Le concept de Dieu est une invention humaine

De Wikidébats
Aller à : navigation, rechercher

Présentation de l'argument

[ + Ajouter un résumé ]

Citations [ modifier ]

« Toutes les religions, avec leurs dieux, leurs demi-dieux, et leurs prophètes, leurs messies et leurs saints, ont été créées par la fantaisie crédule des hommes, non encore arrivés au plein développement et à la pleine possession de leurs facultés intellectuelles ; en conséquence de quoi le ciel religieux n’est autre chose qu’un mirage où l’homme, exalté par l’ignorance et la foi, retrouve sa propre image, mais agrandie et renversée, c’est-à-dire divinisée. L’histoire des religions, celle de la naissance, de la grandeur et de la décadence des dieux qui se sont succédé dans la croyance humaine, n’est donc rien que le développement de l’intelligence et de la conscience collective des hommes. À mesure que, dans leur marche historiquement progressive, ils découvraient, soit en eux-mêmes, soit dans la nature extérieure, une force, une qualité ou même un grand défaut quelconques, ils les attribuaient à leurs dieux, après les avoir exagérés, élargis outre mesure, comme le font ordinairement les enfants, par un acte de leur fantaisie religieuse. Grâce à cette modestie et à cette pieuse générosité des hommes croyants et crédules, le ciel s’est enrichi des dépouilles de la terre, et, par une conséquence nécessaire, plus le ciel devenait riche et plus l’humanité, plus la terre devenaient misérables. Une fois la divinité installée, elle fut naturellement proclamée la cause, la raison, l’arbitre et le dispensateur absolu de toutes choses : le monde ne fut plus rien, elle fut tout ; et l’homme, son vrai créateur, après l’avoir tirée du néant à son insu, s’agenouilla devant elle, l’adora et se proclama sa créature et son esclave. »
Bakounine, Dieu et l'État, 1882.

[ ± Ajouter ou retirer une citation ]

Sous-arguments [ modifier ]

Dieu est trop humain pour qu'il ne soit pas une création de l'Homme

Page détaillée
Dieu est trop humain pour qu'il ne soit pas une création de l'Homme
SOUS-ARGUMENTS OBJECTIONS
Aucun sous-argument n'a été entré. Ceux qui attribuent des caractères à Dieu se trompent
[ modifier ]
« L'homme créa Dieu à son image » (Ludwig Feuerbach) ; Dieu est la projection de désirs humains
« Comment s’étonner que les Dieux de l’humanité soient anthropomorphes ? C’était vrai des dieux grecs ou latins. Ce ne l’est pas moins, quoique d’un autre point de vue, du Dieu des différents monothéismes. C’est qu’il est conçu par analogie avec ce que nous sommes ou connaissons : Dieu est à la nature ce que l’artiste ou l’artisan sont à leur œuvre (ce que l’architecte est à la maison, ce que l’horloger est à l’horloge, etc.) ; il est à l’humanité ce qu’un père est à ses enfants, ce qu’un souverain est à son peuple ; il est à l’Église ce que l’époux est à l’épouse… Dès lors, quoi qu’on puisse affirmer positivement de Dieu, ce sera marqué d’anthropomorphisme. Les religions du Livre ne s’en sont pas privées. Il ne suffit pas d’interdire les images de Dieu (dans le judaïsme ou l’islam) pour se libérer de l’imaginaire ! L’anthropomorphisme est plus essentiel : il touche au concept même de la divinité. C’est le prix à payer de l’analogie. Dire que Dieu est spirituel, personnel et créateur, c’est déjà de l’anthropomorphisme. Or cela fait partie de sa définition… Dire que Dieu est Père, c’est encore de l’anthropomorphisme. Or ce sont les Évangiles qui le disent, et c’est l’Église : relisez-le Notre Père et le Credo… Dire que Dieu est juste, qu’il est puissant et sage, comme font la Bible et le Coran, c’est toujours de l’anthropomorphisme. Dire qu’il est amour, qu’il est compatissant ou miséricordieux, de même… Mais alors que dire sur Dieu, hors de tout anthropomorphisme, sinon, très exactement, rien ? Cela nous renvoie à la première hypothèse du Parménide de Platon. Si l’Un existe, on ne peut rien en dire : « Il n’y a même pas de nom pour le désigner ; on ne peut ni le définir, ni le connaître, ni le sentir, ni le juger. » Mais on n’a plus aucune raison, alors, d’y voir un Dieu, ni aucun moyen de le penser. Tout anthropomorphisme, concernant l’absolu, est naïf ou dérisoire. Le silence, devant l’indicible, vaudrait mieux. »
André Comte-Sponville, L'esprit de l'athéisme, Albin Michel, 2006.

