épargnait personne, pas même l’anarchiste Bakounine : « Tous les partis révolutionnaires russes, depuis les années 1870-1880, furent en effet autoritaires, fortement centralisés et disciplinés dans l’illégalité, pour l’illégalité. [...] Presque tous furent imbus d’une mentalité jacobine, prolétarienne ou non. Tous produisirent des héros et des fanatiques. [...] Tous les grands partis étaient étatiques par leur structure et par la finalité qu’ils s’assignaient. En réalité, il y avait, au-delà des divergences doctrinales importantes, une mentalité révolutionnaire unique. » Marc Ferro, lui, évoque « une subversion des pratiques démocratiques par les démocrates eux-mêmes, toutes tendances réunies ». Sévère avec l’ensemble des organisations du mouvement ouvrier, il ajoute : « Avant Octobre, ils manipulent la représentation des soldats et des paysans, éliminent les sans-parti de toutes les institutions, réduisent celles qu’ils n’ont pas fondées eux-mêmes en niant leur légitimité. » De la sorte, l’historien entend démystifier la « légende » qui « associe l’existence du totalitarisme bureaucratique de type soviétique au léninisme, au parti communiste, et à eux seuls ». « Raisonner ainsi revient à bolchéviser l’histoire » et à « exclure la part que le régime soviétique emprunte au passé propre de la Russie, une part qui existe même s’il est de bonne tactique aujourd’hui chez les marxistes français d’insister à l’excès sur elle ». »
            Olivier Besancenot, Que faire de 1917 ?, Autrement, Paris, 2017.
            Sous-débat
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            Le manque de démocratie pendant la Révolution russe est un héritage de la société tsariste
            SOUS-ARGUMENTS OBJECTIONS
            Sous-argument En avril 1917 un article de Lénine souligne les menaces qui pèsent sur la Pravda
            Aucune objection n'a été entrée.
            de l'argument pour aller plus loin.

            ObjectionLénine a toujours pris parti pour la démocratie des soviets

            « Les falsificateurs accusent les bolcheviks d’avoir banni toute démocratie. Les bolcheviks ont, au contraire, systématiquement pris le parti de la démocratie ouvrière. Ce sont eux qui ont pris fait et cause pour les comités d’usine. Eux qui ont revendiqué tout le pouvoir pour les soviets. Eux qui ont toujours été favorables à ce que les ouvriers et les soldats s’organisent par en bas, prennent des initiatives et agissent collectivement. »
            Lutte ouvrière, « 1917-2017 : la révolution russe », octobre 2017.
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            « Loin de nous l’idée que les bolcheviks n’aient pas fait d’erreurs. Ils en ont fait, et Lénine était le premier à le penser et à le dire. Mais toute la politique et les choix qui ont été faits, y compris dans la guerre civile, étaient mus par la volonté de tenir et de défendre la révolution le temps que celle-ci se déclenche dans d’autres pays. Aujourd’hui le Parti bolchevique avec Lénine concentre toutes les attaques. Il aurait porté en lui le stalinisme. Avec cette façon de raisonner, on pourrait aussi dire que la prise de la Bastille et la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen portaient en germe le despotisme de Napoléon et les guerres de l’Empire qui ravagèrent l’Europe. Alors il ne faut pas mélanger toutes les périodes. »
            Lutte ouvrière, « 1917-2017 : la révolution russe », octobre 2017.
            Sous-débat
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            Lénine a toujours pris parti pour la démocratie des soviets
            SOUS-ARGUMENTS OBJECTIONS
            Aucun sous-argument n'a été entré. Objection Les bolcheviks ont accaparé le pouvoir des soviets une fois au pouvoir
            de l'argument pour aller plus loin.

            Argument POURLénine était un être cynique, paranoïaque et avide de pouvoir

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            Références

            • Lénine, oeuvres de Lénine, tome 6, janvier 1902-aout 1903, « Deuxième congrès du RSDLP : Projets de résolutions sur des points de détail », juillet 1903, Éditions Sociales, Paris, 1966.  
              SOUS-ARGUMENTS

              Sous-argumentJeune, Lénine défendait déjà les vertus de la famine de 1891-1892

              « Avant de devenir Lénine, Vladimir Ilitch Oulianov se nourrissait déjà du Catéchisme du révolutionnaire, publié en 1869 par le fameux révolutionnaire russe Serge Netchaïev qui appelait instamment à la destruction totale de la société existante Alors qu’il était déjà marxiste, Oulianov se félicita de la dernière grande famine de l’empire tsariste, qui tua environ 400 000 paysans de la Volga en 1891-1892, et, à l’inverse de l’ensemble de la société il refusa de leur venir en aide, estimant qu’« en détruisant l’économie paysanne attardée, la famine nous rapproche objectivement de notre but final, le socialisme ». »
              Stéphane Courtois, « Rafael Lemkin et la question du génocide en régime communiste », Communisme et totalitarisme, Perrin, Paris, 2009.
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              Voir les citations restantes dans la page détaillée de l'argument.
              « Très vite, on perçoit les effets de cette passion scientiste sur un Lénine déjà adulte. En 1891-1892 eut lieu la dernière grande famine en Russie – avant l’ère soviétique – qui fit environ 400 000 morts dans la paysannerie. Non seulement Oulianov [c’est-à-dire Lénine] refusa de participer aux secours des affamés, mais, d’après son ami A. Beliakov, il « avait le courage de déclarer ouvertement que la famine avait de nombreuses conséquences positives, à savoir l’apparition d’un prolétariat industriel, ce fossoyeur de l’ordre bourgeois. […] En détruisant l’économie paysanne attardée, la famine, expliquait-il, nous rapproche objectivement de notre but final, le socialisme, étape immédiatement postérieure au capitalisme. La famine détruit aussi la foi non seulement dans le tsar, mais même en Dieu ? ». Ainsi, à vingt ans, Lénine entretient déjà une vision téléologique et doctrinale de la société et de l’histoire, vision abstraite, coupée de la vie, qui repose sur une philosophie de la nécessité et implique une absence totale de compassion. »
              Stéphane Courtois, « Guerre et totalitarisme », Communisme et totalitarisme, Perrin, Paris, 2009.
              Sous-débat
              Le débat continue. Consultez la page détaillée
              Lénine défendait déjà dans sa jeunesse les vertus de la famine de 1891-1892
              SOUS-ARGUMENTS OBJECTIONS
              Aucun sous-argument n'a été entré. Objection Les citations sont contestées
              de l'argument pour aller plus loin.

              Sous-argumentLénine était paranoïaque

              « Derrière cette volonté de puissance à peine cachée se révèle la part la plus secrète du discours implicite disséminé dans le Que faire ? : celle du héros romantique qui entretient une vision paranoïaque. Lénine se décrit ainsi au milieu de ses quelques camarades : « Petit groupe compact, nous suivons une voie escarpée et difficile, nous tenant fortement par la main. De toutes parts, nous sommes entourés d’ennemis et il nous faut marcher presque constamment sous leur feu. » En même temps, il ressemble à un jeune scout revendiquant la primauté pour son groupe : « […] il faut faire en sorte que tous les autres détachements se rendent compte et soient obligés de reconnaître que nous marchons en tête. » Et il évoque « le détachement "avancé" » qui ne doit pas craindre « un "plan" hardi qui force la reconnaissance générale, même parmi ceux qui pensent différemment ». Et après avoir quelque peu fanfaronné – « nous voulons être l’avant-garde », « Donnez-nous une organisation de révolutionnaires, et nous soulèverons la Russie ! » –, Lénine conclut : « Lorsque nous aurons des détachements d’ouvriers révolutionnaires spécialement préparés (et bien entendu de "toutes les armes" de l’action révolutionnaire) par un long apprentissage, aucune police politique du monde ne pourra en avoir raison, parce que ces détachements d’hommes dévoués corps et âmes à la révolution jouiront de la confiance illimitée des masses ouvrières. » Mais, au passage, que d’aveux sur sa psychologie profonde : « forcer la reconnaissance générale », jouir – le mot est fort clair – de « la confiance illimitée des masses » ; on est plus près de la satisfaction du principe de plaisir que de la rationalité marxiste affichée. »
              Stéphane Courtois, « Guerre et totalitarisme », Communisme et totalitarisme, Perrin, Paris, 2009.
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              Voir les citations restantes dans la page détaillée de l'argument.
              « Mais sans doute Chamberlain n’a-t-elle pas assez insisté sur le climat de haine exacerbée dans lequel Lénine vivait alors. Victime d’une grande fatigue puis d’une première attaque cérébrale en mai 1922, tout indique que, craignant d’être paralysé, voire de perdre la parole, et donc de ne plus pouvoir commander, il est alors entré dans une phase de paranoïa le poussant à exterminer ceux qu’il considérait comme ses ennemis irréductibles : les 2000 mencheviks qu’il fit arrêter en janvier 1922, l’Église orthodoxe qu’il ordonna d’exterminer à partir de la fin mars 1922, puis les socialistes-révolutionnaires dont il organisa méticuleusement le procès en juillet, et enfin ses ennemis personnels de l’intelligentsia à partir de l’été. »
              Stéphane Courtois, « Lénine et la destruction de l’intelligentsia russe », Communisme et totalitarisme, Perrin, Paris, 2009.
              Sous-débat
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              Sous-argumentLénine était guidé par la volonté de puissance

