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L'authenticité de la note de mars 1922 est contestée

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Résumé de l'argumentRésumé de l'argument [ modifier ]

Lucien Sève rapporte en 2017 et 2019 les doutes qu'il avait exprimés en 1999 dans une recension de la biographie l'année précédente de Lénine par Hélène Carrère d'Encausse, et rapporte d'autres propos de Lénine qui prêchent au contraire la tolérance religieuse

CitationsCitations [ modifier ]

« Hélène Carrère d'Encausse cite aussi p. 566 une note de Lénine "très secrète" à Molotov pour le Poltiburo, note de mars 1922 "impitoyable pour son auteur", commente-t-elle, où Lénine appelle à détruire l'ennemi (L'Eglise) (...) En rajoutant ce mot pour que le lecteur "comprenne bien", Hèlène Carrère d'Encausse soulignait plus encore, sans le comprendre elle-même ce que le mot "l'ennemi" a ici d'étonnant. Car pour Lénine l'ennemi n'a jamais été l'Eglise vue anti-cléricale-bourgeoise, dont il a vingt fois fait la critique radicale. Lénine peut-il avoir écrit cela ? Je disais quant à moi :" si quelque âme pieuse, assez inexperte en matière de politique comme d'écriture léniniennes, mais non étrangères au monde complexe des archives soviétiques, avait voulu de toute son ingéniosité nuire (...) à la mémoire de l'antéchrist qui repose dans le mausolée de la place Rouge, c'est un texte de ce genre qu'elle aurait bien pu fabriquer " »
Lucien Sève, Octobre 1917. Une lecture très critique de l'historiographie dominante. Suivi d'un choix de textes de Lénine., p.89-90, En finir avec l'obsession antiléninienne, Editions sociales les parallèles, 1917 + cent, Paris, 2017.
« Parlant des ouvriers qui gardent la foi en Dieu , Lénine écrit "nous sommes absolument contre la moindre injure à leurs convictions religieuses" (t. 15, p. 439). Devenu Président du Conseil des Commissaires du Peuple, il envoie la note suivante à Molotov en avril 1921 : si j'ai bonne mémoire, les journaux ont publié une lettre ou une circulaire du Comité central à propos du 1er Mai qui dit : faire éclater le caractère mensonger de la religion ou quelque chose de ce genre. Il n'en est pas question. C'est un manque de tact. A l'occasion de Pâques justement, il faut recommander autre chose : non pas faire éclater le caractère mensonger, mais éviter absolument tout irrespect envers la religion. Il faut faire paraître une lettre ou une circulaire complémentaire. Si le secrétariat n'est pas d'accord en référer au bureau politique."(t. 45 p. 94) »
Lucien Sève, « A propos d'une lettre secrète à V.M. Molotov, rédigée entre le 9 et le 21 avril 1921, publiée pour la première fois en 1945 oeuvres de Lénine tome 45 p. 94 », Penser avec Marx aujourd'hui tome IV Le Communisme ?, p.433, Chapitre II Communisme et "communisme" dans le court XXè siècle Staline et la dialectique, Editions la Dispute, Paris, 2019.
« L'historiographie dominante fait systématiquement état d'une note que Lénine aurait adressée à Molotov en mars 1922, note très violente où l'Eglise est traitée comme "l'ennemi", et qui invite à tuer le plus grand nombre possible de popes. J'ai exposé les raisons qui peuvent porter à soupçonner ce document d'être un faux (cf commencer par les fins... op.cit p. 224-228 et octobre 1917, op.cit p. 89-91) Je relève que l'historiographie en cause fait un total silence sur cette note irrécusable d'avril 1921 à Molotov, comme sur tant d'autres textes et décisions de même orientation. »
Lucien Sève, Penser avec Marx aujourd'hui tome IV Le Communisme ?, p.433 (note 120), Chapitre II Communisme et "communisme" dans le court XXè siècle Staline et la dialectique, Editions La Dispute, Paris, 2019.

