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Lénine a fiché et expulsé les intellectuels

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CitationsCitations [ modifier ]

« Depuis le début 1922, Lénine était entré en guerre contre l’intelligentsia, faisant fermer revues, journaux et départements universitaires. Mais c’est le 19 mai qu’il demanda à Dzerjinski de préparer « la déportation à l’étranger des écrivains et des professeurs qui aident la contre-révolution ». Une commission spéciale du Bureau politique fut formée à cet effet et, pour que les choses se fassent « dans la légalité », Lénine mit en chantier un nouveau Code pénal et ajouta à l’article 57 une clause de « clémence » : l’expulsion administrative – sans jugement – à l’étranger. Le 25 mai, Lénine eut sa première attaque cérébrale ; mais à peine remis, sa préoccupation fut de demander à Staline, secrétaire général du parti communiste, des comptes sur les intellectuels à expulser ; indiquant que la Tcheka devait « dresser des listes », il ajoutait : « plusieurs centaines de ces gentlemen doivent être expulsés dehors sans pitié. Nous allons nettoyer la Russie une fois pour toutes. […] Ils doivent tous être virés de Russie » ; et il n’hésitait pas à dénoncer nommément ses futures victimes. Il inaugurait ainsi la pratique des quotas de répression établis à l’avance, dont Staline allait faire un si large usage lors de la Grande Terreur. Lénine ordonna que la Tcheka fabriquât un dossier d’accusation pour chacun des futurs expulsés, ce qui n’était pas facile tant on ne pouvait leur reprocher que leurs idées. Le 10 août 1922 fut rendu public le nouvel article 57 qui autorisait les expulsions administratives. Comme l’avait déclaré Lénine en mars : « Dans la sphère économique, la retraite continue, dans le domaine politique, l’assaut continue ». Déjà le 6 juin, il avait créé le Glavlit, organe, durant des décennies, de la censure de toutes les publications et de contrôle de la pensée. Et comme le 15 septembre 1922 Gorki, depuis son exil, lui avait écrit pour le mettre en garde contre ces expulsions, Lénine lui répondit avec son élégance coutumière : « […] les intellectuels, les laquais du capital, pensent qu’ils sont le cerveau de la nation. En réalité, ils n’en sont pas le cerveau, ils en sont la merde ». »
Stéphane Courtois, « Lénine et la destruction de l’intelligentsia russe », Communisme et totalitarisme, Perrin, Paris, 2009.
« Parallèlement à ces expulsions, la police politique continuait le fichage de tous les intellectuels suspects de second rang, promis soit à la déportation administrative dans des parties reculées du pays, légalisée par un décret du 10 août 1922, soit au camp de concentration. »
Nicolas Werth, Le livre noir du communisme, Robert Laffont, Paris, 1997.

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Sous-argumentsSous-arguments [ modifier ]

Sous-argumentL'expulsion des intellectuels

« Dès le 22 mai [1922], le Bureau politique mit sur pied une Commission spéciale, comprenant notamment Kamenev, Kourskii, Unschlicht, Mantsev (deux adjoints directs de Dzerjinski), chargée de ficher un certain nombre d’intellectuels pour arrestation, puis expulsion. Les premiers à être expulsés, en juin 1922, furent les deux principaux dirigeants de l'ex-Comité social de lutte contre la famine, Serge Prokopovitch et Ekaterina Kouskova. Un premier groupe de cent soixante intellectuels renommés, philosophes, écrivains, historiens, professeurs d’université, arrêtés les 16 et 17 août, fut expulsé par bateau en septembre. Y figuraient notamment quelques noms qui avaient déjà acquis ou devaient acquérir une renommée internationale : Nikolaï Berdiaev, Serge Boulgakov, Semion Frank, Nikolaï Losski, Lev Karsavine, Fedor Stepoun, Serge Troubetskoï, Alexandre Izgoïev, Ivan Lapchine, Mikhaïl Ossorguine, Alexandre Kiesewetter … Chacun dut signer un document stipulant qu’en cas de retour en URSS il serait immédiatement fusillé. L’expulsé était autorisé à emporter un manteau d’hiver et un manteau d’été, un costume et du linge de corps de rechange, deux chemises de jour et deux de nuit, deux caleçons, deux paires de chaussettes ! Outre ces effets personnels, chaque expulsé avait le droit d’emporter vingt dollars en devises. »
Nicolas Werth, Le livre noir du communisme, Robert Laffont, Paris, 1997.
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Sous-argumentLe fichage des intellectuels