              « Dès 1903, lors du IIIe congrès du Parti ouvrier social-démocrate de Russie, Lénine provoqua une scission et prit la tête de la fraction « bolchevik » – majoritaire – contre les minoritaires – « mencheviks ». Son comportement lors de ce congrès fut tel que le jeune Léon Trotski, jusque-là l’un de ses plus fervents admirateurs, le dénonça, critiquant « la « volonté de puissance » qui guide le camarade Lénine » et sa « dialectique de la « lutte pour le pouvoir » ». »
              Stéphane Courtois, « Lénine, l'inventeur du totalitarisme », Le Figaro – Histoire, n°30, février-mars 2017.

              Sous-argumentLénine était empli d'un immense désir de vengeance

              « Alors qu’il était destiné à un bel avenir, il [Lénine] fut doublement frappé par le destin à un âge où la personnalité, en pleine formation, est fort impressionnable : en janvier 1886, son père mourut brusquement d’une hémorragie cérébrale ; et en mai 1887, son frère aîné et son modèle, Alexandre, qui s’était entiché des « exploits » des terroristes russes des années 1870-1880, fut condamné à mort et pendu pour avoir voulu attenter à la vie du tsar Alexandre III, dont il refusa de demander la grâce. Privé de tutelle, dans une famille désormais stigmatisée par la bonne société, et empli d’un immense désir de vengeance, Vladimir s’engagea dans le mouvement révolutionnaire de tendance marxiste. »
              Stéphane Courtois, « Lénine, l'inventeur du totalitarisme », Le Figaro – Histoire, n°30, février-mars 2017.

              Sous-argumentMême des bolcheviks avaient dénoncé sa dimension totalitaire

              « Dès 1903, lors du IIIe congrès du Parti ouvrier social-démocrate de Russie, Lénine provoqua une scission et prit la tête de la fraction « bolchevik » – majoritaire – contre les minoritaires – « mencheviks ». Son comportement lors de ce congrès fut tel que le jeune Léon Trotski, jusque-là l’un de ses plus fervents admirateurs, le dénonça, critiquant « la « volonté de puissance » qui guide le camarade Lénine » et sa « dialectique de la « lutte pour le pouvoir » ». Trotski allait au fond des choses : « L’« état de siège » [dans le parti] sur lequel Lénine a insisté avec une telle énergie exige un « pouvoir fort », la pratique de la méfiance organisée exige une main de fer. Le système de la terreur est couronné par un Robespierre. Le camarade Lénine a mentalement passé en revue les membres du parti, et en est arrivé à la conclusion que cette main de fer ne pouvait être que lui. » Ainsi, dès 1903, un révolutionnaire encore démocrate comme Trotski avait décrit les caractéristiques de la pensée et de l’action que Lénine, pour l’instant, ne mettait en œuvre que dans un petit groupuscule marxiste dont il sélectionnait soigneusement les affidés. »
              Stéphane Courtois, « Lénine, l'inventeur du totalitarisme », Le Figaro – Histoire, n°30, février-mars 2017.
              Sous-débat
              Le débat continue. Consultez la page détaillée
              Même des bolcheviks avaient dénoncé la dimension totalitaire de Lénine
              SOUS-ARGUMENTS OBJECTIONS
              Aucun sous-argument n'a été entré. Objection Lénine et Trotsky ont clamé la nécessité en 1910 de faire abroger la peine de mort
              de l'argument pour aller plus loin.
              OBJECTIONS

              ObjectionEn fait de vengeance il épargna en 1918 au moins la veuve d'Alexandre III, Maria Fedorovna, ses filles Olga, Xenia

              Lénine était en 1917 et 1918 en mesure de venger l'exécution de son frère par le tsar Alexandre III en 1887 en frappant sa veuve Maria Feodorovna encore vivante. Elle-même s'attendait à être exécutée. Au contraire il l'épargna pour l'intérêt de la révolution et tenta de la livrer aux Allemands et aux Danois. Les bolcheviks épargnèrent également ses deux filles et soeurs de Nicolas II, Olga et Xenia Alexandrovna. Ce qui ne pouvait qu'ajouter aux doutes relatifs au massacre de la famille impériale à Ekaterinbourg
              « Dans une lettre du 1er juillet 1918, le grand-duc Nicolas Mikailovitch a rapporté à l'historien Frédéric Masson que les Allemands étaient parvenus le 14 mai à libérer des géôles soviétiques la vieille impératrice, la mère de Nicolas II, mais que celle-ci avait refusé leur proposition d'être conduite sous leur protection jusqu'au Danemark : "je préfère être tuée par des Russes que libérée par des Allemands". »
              Marc Ferro, La vérité sur la tragédie des Romanov, p.115-116, Tallandier, Paris, 2012.
              Voir plus...
              « Le 20 mars, la presse française reproduisait une dépêche de Washington nous disant que la grande-duchesse Olga, sœur du tsar, avait été retrouvée, avec d'autres personnes, hébergées dans un wagon, là-bas, dans les environs de la mer Noire, à Novorossisk. On croyait la grande-duchesse Olga perdue. La voilà retrouvée. Elle ne figure pas sur la liste des victimes d'Ekaterinbourg, mais le fait qu'elle est vivante quand on la croyait morte est tout de même de grand intérêt. »
              Joseph Lasies, La tragédie sibérienne, le drame d’Ekaterinbourg, la fin de l’amiral Koltchak, L’édition française, Paris, 1921.

              Références

              • Marc Ferro, La vérité sur la tragédie des Romanov, Tallandier, Paris, 2012.  
              • Joseph Lasies, La tragédie sibérienne, le drame d’Ekaterinbourg, la fin de l’amiral Koltchak, L’édition française, Paris, 1921.  

                ObjectionLe bolchevisme est né en 1903 d'un rejet de la violence terroriste

                Au contraire en 1903 le bolchevisme est né d'un rejet de la violence terrorriste individuelle, dans un texte signé par Lénine en personne. Encore en 1920 dans son fameux la maladie infantile du communisme (le gauchisme) , il s'inscrivait dans cette démarche.
                « Le Congrès repousse résolumment le terrorisme, c'est-à-dire la pratique des assassinats politiques individuels, en tant que moyen de lutte politique au plus haut point contraire à nos buts à l’heure actuelle, détournant les meilleures forces du travail d’organisation et de propagande urgent et absolument indispensable, coupant les liens des révolutionnaires avec les masses des classes révolutionnaires de la population, semant à la fois parmi les révolutionnaires eux-mêmes et parmi l'ensemble de la population les idées les plus fausses sur les tâches et les méthodes de la lutte contre le pouvoir absolu. »
                Lénine, « Deuxième congrès du RSDLP : Projets de résolutions sur des points de détail », oeuvres de Lénine, tome 6, janvier 1902-aout 1903, p.497, juillet 1903, Éditions Sociales, Paris, 1966.
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                Voir les citations restantes dans la page détaillée de l'argument.
                « En 1920 dans La Maladie infantile du communisme (le gauchisme), il redit du terrorisme individuel que "nous marxistes", le répudions catégoriquement. Comment ose-t-on inscrire le recours à la terreur en général dans "le projet politique léniniste", imputer même à Lénine une exaltation quasi-mystique de la violence "purificatrice" sans dire mot de la constante opposition des bolcheviks aux anarchistes comme aux S.-R. dans cette question emblématique de l'attentat terroriste ? »
                Lucien Sève, Octobre 1917. Une lecture très critique de l'historiographie dominante. Suivi d'une choix de textes de Lénine, p.33, La violence, une passion bolchevique ?, Editions sociales Les parallèles, 1917 +cent, Paris, 2017.