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Sous-argumentsSous-arguments [ modifier ]

Sous-argumentLa position de Lénine fut tout de suite relayée dans la Pravda

« Dans la Pravda du 21 avril 1921, le Comité central du P.C. (b) R, en complément d'une circulaire antérieurement parue, fit insérer une lettre qui proposait que dans le cadre de la célébration du 1er mai, "on ne permette en aucune circonstance une quelconque parole offensante pour les sentiments religieux de la masse de la population". »
Lénine, oeuvres de Lénine, tome 45 Novembre 1920-mars 1923, p.656-note 108 - P. 94, Notes (p. 633-798), Editions sociales, Paris, 1970.
SOUS-ARGUMENTS
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OBJECTIONS
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Sous-argumentEn 1909 Lénine accepte de militer avec les prêtres et les ouvriers croyants

« Si un prêtre vient à nous pour militer à nos côtés et qu'il s'acquitte consciencieusement de sa tâche dans le parti sans s'élever contre le programme du parti, nous pouvons l'admettre dans les rangs de la social-démocratie, car la contradiction de l'esprit et des principes de notre programme avec les convictions religieuses du prêtre, pourrait dans ces conditions, demeurer sa contradiction à lui, le concernant personnellement ; quant à faire subir à ses membres un examen pour savoir s'il y a chez eux absence de contradiction entre leurs opinions et le programme du parti, une organisation politique ne peut s'y livrer. »
Lénine, « De l'attitude du parti ouvrier à l'égard de la religion », oeuvres de Lénine, tome 15 mars 1908-août 1909, p.439, 13 (26) mai 1909, Editions sociales, Paris, 1967.
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« Nous devons non seulement admettre, mais travailler à attirer au parti social-démocrate tous les ouvriers qui conservent la foi en Dieu ; nous sommes absolument contre la moindre injure à leurs convictions religieuses, mais nous les attirons pour les éduquer dans l'esprit de notre programme, et non pour qu'ils combattent activement ce dernier. Nous autorisons à l'intérieur du parti la liberté d'opinion, mais seulement dans certaines limites, déterminées par la liberté de tendances : nous ne sommes pas tenus de marcher la main dans la main avec les propagateurs actifs de points de vue écartés par la majorité du parti. »
Lénine, « De l'attitude du parti ouvrier à l'égard de la religion », oeuvres de Lénine, tome 15 mars 1908-août 1909, p.439-440, 13 (26) mai 1909, Editions sociales, Paris, 1967.
SOUS-ARGUMENTS

Sous-argumentDéjà en 1905 Lénine considère la religion comme une affaire privée

« La religion doit être déclarée affaire privée. C'est ainsi qu'on définit ordinairement l'attitude des socialistes à l'égard de la religion (...) L'État ne doit pas se mêler de religion, les sociétés religieuses ne doivent pas être liées au pouvoir d'État. Chacun doit être parfaitement libre de professer n'importe quelle religion ou de n'en reconnaître aucune, c'est-à-dire d'être athée, comme le sont généralement les socialistes. Aucune différence de droits civiques motivée par des croyances religieuses ne doit être tolérée. Toute mention de la confession des citoyens dans les papiers officiels doit être incontestablement supprimée. L'État ne doit accorder aucune subvention ni à l'Église ni aux associations confessionnelles ou religieuses, qui doivent devenir des associations de citoyens coreligionnaires, entièrement libres et indépendantes à l'égard du pouvoir. Seule la réalisation totale de ces revendications peut mettre fin à ce passé honteux et maudit où l'Église était asservie à l'État, les citoyens russes étant à leur tour asservis à l'Église d'État, où existaient et étaient appliquées des lois inquisitoriales moyenâgeuses (maintenues jusqu'à ce jour dans nos dispositions (égaies), qui persécutaient la croyance ou l'incroyance, violaient la conscience et faisaient dépendre les promotions et les rémunérations officielles de la distribution de tel ou tel élixir clérical. La séparation complète de l'Église et de l'État, telle est la revendication du prolétariat socialiste à l'égard de l'État et de l'Église modernes. »
Lénine, « Socialisme et religion », oeuvres de Lénine, tome 10 novembre 1905-juin 1906, p.81-82, 3 décembre 1905, Editions sociales, Paris, 1967.
OBJECTIONS