« Parallèlement à ces expulsions, la police politique continuait le fichage de tous les intellectuels suspects de second rang, promis soit à la déportation administrative dans des parties reculées du pays, légalisée par un décret du 10 août 1922, soit au camp de concentration. Le 5 septembre 1922, Dzerjinski écrivit à son adjoint Unschlicht : « Camarade Unschlicht ! Dans le domaine du fichage de l’intelligentsia, les choses sont encore bien artisanales ! Depuis le départ d’Agranov, nous n’avons plus de responsable compétent en ce domaine. Zaraïski est un peu trop jeune. Il me semble que, pour progresser, il faudrait que le camarade Menjinski prenne l’affaire en main. […] Il est indispensable de faire un bon plan de travail, que l’on corrigerait et compléterait régulièrement. Il faut classer toute l’intelligentsia en groupes et sous-groupes : 1) écrivains ; 2) journalistes et politiciens ; 3) économistes (indispensable· de faire des sous-groupes : a) financiers, b) spécialistes de l’énergie, c) spécialistes du transport, d) commerçants, e) spécialistes de la coopération, etc.) ; 4) spécialités techniques (ici, aussi, des sous-groupes s’imposent : a) ingénieurs, b) agronomes, c) médecins, etc.) ; 5) professeurs d’université et leurs assistants, etc., etc. Les informations sur tous ces messieurs doivent provenir de nos départements et être synthétisées par le département "Intelligentsia". Chaque intellectuel doit avoir chez nous son dossier. […] Il faut toujours avoir à l’esprit que le but de notre département n’est pas seulement d’expulser ou d’arrêter des individus, mais de contribuer à l’élaboration de la ligne politique générale vis-à-vis des spécialistes : les surveiller étroitement, les diviser, mais aussi promouvoir ceux qui sont prêts, pas seulement en paroles, mais en actes, à soutenir le pouvoir soviétique. » »
Nicolas Werth, Le livre noir du communisme, Robert Laffont, Paris, 1997.
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ObjectionsObjections [ modifier ]

ObjectionsLes bolchéviks avaient besoin de briser la résistance des intellectuels pour les rallier au pouvoir des soviets

« La dictature du prolétariat commence précisément par « malmener » les classes autrefois dominantes pour les obliger à reconnaître l’ordre nouveau et à s’y soumettre. Élevés dans le préjugé de la toute-puissance bourgeoise, les intellectuels professionnels demeurèrent longtemps sans croire, sans pouvoir croire, sans vouloir croire, que la classe ouvrière était décidément capable d’administrer le pays, qu’elle n’avait pas pris le pouvoir du fait d’un hasard, que la dictature du prolétariat était un fait inéluctable. Les intellectuels bourgeois considéraient donc avec une grande légèreté leurs obligations envers l’État ouvrier, même quand ils entraient à son service, et trouvaient tout simple, en régime prolétarien, soit de livrer aux impérialistes étrangers ou aux gardes blancs les secrets militaires et les ressources matérielles, soit de recevoir pour la propagande antisoviétique des subsides de Wilson, de Clemenceau ou de Mirbach. Il fallait lui montrer par les faits – et lui montrer fermement – que le prolétariat n’avait pas pris le pouvoir pour permettre à ses dépens des plaisanteries d’un goût aussi douteux. »
Léon Trotski, Terrorisme et communisme, 1920.
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« Alors que la lutte pour la conquête et l’affermissement du pouvoir atteignit son plus haut degré d’intensité, que la majorité des intellectuels jouait le rôle d’un bataillon d’assaut de la bourgeoisie, nous combattant ouvertement ou sabotant nos institutions, le pouvoir des Soviets combattait impitoyablement les « spécialistes » parce qu’il se rendait compte de leur valeur organisatrice capitale, tant que, se bornant à remplir les missions que leur confie une des classes fondamentales, ils ne nourrissent pas le dessein d’avoir leur politique « démocratique » personnelle. Ce n’est qu’après que la résistance des intellectuels eut été brisée par une lutte implacable que nous eûmes la possibilité de convier les spécialistes au travail. Nous le fîmes aussitôt. »
Léon Trotski, Terrorisme et communisme, 1920.
SOUS-ARGUMENTS