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                Arguments CONTREArguments CONTRE [ modifier ]

                Argument CONTRELa terreur stalinienne en temps de paix ne peut pas être comparée à la terreur bolchévik en temps de guerre civile

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                SOUS-ARGUMENTS

                Sous-argumentL'ampleur de la répression bolchévik a été conditionnée par les circonstances de la révolution

                Avant d'être le précurseur de Staline, Lénine, en marxiste convaincu, fut l'anticipateur des avancées sociales et sociétales qui se sont imposées dans les pays occidentaux dans l'après-guerre, jusqu'à ce que la chute de l'URSS n'encourage certains à tenter de les saper. Qu'on le veuille ou non, les circonstances étaient une réalité et on voit mal comment des dirigeants politiques, quels qu'ils soient, pourraient s'en extraire. Le terrorisme rouge ne débuta qu'en septembre 1918, en réaction au terrorisme blanc clamé ouvertement par le général Kornilov dès décembre 1917, qui ordonnait à ses hommes de ne pas faire de prisonniers.
                « Les imprécations présentant Lénine comme un tueur visent à la fois à interdire un examen sérieux de son action politique et à effacer de l'Histoire le fait incontestable qu'il a décrété une longue série de réformes démocratiques, qui pour la plupart n'ont été prises que beaucoup plus tard dans les démocraties occidentales quand elles l'ont été : la nationalisation des banques ; la séparation de L'Eglise et de l'Etat, la suppression de l'enseignement religieux obligatoire à l'école, l'interdictions des châtiments corporels pour les écoliers, la journée de travail de huit heures, l'instauration de deux semaines de congés payés, la création d'une inspection du travail, l'interdiction du travail de nuit pour les femmes (que l'Union Européenne imposera, elle, à la France en 2001 !) et pour les enfants de moins de 16 ans, l'interdiction également des travaux souterrains (la mine) pour les adolescents en-dessous de 18 ans, la suppression des discriminations entre ouvriers russes et étrangers ; l'instauration du mariage civil et d'un état civil, l'instauration d'un congé de maternité de huit semaines avant puis après l'accouchement, l'abrogation du code pénal tsariste (qui condamnait au bagne les homosexuels masculins) - abrogation qui entraînait la dépénalisation de l'homosexualité que l'Angleterre ne promulguera qu'en 1967 et l'Allemagne fédérale en 1969, le droit au divorce et, enfin la liberté de l'avortement (...) »
                Jean-Jacques Marie, Lénine, la révolution permanente, p.14, avant-propos, Payot, Paris, 2011.
                Voir plus...
                Voir les citations restantes dans la page détaillée de l'argument.
                « La nomenklatura, après avoir momifié et statufié Lénine, l'a transformé en démon sanglant et jeté par dessus-bord en même temps qu'elle pillait et disloquait la propriété d'Etat. »
                Jean-Jacques Marie, Lénine, la révolution permanente, p.10, avant-propos, Payot, Paris, 2011.
                « La vision de Lénine en tueur monomaniaque oublie une règle de l'Histoire : les périodes de révolution, de contre-révolution et de guerre poussent tous leurs acteurs à manier systématiquement l'hyperbole (...) Les bolcheviks engagés dans une lutte à mort savaient ce qui les attendait alors qu'entre octobre 1917 et mars 1921 ils se trouvèrent plus d'une fois au chevet de leur perte. »
                Jean-Jacques Marie, Lénine la révolution permanente, p.12 et 13, avant-propos, Payot, Paris, 2011.

                Sous-argumentLa terreur rouge de la guerre civile russe est sans rapport avec la terreur stalinienne des années 1930

                On relève au vu de la réflexions de Jean Elleinstein que le débat Lénine/Staline est très ancien ne relève pas d'une découverte de documents concommitants à l'ouverture d'archives dasn les années Gorbatchev ou Eltsine. Dans les années 1970 les milieux marxistes ne contestaient pas l'existence de crimes léninistes et les problèmes posés par la création de la Tcheka.
                « Ajoutons que la Terreur rouge, à la différence fondamentale de la Terreur stalinienne, ne fut pas dirigée contre le peuple mais contre les ennemis du peuple et la contre-révolution. Qu'il y ait eu des fautes commises dans cette période, des exagérations dues aux circonstances, c'est certain et personne ne le conteste. La question essentielle est de comprendre la différence de nature entre la terreur des années 1918-1921 et celle des années 30 à 50. Face à la terreur blanche les Bolcheviks étaient restés, jusqu'en août 1918, plutôt passifs. Certes ils avaient créé une police politique, la "Tcheka". Mais les arrestations restaient relativement peu nombreuses, les exécutions encore plus rares, et il subsistait encore quelques traces de liberté politique (des journaux d'opposition bourgeoise par exemple subsistent à Pétrograd jusqu'au 3 août 1918). »
                Jean Elleinstein, Histoire de l'URSS, tome 1, p.190, Éditions sociales, Paris, 1975 deuxième édition.
                Voir plus...
                « Du bureaucratisme à la contre-révolution bureaucratique, il y a bien plus qu'un pas. Entre la révolution de 1917 qui fut en proie très tôt à une institutionnalisation qui la paralysait et la contre-révolution totalitaire qui mit fin à sa dynamique, il existe une rupture et une brisure idéologique (...) Entre les deux, un seuil qualitatif et quantitatif a été franchi dans le domaine de la répression, ce qui explique que les millions de victimes des goulags staliniens surclassent dans l'horreur les pratiques de la Tcheka ou de l'Armée rouge durant la guerre civile - même pour les plus expéditives et les plus répréhensibles d'entre elles. Mais la cassure fondamentale qui s'opère dans les années 1920 tient, avant toute chose, à l'inversion des logiques politiques et au renversement de l'édifice démocratique qu'avait bâti 1917. Le tournant qui s'opère est autant marqué par l'avènement d'un système policier sanguinaire que par l'extinction de la souveraineté populaire que Février et Octobre avaient initiée. »
                Olivier Besancenot, Que faire de 1917 ? Une contre-histoire de la révolution russe, p.151-152, chapitre 4, Autrement, Paris, 2017.
                Sous-débat
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                La terreur rouge de la guerre civile russe est sans rapport avec la terreur stalinienne des années 1930
                SOUS-ARGUMENTS OBJECTIONS
                Sous-argument Le traité de Brtest-Litovsk est un acte humaniste de Lénine que lui reproche pourtant Kausky au nom del'Humanité
                Aucune objection n'a été entrée.
                de l'argument pour aller plus loin.
                OBJECTIONS
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                Argument CONTREStaline est l'auteur d'une contre-révolution

                « Quelques heures après l’assassinat de Kirov, Staline rédige un décret connu comme « loi du 1er décembre 1934 » légalisant les procédures expéditives et fournissant l’instrument privilégié de la grande terreur. Au-delà de l’écrasement des mouvements populaires urbains et ruraux, cette terreur bureaucratique liquide ce qui subsiste de l’héritage d’Octobre. On sait que les procès et les purges ont taillé des coupes claires dans les rangs du parti et de l’armée. La plupart des cadres et des dirigeants de la période révolutionnaire sont déportés ou exécutés. Sur les 200 membres du comité central du Parti communiste ukrainien, il n’y eut que trois survivants. Dans l’armée, le nombre des arrestations atteignit plus de 30 000 cadres sur 178 000. Parallèlement, l’appareil administratif requis pour cette entreprise répressive et pour la gestion d’une économie étatisée explose. D’après Moshe Lewin, le personnel administratif est alors passé de 1 450 000 membres en 1928 à 7 500 000 en 1939, l’ensemble des cols blancs de 3 900 000 à 13 800 000. La bureaucratie n’est pas un vain mot. Elle devient une force sociale : l’appareil bureaucratique d’État dévore ce qu’il restait de militants dans le parti. »
                Daniel Bensaïd, « communisme contre stalinisme ; réponse au livre noir du communisme », Site Daniel Bensaid, 1997.
                Voir plus...
                Voir les citations restantes dans la page détaillée de l'argument.
                « Bien des militants communistes sincères se sont obstinés à nier le fait d’une contre-révolution bureaucratique sous prétexte de ne pas trouver d’événement majuscule qui soit le parfait symétrique d’Octobre, la claire inversion du processus dont il constitue l’acte initial, un strict retour à ce qui existait avant. Quête illusoire en effet. Plus perspicace, l’idéologue réactionnaire Joseph de Maistre avait compris, dès les lendemains de la Révolution française, qu’une contre-révolution n’est pas « une révolution en sens contraire », mais le « contraire d’une révolution », une réaction rampante, asymétrique, par seuils et par paliers. C’est en quoi l’analogie avec Thermidor, utilisée en Union soviétique dès les années vingt par les oppositionnels, était peut-être plus pertinente qu’ils ne l’avaient eux-mêmes imaginé : une réaction qui ne soit pas une inversion du temps, un retour vers le passé, mais l’invention de formes historiques inédites. »
                Daniel Bensaïd, « Bolchevisme et stalinisme », site de Daniel BensaÏd, 2005.
                SOUS-ARGUMENTS