ObjectionLénine reconnaît lui-même que cette situation comporte une contradiction pour le croyant

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ObjectionSi le communisme considérait la religion comme une affaire privée, il n'y aurait pas eu de persécutions antireligieuses

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Sous-argumentLa politique de Staline dans les années 1930 sera, au contraire, très répressive

« Tout au long de la guerre civile, Lénine s'est montré impitoyable envers les dignitaires de l'Eglise orthodoxe, mais pour autant il ne cède rien à la tentation forte de déclarer la guerre à la religion - belle leçon de dialectique en acte. Staline va faire tout le contraire. Devenu vivement anticlérical lors de ses dernières années d'étude au sminaire de Tiflis, il va ériger cette attitude idéologique personnelle en ligne politique générale. En 1929-1930 la dékoulakisation brutale se double d'une campagne non moins violente contre la religion qui en aggrave encore l'effet catastrophique. On ferme en grand nombre les églises, on persécute et on massacre les popes, on infamise la croyance et la pratique contre lesquelles on développe une propagande antireligieuse de bas étage. »
Lucien Sève, Penser avec Marx aujourd'hui tome IV Le Communisme ?, p.433-434, Chapitre II Communisme et "communisme" dans le court XXè siècle Staline et la dialectique, Editions la Dispute, Paris, 2019.
SOUS-ARGUMENTS
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OBJECTIONS

ObjectionL'après-guerre stalinien a manifesté une certaine tolérance vis-à-vis du culte orthodoxe

« A minuit après la bénédiction du patriarche, je vis tous ces gens s'embrasser entre eux en répétant les fameuses paroles rituelles du culte orthodoxe : Christ est ressuscité ! En vérité, il est ressucité ! Un bruit de voix joyeuses remplit pendant quelques instants la cathédrale, tandis que le patriarche, suivi de ses métropolites et de ses popes, se dirigeait lentement vers la grande porte de sortie. Portant devatn soi le icones, les reliques et les grandes croix serties de pierres précieuses, le clergé se forma en procession, et fit lentement le tour de la cathédrale, bénissant les foules qui, dans les rues adjacentes, s'agenouillaient à son passage (...) L'attitude tolérante des pouvoirs publics dans ce domaine date surtout de l'époque de la dernière guerre et j'en constatai d'autres preuves pendant mes voyages à travers le pays. »
Michel Gordey, Visa pour Moscou, p.65, Deuxième partie explorations en profondeur chapitre VIII, dimanches, cultes et fêtes : les foules de Moscou, Gallimard L'air du temps (collection dirigée par pierre Lazareff), Paris, 1951.

Sous-argumentLa religion avait droit de cité dans l'URSS des années 1970

« Une odeur ancienne, inoubliable, c'est celle, âcre et suave, de l'encens de la messe orthodoxe. Et l'eglise orthodoxe russe est le pivot de la renaissance du russiannisme. Elle a été pendant des siècles la gardienne de la culture russe. L'étranger, habitué à se représenter l'URSS comme une terre d'athéïsme militant, reste confondu devant l'affluence que connaissent les offices lors des grandes fêtes religieuses telles que Pâques. A ma grande surprise, c'étaient surtout des adolescents et de jeunes adultes qui se pressaient autour des vielles cathédrales pour essayer d'apercevoir le cérémonial spectaculaire qui s'y déroulait. Mais celui qui connaît la Russie sait bien que ses églises sont sa gloire artistique. »
Hedrick Smith, Les Russes. La vie de tous les jours en Union Soviétique, p.434-435, chapitre XVII la religion, Soljenitsyne et le russiannisme de l'URSS, Belfond, Paris, 1976.
SOUS-ARGUMENTS
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ObjectionsObjections [ modifier ]

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Références bibliographiquesRéférences [ modifier ]

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