Sous-argumentLes intellectuels ont d'abord mis toute leur force à saboter le pouvoir des soviets

« Élevés dans le préjugé de la toute-puissance bourgeoise, les intellectuels professionnels demeurèrent longtemps sans croire, sans pouvoir croire, sans vouloir croire, que la classe ouvrière était décidément capable d’administrer le pays, qu’elle n’avait pas pris le pouvoir du fait d’un hasard, que la dictature du prolétariat était un fait inéluctable. Les intellectuels bourgeois considéraient donc avec une grande légèreté leurs obligations envers l’État ouvrier, même quand ils entraient à son service, et trouvaient tout simple, en régime prolétarien, soit de livrer aux impérialistes étrangers ou aux gardes blancs les secrets militaires et les ressources matérielles, soit de recevoir pour la propagande antisoviétique des subsides de Wilson, de Clemenceau ou de Mirbach. »
Léon Trotski, Terrorisme et communisme, 1920.

Sous-argumentLes bolchéviks avaient besoin de rallier des spécialistes bourgeois pour bâtir le pouvoir des soviets

« Il est nécessaire [au nouveau régime soviétique] de tirer des anciennes institutions tout ce qu’elles ont de viable et de précieux et de tout employer à l’œuvre nouvelle. Si nous le faisions pas, camarades, nous ne remplirions pas nos tâches essentielles, car il nous serait impossible de rejeter toutes les forces accumulées par le passé et de trouver dans notre milieu tous les spécialistes nécessaires. En somme, cela reviendrait à dire que nous renonçons à nous servir de toutes les machines qui ont contribué jusqu’à présent à l’exploitation des travailleurs. Ce serait de la folie. Mettre au travail les spécialistes compétents nous est aussi nécessaire que de prendre à notre actif tous les moyens de production et de transport et, d’une façon générale, toutes les richesses du pays. Nous devons – et sans tarder – opérer le recensement des techniciens spécialistes et les soumettre en fait à l’obligation du travail, tout en leur offrant un large champ d’activité et en exerçant sur eux un contrôle politique. »
Léon Trotski, « Le travail, la discipline et l’ordre sauveront la République socialiste des soviets », 1918.
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« À l’heure présente, le pouvoir des Soviets étant assuré, disions-nous à la Conférence urbaine de Moscou le 28 mars 1918, la lutte contre le sabotage doit tendre à transformer les saboteurs d’hier en serviteurs, en agents, en directeurs techniques, partout où le nouveau régime en a besoin. Si nous n’y réussissons pas, si nous n’attirons pas à nous toutes les forces qui nous sont nécessaires, si nous ne les mettons pas au service des Soviets, notre lutte d’hier contre le sabotage, militaire et révolutionnaire, sera par là même condamnée ; son inutilité, sa stérilité auront été démontrées. Ces techniciens, ces ingénieurs, ces médecins, ces instituteurs, ces officiers d’hier renferment, comme les machines inanimées, une partie de notre capital national, que nous avons le devoir d’exploiter, d’utiliser, si nous voulons résoudre d’une façon générale les problèmes essentiels qui se posent devant nous. »
Léon Trotski, « Le travail, la discipline et l’ordre sauveront la République socialiste des soviets », 1918.

Sous-argumentLes intellectuels ne pouvaient rallier le pouvoir bolchévik par la seule persuasion

« Dans nos mesures de rigueur à l’égard des intellectuels, notre petit-bourgeois idéaliste [Kautsky] voit « les conséquences d’une politique qui tend à forcer l’adhésion des intellectuels non par la persuasion, mais par des bourrades… ». Kautsky s’imagine donc sérieusement qu’on peut amener les intellectuels à l’œuvre d’édification socialiste par la seule persuasion – et ce, tandis que règne encore dans tous les autres pays une bourgeoisie qui ne recule devant l’emploi d’aucun moyen pour intimider, corrompre ou séduire les intellectuels russes afin d’en faire les instruments de l’asservissement, de la colonisation de la Russie. [...] Ce n’est qu’après que la résistance des intellectuels eut été brisée par une lutte implacable que nous eûmes la possibilité de convier les spécialistes au travail. »
Léon Trotski, Terrorisme et communisme, 1920.
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Références bibliographiquesRéférences [ modifier ]

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