                Sous-argumentLénine reconnaissait et corrigeait ses erreurs

                « Je soumets à la discussion cet examen des failles et des erreurs qui ont pu contribuer à creuser l'ornière du stalinisme. Lénine lui-même les apercevait souvent en cours de route, et s'efforçait de les corriger ; mais il a quitté la scène de l'histoire à 53 ans, laissant à peine ouvert le chantier de la construction d'une société nouvelle. De la première grande tentative de dépassement du système capitaliste, l'histoire aujourd'hui est bouclée ; elle a largement confirmé l'avertissement que le grand révolutionnaire, en janvier 1921, adressait au IIème Congrès des mineurs de Russie : "Nul ne peut causer notre perte, sauf nos propres erreurs." Cette lucidité-là et cette capacité de se remettre en cause, "en conservant force et souplesse pour, à nouveau repartir à zéro", voilà sans doute ce qui a le plus manqué après lui. C'est aussi ce dont nous avons besoin : de ce point de vue, Lénine reste un grand exemple. »
                Jean-Jacques Goblot, « Lénine et la genèse du stalinisme », Cahiers d'histoire Espace Marx, vol. 159 pages, n°63, p.104, pp. 93-106, 2ème trimestre 1996.
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                « En 1921 il écrit dans la Pravda : "je vois maintenant que j'avais tort et que le camarade Boukharine avait raison..." (tome 32, p. 431) - imagine-t-on un instant Staline en faire autant ? En 1922, il écrit même que dans certains cas "il est arrivé aux mencheviks d'avoir raison contre les bolcheviks" (tome 33 p. 210). Honnêteté intellectuelle extrême, des plus rares chez un dirigeant politique de premier plan, qui dit sans équivoque l'attachement à une façon démocratiquement énergique de gouverner - le contraire de ce que sera dès l'origine la pratique stalinienne. »
                Lucien Sève, Penser avec Marx aujourd'hui tome IV "Le communisme" ? Première partie., p.383, Chapitre II Communisme et "communisme" dans le court XXème siècle. L'insoutenable filiation de Lénine à Staline., La Dispute, Paris, 2019.
                Sous-débat
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                Lénine reconnaissait et corrigeait ses erreurs
                SOUS-ARGUMENTS OBJECTIONS
                Aucun sous-argument n'a été entré. Objection L'autocritique porte sur un problème purement sémantique
                Objection Le désaccord ne semble pas porter sur la glavlit mise en place en juin 1922
                de l'argument pour aller plus loin.

                Sous-argumentEn 1945 Staline déclare la guerre au Japon afin de venger la défaite russe de 1905 que Lénine avait vue favorablement

                « En 1904, alors que la guerre fait rage, Lénine est absorbé par les querelles de son parti et, pendant toute cette année, il n'écrit presque rien d'autre que des textes destinés à polémiquer avec d'autres fractions (...) Lénine est convaincu que la débâcle militaire dans la guerre opposant la Russie au Japon débouchera sur une contestation déchaînée de la part du Narod. Alors, le prolétariat se lèvera et prendra la tête de l'insurrection pour libérer le peuple tout entier, pour assurer à la classe ouvrière la possiblité de mener ouvertement, largement et en s'appuyant sur toute l'expérience de l'Europe, la lutte pour le socialisme. »
                Lars T Lih, Lénine. Une biographie, p.102, Une révolution du peuple, Les Prairies Ordinaires, Paris, 2015 (2011).

                Sous-argumentLa politique de collectivisation agricole violente de Staline tournait le dos aux choix de Lénine clamés avec insistance en 1919

                « A l'évidence Staline a construit sa vision des campagnes socialistes à partir de Lénine et plus généralement du socialisme marxiste. Du point de vue des crimes contre l'humanité, ce qu'il faut expliquer, ce n'est pas cette vision, mais l'emploi massif de la violence entre 1930 et 1934 dans le but d'imposer à la paysannerie un changement radical des méthodes de production, donc de mode de vie, en très peu de temps. Quant à l'usage de la violence dans ce but, la position de Lénine est claire : il y est opposé. Il n'a pas de mots assez durs pour dénoncer ce "bezobrazie", ce scandale et cette absurdité. Et c'est en 1919, au plus fort de la guerre civile, qu'il le fait avec le plus d'insistance. Bien qu'il soit déçu par les expériences socialistes dans les campagnes, il exclut de recourir à la violence pour atteindre cet objectif. Tous les bolcheviks antistaliniens de 1932 voyaient parfaitement qu'il existait, sur ce plan, une discontinuité radicale entre Lénine et Staline. Dans un document clandestin diffusé à l'époque, ils opposent l'agression stalinienne contre la paysannerie aux méthodes de Lénine, qui voulait convaincre les paysans en leur montrant "d'authentiques exemples des authentiques avantages des fermes collectives organisées d'une manière authentiquement volontaire". Ils ironisent sur le fait que les deux méthodes se ressemblent à peu près autant que l'invasion japonaise de la Mandchourie ressemble à l'autodétermination nationale. »
                Lars T Lih, Lénine. Une biographie, p.221-222, épilogue, Les Prairies Ordinaires, Paris, 2015 (2011).
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                « Le sommet représenté dans les villes par les capitalistes, n'existe pas ici. User de la violence serait compromettre toute l'affaire. Ce qu'il faut c'est un travail d'éducation persévérant. Au paysan qui, chez nous comme dans le monde entier, est un esprit pratique et réaliste, nous devons fournir des exemples concrets pour lui prouver que la "commune" est mieux que tout (...). Il n'y a rien de plus stupide que l'idée même de la violence exercée à l'égard des rapports économiques du paysan moyen. Il ne s'agit point d'exproprier le paysan moyen, mais de tenir compte des conditions particulières de la vie paysanne, d'apprendre des paysans comment passer à un ordre des choses meilleur, et ne s'aviser jamais de commander ! Voilà la règle que nous nous sommes assignée (applaudissements de tout le congrès.) »
                Lénine, « VIII ème congrès du PCR : rapport sur le travail à la campagne », oeuvres de Lénine tome 29, mars-aout 1919, p.211 et 212, 23 mars 1919, Editions sociales, Paris, 1962.
                Sous-débat
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                La politique de collectivisation agricole violente de Staline tournait le dos aux choix de Lénine clamés avec insistance en 1919
                SOUS-ARGUMENTS OBJECTIONS
                Sous-argument La politique non-violente de Lénine à l'égard de la paysannerie était indispensable pour la victoire dans la guerre civile
                Aucune objection n'a été entrée.
                de l'argument pour aller plus loin.