Dieu répond trop à nos désirs pour qu'il ne soit pas une invention humaine

Page détaillée
Dieu répond trop à nos désirs pour qu'il ne soit pas une invention humaine
SOUS-ARGUMENTS OBJECTIONS
Aucun sous-argument n'a été entré. Aucune objection n'a été entrée.
[ modifier ]
L'image de Dieu répond à un désir infantile (besoin d'être protégé par le père) : « Quant aux besoins religieux, leur rattachement à l'état infantile de dépendance absolue, ainsi qu'à la nostalgie du père que suscite cet état, me semble irréfutable […] » (Freud, L'avenir d'une illusion)
« Dieu, ou le rêve absolu, ou l’absolu rêvé : un infini d’amour, de justice, de vérité… Je suis pour, comme la plupart des gens, je veux dire que je préférerais qu’il existe ; mais ce n’est pas une raison suffisante pour y croire, et même c’en est une, bien forte, pour s’y refuser. Certains s’en étonnent : « Si vous préférez que Dieu existe, me disent-ils, alors il faut y croire ! » Mais non, au contraire ! C’est justement parce que je préférerais que Dieu existe que j’ai de fortes raisons de douter de son existence. Je préférerais aussi qu’il n’y ait plus jamais de guerre, ni de pauvreté, ni d’injustice, ni de haine. Mais si quelqu’un me l’annonce pour demain, je le tiens pour un rêveur, qui prend ses désirs pour la réalité – ou pour un terroriste, s’il prétend m’imposer son rêve. Pourquoi préférerais-je que Dieu existe ? Parce qu’il correspond à mes désirs les plus forts. Cela suffirait, si j’étais porté à croire, à m’en dissuader : une croyance qui correspond à ce point à nos désirs, il y a lieu de craindre qu’elle n’ait été inventée pour les satisfaire (au moins fantasmatiquement). Car enfin reconnaissons que la réalité n’a guère coutume, c’est le moins que l’on puisse dire, de combler à ce point nos espérances. »
André Comte-Sponville, L'esprit de l'athéisme, Albin Michel, 2006.

Dieu est une idée créée par l'Homme dont on peut retracer la généalogie

Page détaillée
Dieu est une idée créée par l'Homme dont on peut retracer la généalogie
SOUS-ARGUMENTS OBJECTIONS
Aucun sous-argument n'a été entré. Aucune objection n'a été entrée.
[ modifier ]
« Autrefois on cherchait à prouver qu'il n'y avait pas de Dieu, aujourd'hui on montre comment cette croyance a pu naître, et à quoi cette croyance devait son poids et son importance : du coup, une contre-preuve de l'inexistence de Dieu devient superflue. Autrefois, lorsqu'on avait réfuté les « preuves de l'existence de Dieu » qui étaient avancées, le doute persistait encore : ne pouvait-on trouver de meilleures preuves que celles qu'on venait de réfuter ? En ce temps-là, les athées ne savaient pas faire table rase. »
Friedrich Nietzsche, Aurore, Aphorisme 95.

Dieu est une extrapolation des effets sur la cause

Page détaillée
Dieu est une extrapolation des effets sur la cause
SOUS-ARGUMENTS OBJECTIONS
Aucun sous-argument n'a été entré. Aucune objection n'a été entrée.
[ modifier ]
« L'idée de Dieu, entendu comme un Être infiniment intelligent, infiniment sage et infiniment bon, provient d'une réflexion sur les opérations de notre propre esprit, en accroissant sans limites ces qualités de bonté et de sagesse. »
David Hume, Enquête sur l'entendement humain, II, 1748.
Voir plus...
Voir les citations restantes dans la page détaillée de l'argument.
« Si donc nous accordons que les dieux sont les auteurs de l’existence ou de l’ordre de l’univers, il suit qu’ils possèdent ce degré précis de pouvoir, d’intelligence et de bienveillance qui paraît dans leur œuvre ; mais nous ne pouvons rien prouver de plus, sauf si nous appelons à l’aide l’exagération et la flatterie pour suppléer aux défauts de l’argumentation et du raisonnement. Dans la mesure où paraissent à présent les traces de certains attributs, dans cette mesure, nous devons conclure à l’existence de ces attributs. La supposition d’attributs supplémentaires est une pure hypothèse […] Puisque la connaissance de la cause se tire uniquement de l’effet, il faut que cause et effet soient exactement ajustés l’un à l’autre ; l’un d’eux ne peut jamais renvoyer à quelque chose de plus ou être la base d’une nouvelle inférence ou d’une nouvelle conclusion. »
David Hume, Enquêt sur l'entendement humain, XI, 1748.

