Débattre avec l'ennemi, c'est participer à la diffusion de ses idées
Résumé
Citations
« Tout dépend de ce qu’on désigne par le terme « Extrême droite ». S’il s’agit de désigner une structure (un parti, un collectif, un mouvement, une association) qui se donne des objectifs politiques d’extrême droite, alors je réponds qu’on ne débat pas, sans aucune ambiguïté. Certaines personnes pourraient penser que la liberté d’expression l’emporte sur tout le reste et qu’il faut miser sur les capacités de persuasion, sur la force des arguments pour contredire l’extrême droite. Mais l’expérience montre que les mécanismes de la parole publique obéissent à d’autres lois que celles de la confrontation démocratique, rationnelle et paisible des idées. Ce qui se passe en réalité relève davantage d’une lutte pour occuper l’espace que d’un débat rationnel. Dans cette lutte pour occuper l’espace, chaque fois qu’on accepte de débattre avec un·e représentant·e d’un parti d’extrême droite, non seulement on lui offre un temps de parole, mais en plus on lui donne de la légitimité, de l’acceptabilité. C’est le fameux principe de la « fenêtre d’Overton », qui désigne ce qui est considéré comme acceptable dans le débat public. À force d’accumuler les prises de parole, l’extrême droite est parvenue à faire entrer dans cette fenêtre beaucoup de thèmes autour desquels les autres partis se sentent obligés d’intervenir. C’est la grande victoire de l’extrême droite, elle a réussi à imposer ses sujets. »
« Bill Maher, défenseur absolu de la liberté d'expression, a également défendu cette stratégie « plus de liberté d'expression » pour justifier sa décision d'inviter Yiannopoulos dans son émission sur HBO vendredi dernier. Dans une déclaration (publiée en réponse à la décision du journaliste Jeremy Scahill de se retirer de l'émission), Maher a déclaré : « Si M. Yiannopoulos est effectivement le monstre que Scahill prétend qu'il est — et il se peut qu'il le soit —, rien ne pourrait mieux servir la cause libérale que de le mettre en lumière vendredi soir. » Outre le fait que Maher n'a pas vraiment remis en cause le sectarisme et les #AlternativeFacts de Yiannopoulos, l'idée même selon laquelle nous devrions automatiquement engager le débat avec les mauvais acteurs/les mauvaises idées, et que cela permettrait en quelque sorte de les « démasquer », est absolument ridicule. À titre d'exemple : pendant des années, les fabricants de tabac ont affirmé que fumer des cigarettes ne causait pas le cancer — aujourd'hui, la grande majorité des gens comprennent que cette affirmation est manifestement fausse. Si Maher invitait quelqu'un dans son émission télévisée nationale afin de « débattre » de cette question, cela ne ferait qu'amplifier cette désinformation et légitimer cette position aux yeux de nombreuses personnes.
(Free speech absolutist Bill Maher also championed this “more speech” strategy in defense of his decision to invite Yiannopoulos onto his HBO show last Friday. In a statement (issued in response to journalist Jeremy Scahill’s decision to pull out of the appearance), Maher said: “If Mr. Yiannopoulos is indeed the monster Scahill claims — and he might be — nothing could serve the liberal cause better than having him exposed on Friday night.” Aside from the fact that Maher did very little to challenge Yiannopoulos on his bigotry and #AlternativeFacts, the very notion that we should automatically engage bad actors/bad ideas in debate, and that this will somehow “expose” them, is absolutely ludicrous. As an example: For years, tobacco companies argued that smoking cigarettes does not cause cancer — the vast majority of people today understand this claim to be patently untrue. If Maher were to invite someone onto his nationally televised show in order to “debate” that issue, all it would do is amplify that misinformation and legitimize that position in many people’s eyes.) »
Références
Justifications
Objections
Débat parent