                Sous-argumentDes années vingt aux années trente le système pénal de rééducation par le travail s'est métamorphosé en châtiment par le travail

                « « Ceux qui ont étudié le fonctionnement de la justice et des patriques pénitentiaires dans les années vingt (période de la NEP) savent que le camp était conçu pour être une forme de détention plus humaine que les "cages" appelées prisons. Ce lieu où l'on travaillerait dans des conditions proches de la normale était considéré comme le meilleur moyen de rééduquer et de réhabiliter (...) Les tribunaux cherchaient à limiter les peines de prison au profit de condamnations au travail "obligatoire" (prinudraboty), souvent traduit à tort en occident "travail forcé". Les débats et les publications sur la criminalité étaient très novateurs et publics (....) Tout cela prend fin dans les années trente, même si les conceptions libérales se maintiennent encore. Des magistrats et des criminologues se battent pour que les camps ne deviennent pas un instrument de châtiment par le travail ( en fait par le travail forcé ), perdant ainsi leur fonction intitale de rééducation par le travail. Mais en vain. La conception du "travail forcé" est un effet secondaire de l'industrialisation à outrance. La main d'oeuvre incarcérée est facile à mobiliser, peu coûteuse, soumise à une discipline de fer et aisément remplaçable (... ) Le NKVD et sa police secrète ne peuvent qu'être intéressés à jouer un rôle de première importance dans l'industrialisation du pays. Ils sont le fer de lance de la transformation du système pénitentiaire en un immense secteur industriel sous leur administration. il va de soi que les condamnés en seront la main d'oeuvre. Il faut donc en fournir le plus grand nombre possible. Les tâches de basse police ne sont pas de celles qui peuvent donner du prestige au NKVD. » »
                Moshe Lewin, Le siècle soviétique, p.151 et 152, Fayard / le Monde diplomatique, Paris,, 2003.
                Voir plus...
                « Lénine aurait été le créateur des "camps de concentration" en Russie (les premiers "camps de concentration"ont été créés vingt ans plus tôt par l'Angleterre en Afrique du Sud lors de la guerre des Boers). Cette expression ayant pris un sens terrible avec l'institution stalinienne du "goulag", et pis encore avec les camps de la mort hitlériens, l'effet produit par cette assertion est assuré. Or il y a là tromperie qualifiée. La guerre civile conduit Lénine à décider d'ouvrir au printemps 1918 des camps d'internement, camps dans lesquels commencera d'être organisé du travail en 1919, à partir de l'idée de sa portée rééducative. Il n'y a dans ces camps ni mise en place d'un système d'exploitation économique ni politique de dépersonnalisation, moins encore de plan d'extermination. Parler en ce cas de "camps de concentration" est pratiquer délibérément l'équivoque, ce par quoi un historien ne se grandit pas. Sur ce point non plus, Staline n'est pas déjà dans Lénine. »
                Lucien Sève, Octobre 1917. Une lecture très critique de l'historiographie dominante. Suivi d'un choix de textes de Lénine., p.p. 41, note 35, De la dictature du prolétariat au "refus de tout compromis", Editions sociales / 1917+ cent, Paris, 2017.
                Sous-débat
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                Des années vingt aux années trente le système pénal de rééducation par le travail s'est métamorphosé en châtiment par le travail
                SOUS-ARGUMENTS OBJECTIONS
                Sous-argument La destalinisation a ressuscité les exigences de la Tcheka imposées au début de la NEP
                Aucune objection n'a été entrée.
                de l'argument pour aller plus loin.

                Sous-argumentLénine refusait le culte de la personnalité

                « "J'ai une grande prière à vous adresser. Ne laissez pas votre hommage à Illitch prendre la forme d'une adoration pour sa personne. Ne construisez pas pour lui des monuments, ne donnez pas son nom à un palais, n'organisez pas des cérémonies commémoratives. De son vivant il attachait si peu d'importance à tout cela, tout cela était si vain à ses yeux. Rappelez-vous combien notre pays est encore pauvre. Si vous désirez honorer le nom de Lénine, construisez des crèches, des écoles, des jardins d'enfants, des bibliothèques, des centres médicaux, des hôpitaux, des maisons pour les handicapés... et par-dessus tout mettez ses préceptes en pratique." »
                Jean Elleinstein, « La Pravda, 30 janvier 1924 article de Nadedja Krouposkaïa, veuve de Lénine à la mort de son époux », Histoire de l'URSS, 4 volumes - tome 2 1922-1939, p.61-62, Editions sociales, Paris, 1975 deuxième édition.
                OBJECTIONS
                Aucune objection n'a été entrée pour le moment.

                Argument CONTREStaline est un héritier calomnié de Lénine

                Dans ce débat on ne saurait ignorer le problème de la révision à la baisse des chiffres des victimes du stalinisme qu'avait mise en avant Nicolas Werth en septembre 1993 dans l'Histoire, et dont le parti communiste du travail de Belgique, sous l'autorité de Ludo Martens, a aussitôt et presque seul (un article dans le Monde de Michel Tatu a également suivi) informé ; serait-ce sur un ton polémique. La filiation Lénine/Staline est implicite, les auteurs n'ayant jamais que mis en accusation les successeurs de Staline, Khrouchtchev en particulier. Martens attaque en particulier les chiffres apocalyptiques communiqués en 1971 par l'historien britannique Robert Conquest puis par le dissident soviétique Roy Medvedev. A suivi en 1998 un article du communiste suédois Mario Sousa.
                « L’article qui suit a été rédigé par Ludo Martens dans le n° 39 de Solidaire (octobre 1993), le journal du Parti du Travail de Belgique. Martens se contente de commenter un article de Nicolas Werth écrit sur la base des archives soviétiques et publié en septembre 1993 dans la revue spécialisée L’Histoire intitulé : « Goulags : les vrais chiffres » dans lequel il dévoile que les chiffres autrefois admis par les « historiens » dominants à propos des victimes des goulags sont tout simplement faux. Là où cet article est doublement intéressant c’est que l’auteur, Nicolas Werth, deviendra peu après, au nom de la propagande anticommuniste, collaborateur du Livre noir du communisme dans lequel Courtois affirme que Staline a tué 20 millions de personnes en URSS, Werth a finalement préféré faire passer l’idéologie au-dessus de la vérité historique, mais les faits sont là. »
                Rédaction de la revue Progrès Humain, journal, "Progrès Humain" ( Ludo Martens, "Solidaire"), 22 décembre 2014 (octobre 1993).
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                Voir les citations restantes dans la page détaillée de l'argument.
                SOUS-ARGUMENTS

                Sous-argumentAux origines des forfaitures sur le goulag ont joué les changements de frontière

                « Conquest, Soljenitsyne, Medvedev et d’autres utilisèrent les données publiées par l’Union soviétique comme les statistiques démographiques en augmentant le nombre d’habitants sans tenir compte des frontières changeantes au cours de l’histoire. A partir de là, ils conclurent que beaucoup de gens manquaient à l’arrivée. Les gens disparus furent ainsi déclarés avoir été tués ou incarcérés à cause du socialisme. La méthode était simple mais complètement frauduleuse. »
                Mario Sousa, « Les mensonges sur l'histoire de l'Union Soviétique Les archives révèlent les mensonges de la propagande », Réveil communiste, avril 1998.

                Sous-argumentLénine et Staline ont condamné l'antisémitisme

                Staline passe pour être antisémite. Un historien et philosophe italien, Domenico Losurdo, qui s'est livré à une critique radicale de la légende noire de Staline, aborde le sujet. Le 6 novembre 1941 Staline dénonce l'antisémitisme d'Hitler. On peut confronter son discours à celui de Lénine, prononcé en mars 1919, une lettre sur le bilan tout autant antisocial qu'antisémite du tsarisme écrite de mars 1917, comme à des écrits antérieurs à 1914 : au moins deux textes de 1911. Ce que dit en réaction Hitler à Staline le surlendemain 8 novembre 1941 montrerait plutôt que les deux hommes n'ont rien en commun et que Hitler poursuit en Staline la lutte contre le "judéo-bochevisme"omniprésent dans les attaques contre les Bolcheviks du vivant de Lénine. Après la mort de Staline Kaganovitch restera fidèle à sa mémoire au point de participer au complot antiparti contre Khrouchtchev en 1957.
                « Pourquoi la lutte pour la république, est-elle une condition réelle de la conquête de la liberté en Russie ? Parce que l’expérience, la grande, l’inoubliable expérience de l’une des plus grandes décennies de l’histoire russe, je veux dire de la première décennie du XXème siècle, montre de façon claire, évidente, irréfutable, l’incompatibilité de notre monarchie avec les garanties les plus élémentaires de la liberté politique. L’histoire de la Russie, l’histoire séculaire du tsarisme font qu’au début du XXème siècle, il n’y a pas et il ne peut pas y avoir chez nous d’autre monarchie que celle des Cent-Noirs et des pogromistes. Dans la situation sociale, dans la situation de classes que nous connaissons, la monarchie russe ne peut faire autrement que d’organiser des bandes d’assassins pour abattre au coin des rues nos députés libéraux et démocrates, d’incendier les maisons où se réunissent les démocrates. La monarchie russe ne peut répondre aux manifestations du peuple en faveur de la liberté autrement qu'en organisant des détachements d'individus qui saisissent les enfants juifs par les pieds pour leur briser la tête contre les pierres, qui violent les femmes juives ou géorgiennes, qui éventrent les vieillards. Les ganaches libérales dissertent sur l'exemple d'une monarchie constitutionnelle de type anglais. Eh bien, si dans un pays aussi cultivé que l'Angleterre, qui n'a jamais connu le joug mongol, l'oppression de la bureaucratie, le déchaînement de la caste militaire, il a néanmoins fallu couper la tête à un bandit couronné pour apprendre aux rois à être des monarques « constitutionnels », en Russie il faudra couper la tête à cent Romanov au moins, pour enlever à leurs successeurs l'habitude d'organiser des bandes d'assassins Cent-Noirs et de déchaîner des pogromes. Si la social-démocratie a retenu quelque chose de la première révolution russe, elle doit maintenant bannir de tous nos discours, de tous nos tracts, le mot d'ordre de « à bas l'autocratie » qui s'est révélé inadapté et vague, et défendre exclusivement celui de "A bas la monarchie tsariste, vive la république". »
                Lénine, « « A propos des mots d'ordre et de la conception du travail social-démocrate à la Douma et en dehors », "Social-Démocrate" », Oeuvres de Lénine tome 17 décembre 1910- avril 1912, p.341, 8/21 décembre 1911, Éditions Sociales, Paris, 1968.
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                Voir les citations restantes dans la page détaillée de l'argument.