La représentation de Dieu vient d'une époque pré-scientifique

Page détaillée
La représentation de Dieu vient d'une époque pré-scientifique
SOUS-ARGUMENTS OBJECTIONS
Aucun sous-argument n'a été entré. Aucune objection n'a été entrée.
[ modifier ]

Les hommes ont interprété les forces naturelles comme des forces surnaturelles (éclairs, tempêtes etc. comme l'effet d'entités) (Spinoza ? Auguste Comte). Plus la science avance, plus l'on découvre que ce qui semblait inexplicable ou mystique s'explique par des processus matériels

Les religions ont commencé par se représenter Dieu comme un Roi administrant ses sujets. D'ailleurs les mots pour désigner Dieu ont les mêmes racines que celles pour désigner l'empereur. Cette représentation n'est plus crédible à l'époque de la science, où il est ridicule d'imaginer un Dieu qui dirige l'univers comme un roi qui commande ses sujets.
« Alan Watts — L’attitude générale de l’Occidental à l’égard de l’univers a pour modèle une structure politique. C’est Dieu le maître, comme dans les sociétés monarchiques le roi est le grand tyran devant qui tous s’inclinent. Même la hiérarchie de l’Église est à l’image d’une cour royale : l’officiant tourne le dos au mur de crainte d’être attaqué, il est entouré de gardes, et l’assistance a le dos courbé, est agenouillée, parce que c’est une position dans laquelle on ne peut pas attaquer. Dieu, donc, a peur. Et cette image politique de Dieu est l’une des maladies dont souffre la culture occidentale. (...)

P. — Seulement, chez nous autres Occidentaux, la conscience la plus vive, c’est la conscience de la mort de Dieu.

A.W. — Je crois qu’il s’agit surtout de la mort d’une certaine idée de Dieu, de ce Dieu chrétien qui est un Dieu politique à l’image des antiques législateurs. C’est la découverte de l’idée orientale du dieu qui me paraît personnellement la seule valable. Je suis émerveillé par la vie, je voudrais pénétrer le mystère de ma propre existence, connaître les racines de ma conscience. Plus je suis convaincu que je suis moi aussi Dieu — mais certes pas le Dieu-Maître — plus cette découverte me paraît dépendre entièrement de l’abandon des images traditionnelles de Dieu. La foi, la vraie, est une ouverture au vrai quel qu’il soit. S’attacher à une image d’un Dieu qui protège l’univers, prend soin de lui, me semble précisément un manque de foi total. On ne peut pas se raccrocher à l’eau pour nager : il faut lui faire confiance. De la même manière, les images mentales de Dieu sont encore plus sournoisement dangereuses que les idoles de bois ou de pierre. Ce qui est mort, ce sont nos anciennes images, nos anciens symboles, nos concepts de Dieu. Dès que nous en serons débarrassés, dès que nos vitres intérieures auront été lavées, nous pourrons enfin voir le vrai ciel et le vrai soleil. Dès le moment où l’on accepte l’idée qu’il n’existe rien derrière quoi s’abriter, ni sécurité, ni certitude, ni compte en banque, ni assurance sur la vie pour tromper sa peur, toute l’énergie mobilisée à se protéger redevient immédiatement disponible pour les choses constructives. Après tout, on ne peut pas se soulever de terre en tirant sur les lacets de ses chaussures. »
Alan Watts, « Eloge de l'insécurité ».

[ ± Ajouter ou retirer un sous-argument ]

Objections [ modifier ]

Dieu se retrouve dans toutes les civilisations, dans les différents lieux et à différentes époques

Aucun résumé ni citation n'a été entré.

Il existe un mystérieux besoin de transcendance dans l'humanité

Page détaillée
Il existe un mystérieux besoin de transcendance dans l'humanité
SOUS-ARGUMENTS OBJECTIONS
Aucun sous-argument n'a été entré. Aucune objection n'a été entrée.
[ modifier ]
Aldous Huxley interprète diverses activités humaines symptomatiques comme des substituts à l'expérience mystique. Ainsi l'alcool, les drogues, le sexe, seraient des façons de briser les limites du moi par le bas. Mais il y aurait aussi des voies "horizontales" pour se donner un sentiment de transcendance : l'identification au groupe, avec ses sentiments de puissance et d'oubli de soi - songeons ici à l'exaltation des matchs de foot, aux grandes fêtes, voire aux meetings politiques. Pour Huxley, ces tentatives sont vouées à l'échec et prouvent par l'absurde que l'homme ne peut se réaliser que dans la spiritualité. Seule la rencontre directe et lucide de l'infini pourrait apaiser notre soif de transcendance et briser nos insupportables limites. Le désir d'atteindre un état où l'on sort de soi, même au prix de la souffrance, semble une réalité bien attestée.
« Le besoin de se transcender est presque aussi répandu et, par moment, aussi puissant que le besoin de s'affirmer. Les hommes désirent intensifier la conscience de ce qu'ils en sont venus à considérer comme eux-mêmes […] mais ils désirent aussi avoir la conscience d'être quelqu'un d'autre.[…] ils désirent ardemment sortir d'eux-mêmes et franchir les limites de cet univers clos où chaque individu se sent à l'étroit […]. D'une manière obscure et malgré notre ignorance, nous savons ce que nous sommes vraiment. Nous savons (ou pour être plus précis quelque chose, en nous, sait) que le fondement de notre connaissance est identique au fondement de toute connaissance et de tout être »
Aldous Huxley, Dieu et moi, p.107, Le Seuil, 1994.

[ ± Ajouter ou retirer une objection ]

Références

[ ± Ajouter ou retirer une référence ]

Débat parent