                Sous-argumentStaline n'a pas fait assassiner Kirov

                Une autre affaire qui fragilise la comparaison par la négative entre Lénine et Staline est la mise en cause en 1995 de la responsabilité Staline dans l'assassinat de Kirov dans un ouvrage russe traduit en français dans une collection dirigée par Nicolas Werth et Stephane Courtois, deux historiens qui s'acharnent à démontrer que Staline était déjà dans Lénine.
                « Staline avait-il ordonné l’assassinat de Kirov le 1er décembre 1934 ? La question hantait les historiens depuis des décennies. La plupart d’entre eux étaient parvenus à la conclusion que Staline avait bel et bien fomenté l’assassinat de l’un de ses plus proches compagnons. Archiviste et responsable du Musée Kirov, l’auteur a pu consulter l’ensemble des archives disponibles sur « l’affaire Kirov ». Après un long et minutieux travail de vérifications et de recoupements, elle conclut à la non-participation de Staline. Le meurtre de Kirov fut un acte individuel, accompli par un jeune communiste déséquilibré, Leonid Nikolaiev (...) Alla Kirlina démonte, de manière convaincante, la légende d’un Kirov, rival et contradicteur du dictateur. Au contraire, Kirov qui, comme de nombreux proches du dirigeant, fit ses armes dans le Caucase dans les années 20, fut un stalinien sans états d’âme. »
                Laurent Rucker, « L'assassinat de Kirov, destin d'un stalinien 1888-1934. (Critique d'un ouvrage d'Alla Kirilina) », Le Monde diplomatique, juin 1995.
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                Voir les citations restantes dans la page détaillée de l'argument.
                « Les temps sont désormais révolus où à propos du cas de Sergei M. Kirov, dirigeant de tout premier plan du PCUS, tombé le 1er décembre 1934 à Léningrad sous les coups de pistolet d'un déséquilibré (Léonid Nicolaiev), on pouvait écrire qu'il n'y a plus de doute sur le fait que l'assassinat a été organisé par Staline et réalisé par ses agents de police (...) nous disposons à présent de la recherche d'une historienne russe, publiée en français dans le cadre d'une collection dirigée par Stephane Courtois et Nicolas Werth, c'est-à-dire par les auteurs du livre noir du communisme. Nous sommes donc en présence d'un travail qui se présente avec les rtéférences antistaliniennes les plus solides qui soient (...) ce travail met en pièces la version contenue ou suggérée dans le rapport secret au XXème congrès du PCUS (...) Les rapports de collaboration et d'amitié réels qui ont cours entre le leader et son collaborateur apparaissent en fait clairement dans le portrait que l'historienne russe fait de Kirov (...) Cette thèse est d'autant plus ridicule que Kirov ne participe qu'épisodiquement " à l'activité du plus haut organe du pouvoir du parti, pour se concentrer au contraire sur l'administration de Léningrad. »
                Domenico Losurdo, Staline, histoire et critique d'une légende noire, p.99-100, chapitre 2, Paris, 2011.

                Sous-argumentStaline agissait en vue des menaces interventionnistes

                « Il est juste d'ajouter que cette brutalisation de l'histoire eut elle-même au départ pour important motif la menace d'une nouvelle guerre impérialiste perceptible dès la fin des années 1920, d'une agression allemande contre l'Union Soviétique prévisible dès 1933, qui lui imposent une industrialisation à marche forcée. Dans un discours de février 1931 devant les cadres de l'industrie, Staline dit : "Nous retardons de cinquante à cent ans sur les pays avancés. Nous devons parcourir cette distance en dix ans. Ou nous le ferons, ou nous serons broyés"( Staline, textes, éditions sociales, 1983 t. 2 p. 27). Contrainte historique manifeste qui ne disculpe pas Staline de sa criminelle brutalisation sociale mais montre aussi la part qui en revient à l'hostilité agressive des puissances capitalistes. »
                Lucien Sève, Octobre 1917. Une lecture très critique de l'historiographie dominante, p.101-102 note 97, La ligne de partage : vouloir forcer l'histoire, Editions sociales les parallèles, 1917 + cent, Paris, 2017.
                Voir plus...
                Voir les citations restantes dans la page détaillée de l'argument.
                « Une autre chose qui doit être prise en compte, c’est que l’Union soviétique, qui comptait dans les années 30 près de 160 à 170 millions d’habitants, était sérieusement menacée par les puissances étrangères. Suite aux grands changements politiques en Europe dans les années 30, la menace de guerre de la part de l’Allemagne nazie était grande, une menace de survie pour le peuple slave. Le bloc occidental nourrissait aussi des ambitions interventionnistes. Cette situation, Staline l’a résumé en 1931 : "Nous avons 50 à 100 ans de retard sur les pays avancés. Nous devons rattraper ce retard en 10 ans. De cela dépend notre survie." Dix ans plus tard, le 22 juin 1941, l’Union soviétique était envahie par l’Allemagne nazie et ses alliés. La société soviétique dût faire de gros efforts entre 1930 et 1940 et la majeure partie de ses ressources fut consacrée à préparer la défense contre la guerre qui s’annonçait. »
                Mario Sousa, « Les mensonges sur l'histoire de l'Union Soviétique la menace intérieure et étrangère », Réveil communiste, Avril 1998.
                Sous-débat
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                Staline agissait en vue des menaces interventionnistes
                SOUS-ARGUMENTS OBJECTIONS
                Aucun sous-argument n'a été entré. Objection Les répressions des années 1930 ont peut-être plus souvent touché des innocents que des coupables
                de l'argument pour aller plus loin.
                OBJECTIONS

                ObjectionLe nombre important des prisonniers d'opinion n'en est pas moins une réalité

                Quoiqu'il en soit des corrections considérables à la baisse il ressort qu'en 1951 (2.500.000 au lieu de 12 à 13 millions), selon les sources acceptées par Ludo Martens les camps staliniens comptaient 245. 340 prisonniers politiques innocents qui n'avaient jamais ni commis de délits ou crimes de droit communs, ni collaboré avec les nazis. Trente ans plus tard d'après les rapports d'Amnesty International, à la fin des années Brejnev, il y avait moins d'un millier de prisonniers d'opinions.

                ObjectionLudo Martens oublie de rapporter les centaines de milliers de fusillés sous la Grande Terreur

                Accessoirement Nicolas Werth en 1993 évoque assez rapidement de nouvelles statistiques des exécutions : 642.980 entre 1921 et 1954 dont environ un demi-million en 1937-1938. Ludo Martens occulte ce fait capital dans l'analyse des répressions staliniennes. Même si'il est incroyablement inférieur à d'autres sources occidentales ou soviétiques dissidentes qui les chiffraient par millions, il est impossible d'y percevoir ici une intoxication pure et simple. D'autant qu'il sera corrigé par la suite à la hausse : près de 682.000n et 700.000 entre janvier 1935, moment de l'assassinat de Kirov et 1941.

                ObjectionLe chiffre de 12 à 13 millions de déportés en 1952 est partiellement fondé

                « Wheatcroft estime à 4,1 millions le nombre de condamnations politiques sur la période 1921-1953 (soit 0,6 pour 1000 habitants en moyenne) dont 1,34 million sur la période 1937-38. Le total des condamnations sur la période 1939-1952 est de 13,7 millions dont 12,62 millions sont des condamnations criminelles et 1,1 million des condamnations politiques d’après Wheatcrof. L’essentiel des condamnés et des prisonniers du goulag sont en réalité des détenus de droits communs (91%). »
                Auteur anonyme, « Vrais chiffres du goulag vs propagande anticommuniste : les faits historiques », Initiative communiste journal du pôle de renaissance du communisme français, 2017.

                ObjectionIl faut également prendre en compte les déportations de peuples punis

                « Par ailleurs on sait désormais que le maximum des détenus a été atteint en 1950 (2, 561 millions) et qu'environ 8,4 millions de détenus sont passés dans les camps entre 1934 et 1954. On évalue le taux de mortalité annuel dans les camps proche de 40 pour mille (soit près du double de la mortalité générale), avec un maximum de 200 pour mille en 1941-1942. On relève dans ces chiffres ceux des "peuples punis" ensembles de groupes déplacés sur une base ethnique. Le phénomène a commencé dès avril 1936 avec les Polonais et Allemands d'Ukraine occidentale, puis en 1937 en Russie avec les Coréens et les Chinois d'Extrême-Orient dans le cadre de ce que l'on a appelé la campagne de "nettoyage des frontières et des régions de l'arrière", déportations vers l'Asie centrale qui se sont généralisées lors du recul des forces allemandes. »
                Jean Radvanyi, La nouvelle Russie quatrième édition entièrement mise à jour, p.63, chapitre 2 peuplements et peuples de Russie, Armand Colin, Paris, 2007.

                ObjectionIl y eut plutôt après 1945 1, 5 million et non 335.000 condamnations pour faits de collaboration

                « B.P. Kurasvili, dans son livre Novijz Socijalizm (Moscou 1997), a une formulation qui se présente commeun plaidoyer pour le régime : il souligne ( p. 22-27 ) que celui-ci avait effectivement des ennemis, les 1,5 million de personnes qui ont collaboré avec les Allemands. Il ne cite pas de source pour fonder cette estimation, qui- et il a raison sur ce point- correspond à environ 1% de la population active. Mais l'existence de ces personnes ayant collaboré avec les Allemands confirme que les purges lancées par le pouvoir contre les "ennemis du peuple" ont frappé aveuglément des innocents, épargnant ceux qui, par la suite, pendant la Seconde Guerre mondiale, ont trahi. Beaucoup de ceux qui ont combattu au côté des Allemands ont été capturés mais n'ont pas été exécutés. Après la guerre ils n'ont pas été soumis à un traitement trop dur. Selon Kurasvili ( et certains documents en ma possession ), beaucoup de ceux qui ont servi les Allemands durant la guerre ( armée de Vlassov, unités de cosaques, unités composées de personnes appartenant à des nationalités non-russes ), lorsqu'ils ont été arrêtés n'ont pas été accusés de crimes particuliers et ont été envoyés pour cinq ans dans des "bataillons de travail". Il en a été de même pour beaucoup de partisans ukrainiens et baltes qui ont combattu le régime soviétique après la guerre. Ces affrontements ont été très durs, avec un grand nombre de victimes, mais la majorité des partisans qui ont été arrêtés ont été envoyés en exil, puis amnistiés et autorisés, à partir de 1960 à rentrer chez eux. Il est possible que cette relative indulgence ait été une concession à certains cercles nationalistes en Ukraine et dans les pays baltes. »
                Moshe Lewin, Le siècle soviétique, p.515-516, Annexe 2, Fayard/ Le Monde diplomatique, Paris, 2003.

                Argument CONTRELénine défendait un projet pédagogique des droits des nationalités, bien différent des conceptions volontaristes de Staline

                « Quand les bolcheviks parlent de fédération au début des années 20, ils ont, semble-t-il, dans l'esprit un projet clair : une organisation des nations qui maintienne un certain degré d'identité nationale, mais corrigée par des institutions centralisées qui assureraient la cohésion de l'ensemble. Cette vision assez simple et communément acceptée, explique que Staline ait une place prépondérante dans la commission créée le 10 août 1922 et chargée d'élaborer la constitution de la fédération. Ceci explique aussi que le projet rédigé personnellement par Staline reproduise le modèle de la R.S.F.S.R. La fédération doit se faire par adhésion des républiques encore indépendantes à la R. S. F. S. R. »
                Hélène Carrère d'Encausse, L'empire éclaté, la révolte des nations en URSS, p.17, chapitre premier "Quand la prison des peuples s'est ouverte", Flammarion, Paris, 1978.
                Voir plus...
                Voir les citations restantes dans la page détaillée de l'argument.
                « A l'automne 1922, Lénine est déjà un grand malade (...) Mais dans les dernières semaines d'une vie active qui se ralentit, la question nationale sera l'un de ses soucis majeurs et il entrevoit les problèmes à venir avec lucidité et desespoir. Convalescent, il se fait communiquer tardivement le projet constitutionnel, et il en est effaré. D'une part il sait les oppositions qu'il soulève ; et il comprend que loin de contribuer au progrès de l'internationalisme, ce projet approfondit les passions nationales. Par ailleurs Lénine reste , comme il l'a été toute sa vie attaché à une vision internationaliste de l'Etat soviétique. Ce qu'il veut, c'est aboutir au dépassement des nations dans une communauté nouvelle, et non cristalliser les nationalismes. Enfin, la révolution et les années qui ont suivi lu ont montré de manière irréfutable que la conscience sociale évoluait à son propre rythme, selon des lois propres et non par la force et par des institutions étrangères à ses aspirations. »
                Hélène Carrère d'Encausse, L'empire éclaté, la révolte des nations en URSS, p.18, chapitre premier "Quand la prison des peuples s'est ouverte", Flammarion, Paris, 1978.
                SOUS-ARGUMENTS

                Sous-argumentLes années 1930 corroborent la différence Lénine-Staline

                « La confiance de Lénine dans une pédagogie de l'internationalisme n'a jamais séduit Staline. Au début des années 30 il substitue à l'éducation la violence nue. Et, après avoir détruit les conditions d'une vie traditionnelle pour l'ensemble de la société, il va détruire quelques années plus tard, au cours des "purges" auxquelles il a légué son nom, toutes les élites nationales des années 20, qui ont commis le crime impardonnable pour lui d'être revenues aux sources de la fidèlité nationale. »
                Hélène Carrère d'Encausse, L'Empire éclaté ; la révolte des nations en URSS, p.27, chapitre premier "Quand la prison des peuples s'est ouverte", Flammarion, Paris, 1978.

                Sous-argumentLa destalinisation sous Khrouchtchev fut aussi un retour à l'égalité des nationalités

                « Khrouchtchev marche dans les pas de Lénine. Pour que réformer ait un sens, il faut donner une place réelle aux cadres nationaux, donc en revenir à la politique d'indigénéisation pratiquée dans les années 20. A tous les échelons, dans tous les domaines, la fin des années 50 est marquée par l'accroissement du nombre de cadres indigènes et par un recul des représentants du pouvoir central. Plus encore, des représentants des élites nationales sont parfois associés à la politique extérieure de l'U.R.S.S. »
                Hélène Carrère d'Encausse, L'Empire éclaté : la révolte des nations en U.R.S.S, p.38, chapitre premier "Quand la prison des peuples s'est ouverte", Flammarion, Paris, 1978.
                OBJECTIONS

                ObjectionEn matière culturelle et linguistique Staline suivait Lénine

                « Beaucoup de peuples de l'Asie soviétique (par exemple les Yakouts etc) n'ont reçu de caractères écrits pour leur langue que sous le régime soviétique. En 1914, sur tout l'immense territoire de la Russie d'Asie ne se trouvaient que trois établissements d'enseignement supérieur. En 1949, cent-vingt sept établissements de cette catégorie (dont six universités) fonctionnaient en Asie soviétique. Un grand nombre d'établissements de recherches scientifiques onté également été créés : deux Académies des Sciences (dans les républiques Ouzbek et Kazakh) ; des succursales de l'Académie des Sciences de l'U.R.S.S. dans les républiques kirghize, tadjik et tourkmène, ainsi qu'à Vladivostok, Irkoutsk et Novosibirsk. De nombreux cadres intellectuels ont été créés dans tous ces pays. »
                Michel Gordey, Visa pour Moscou, p.425, Chapitre XXXIX Tiflis et la politique des nationalités, Gallimard, Paris, 1951.
                Voir plus...
                « C'est à bon escient que je cite l'article très officiel de l 'Encyclopédie soviétique. On peut se méfier de son style un peu dogmatique ou ne pas ajouter foi à toutes ses statistiques. Il me semble cependant que l'ampleur du phénomène proprement "civilisateur" qui s'accomplit depuis trente ans dans les immenses étendues asiatiques de l'Union Soviétique doit être à la fois signalée et méditée. Qu'on le veuille ou non, nous assistons là à la naissance d'un monde entièrement nouveau. Certes, le moule est bolchevik, stalinien, intégralement conforme à la ligne et aux doctrines dictées de Moscou. Mais c'est aussi un résultat, une conséquence de la "politique des nationalités" que Staline, le Georgien, l'ancien étudiant du séminaire de Tiflis, développa dès avant la Révolution. Staline -Djougachvili fut aussi, ne l'oublions pas, le premier commissaire aux nationalités du gouvernement bolchevik de Lénine. »
                Michel Gordey, Visa pour Moscou, p.426-427, Chapitre XXXIX Tiflis et la politique des nationalités, Gallimard, Paris, 1951.

                Argument CONTREA l'hiver 1922-1923 dans son "testament" Lénine attaque Staline

                « Le camarade Staline en devenant secrétaire général a concentré un pouvoir immense entre ses mains et je ne suis pas sûr qu’il sache toujours en user avec suffisamment de prudence. D’autre part, le camarade Trotsky, ainsi que l’a démontré sa lutte contre le Comité central dans la question du commissariat des Voies et Communications, se distingue non seulement par ses capacités exceptionnelles – personnellement il est incontestablement l’homme le plus capable du Comité central actuel – mais aussi par une trop grande confiance en soi et par une disposition à être trop enclin à ne considérer que le côté purement administratif des choses. Ces caractéristiques des deux chefs les plus marquants du Comité central actuel pourraient, tout à fait involontairement, conduire à une scission ; si notre Parti ne prend pas de mesures pour l’empêcher, une scission pourrait survenir inopinément. »
                Lénine, « 1923 -01 Testament de Lénine (25 décembre 1922) », la bataille socialiste, Site d'éducation, d'informations et de ressources documentaires pour le marxisme vivant et la démocratie ouvrière., 2010.
                Voir plus...
                Voir les citations restantes dans la page détaillée de l'argument.
                « Post-scriptum. Staline est trop brutal, et ce défaut, pleinement supportable dans les relations entre nous, communistes, devient intolérable dans la fonction de secrétaire général. C’est pourquoi je propose aux camarades de réfléchir au moyen de déplacer Staline de ce poste et de nommer à sa place un homme qui, sous tous les rapports, se distingue de Staline par une supériorité – c’est-à-dire qu’il soit plus patient, plus loyal, plus poli et plus attentionné envers les camarades, moins capricieux, etc. Cette circonstance peut paraître une bagatelle insignifiante, mais je pense que pour prévenir une scission, et du point de vue des rapports entre Staline et Trotsky que j’ai examinés plus haut, ce n’est pas une bagatelle, à moins que ce ne soit une bagatelle pouvant acquérir une signification décisive. »
                Lénine, « 1923 -01 Testament de Lénine (post scriptum 4 janvier 1923) », la bataille socialiste, Site d'éducation, d'informations et de ressources documentaires pour le marxisme vivant et la démocratie ouvrière., 2010.
                SOUS-ARGUMENTS

                Sous-argumentEn janvier 1923 il préconise contre Staline une démocratisation de la commission centrale de contrôle

                « (...) Lénine rompt avec le communisme de guerre pour établir une politique de paix sociale. Vivement soucieux de la vie démocratique du parti et par-dessus tout de ses instances dirigeantes il préconise en janvier 1923 qu'à chaque séance du bureau politique" assistent des ouvriers et paysans membres de la commission centrale de contrôle" qui devront "sans considération de personnes, veiller à ce qu'aucune influence ne puisse les empêcher de faire une enquête, de vérifier les dossiers et "de façon générale, d'obtenir une clarté absolue et une stricte réguarité de toutes les affaires" (t. 33 p. 499) - mesure hardie clairement destinée à bousculer l'inspection ouvrière et paysanne où il dénonce "le vrai type de notre ancien appareil d'Etat " (p.495)- le responsable en est Staline... »
                Lucien Sève, « Lénine, "Comment réorganiser l'inspection ouvrière et paysanne ?", 23 janvier 1923 (Pravda 25 janvier 1923) », Penser avec Marx aujourd'hui Tome IV "Le communisme" ?, p.382, Chapitre II Communisme et "communisme" dans le court XXème siècle. L'insoutenable filiation de Lénine à Staline, Editions La Dispute, Paris, 2019.

                Sous-argumentStaline frappe politiquement Lénine par l'interception de son courrier

                « (...) il recommande de le "démettre de ses fonctions" au XIIè Congrès d'avril 1923, auquel il pressent qu'il ne sera pas en état de participer - il va plonger les jours suivants dans un silence dramatiquement définitif, alors même qu'il a engagé la lutte décisive contre Staline. Lequel a engagé en retour une bataille de la plus cynique inhumanité contre Lénine, qu'il prive systématiquement d'informations en circonvenant ses mèdecins, en terrorisant ses secrétaires, et jusqu'à insulter son épouse Nadejda Kroupskaïa. Ces dernières lettres au Congrès de Lénine, capitales, ne seront, chose inouïe, pas portées à la connaissance des congressistes d'avril 1923, Lénine étant toujours vivant. On n'exagère pas en disant que la première grande victime politique de Staline fut Lénine lui-même durant ses derniers mois de vie. Ce qui donne déjà idée - on aura énormément à y ajouter- de ce dont fait litière la thèse de la filiation politique entre léninisme et stalinisme. »
                Lucien Sève, Penser Marx aujourd'hui tome IV, "Le communisme" ?, p.384-385, Chapitre II Communisme et "communisme" dans le court XXè siècle. L'insoutenable filiation de Lénine à Staline, Editions La Dispute, Paris, 2019.
                OBJECTIONS

                ObjectionLenine et Staline ne paraissent pas diverger sur l'instauration au printemps 1922 de la censure

                Debut juin 1922 une censure appelée glavlit s'abat sur l'Union Soviétique. Dans ses travaux Lucien Sève qui suit pas à pas l'oeuvre et les propos de Lénine pour bien les distinguer de ceux de Staline n'évoque pas ce problème.
                Sous-débat
                Le débat continue. Consultez la page détaillée
                Lenine et Staline ne paraissent pas diverger sur l'instauration au printemps 1922 de la censure
                SOUS-ARGUMENTS OBJECTIONS
                Sous-argument Les critiques de Lénine contre Staline à l'hiver 1922-1923 ne portent pas sur le Glavlit
                Aucune objection n'a été entrée.
                de l'argument pour aller plus loin.

                ObjectionIl est hasardeux de mettre en parallèle des déclarations de circonstance avec des évènements qui se dérouleront quinze ans plus tard

                Aucun résumé ni citation n'a été entré.

                [ ± Ajouter ou retirer un argument CONTRE ]

                Pour aller plus loinPour aller plus loin

                BibliographieBibliographie [ modifier ]

                Plutôt POURPlutôt POUR [ modifier ]

                • Stéphane Courtois, Nicolas Werth, Karel Bartošek, Jean-Louis Panné, Andrzej Paczkowski, Le livre noir du communisme, Robert Laffont, Paris, 1997.
                • Stéphane Courtois (dir.), Quand tombe la nuit, L'Âge d'Homme, Lausanne, 2001.
                • Stéphane Courtois, Communisme et totalitarisme, Perrin, Paris, 2009.
                • Stéphane Courtois, « Lénine, l'inventeur du totalitarisme », Le Figaro – Histoire, n°30, février-mars 2017.
                • Stéphane Courtois, Lénine, l'inventeur du totalitarisme, Perrin, 2017.

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                Débats connexesDébats connexes [ modifier ]