A l'hiver 1922-1923 dans son "testament" Lénine attaque Staline

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Mots-clés : Léninisme, Révolution russe, URSS, Terreur, Bolchévisme, Totalitarisme [ modifier ]

Résumé de l'argumentRésumé de l'argument [ modifier ]

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CitationsCitations [ modifier ]

« Le camarade Staline en devenant secrétaire général a concentré un pouvoir immense entre ses mains et je ne suis pas sûr qu’il sache toujours en user avec suffisamment de prudence. D’autre part, le camarade Trotsky, ainsi que l’a démontré sa lutte contre le Comité central dans la question du commissariat des Voies et Communications, se distingue non seulement par ses capacités exceptionnelles – personnellement il est incontestablement l’homme le plus capable du Comité central actuel – mais aussi par une trop grande confiance en soi et par une disposition à être trop enclin à ne considérer que le côté purement administratif des choses. Ces caractéristiques des deux chefs les plus marquants du Comité central actuel pourraient, tout à fait involontairement, conduire à une scission ; si notre Parti ne prend pas de mesures pour l’empêcher, une scission pourrait survenir inopinément. »
Lénine, « 1923 -01 Testament de Lénine (25 décembre 1922) », la bataille socialiste, Site d'éducation, d'informations et de ressources documentaires pour le marxisme vivant et la démocratie ouvrière., 2010.
« Post-scriptum. Staline est trop brutal, et ce défaut, pleinement supportable dans les relations entre nous, communistes, devient intolérable dans la fonction de secrétaire général. C’est pourquoi je propose aux camarades de réfléchir au moyen de déplacer Staline de ce poste et de nommer à sa place un homme qui, sous tous les rapports, se distingue de Staline par une supériorité – c’est-à-dire qu’il soit plus patient, plus loyal, plus poli et plus attentionné envers les camarades, moins capricieux, etc. Cette circonstance peut paraître une bagatelle insignifiante, mais je pense que pour prévenir une scission, et du point de vue des rapports entre Staline et Trotsky que j’ai examinés plus haut, ce n’est pas une bagatelle, à moins que ce ne soit une bagatelle pouvant acquérir une signification décisive. »
Lénine, « 1923 -01 Testament de Lénine (post scriptum 4 janvier 1923) », la bataille socialiste, Site d'éducation, d'informations et de ressources documentaires pour le marxisme vivant et la démocratie ouvrière., 2010.
« On a souvent expliqué cette note par l'irritation qu'avait causée à Lénine l'incident qui mit aux prises le 22 décembre Kroupskaia et Staline, où celui-ci fit preuve d'une grossièreté particulière. Cependant tous les textes écrits à cette époque témoignent que Lénine ne réagit pas émotionnellement, avec une sensibilité de malade, mais est dominé par la prise de conscience de certaines réalités. L'une de celles-ci, qu'il est seul à entrevoir alors, est l'immensité du pouvoir stalinien. Pour les autres dirigeants, le serétaire général du Parti reste un administrateur assumant les tâches de gestion qui les ennuient ; un personnage effacé, qu'ils méprisent ou ignorent, mais qu'ils ne comptent parmi les successeurs possibles de Lénine. Lénine, au contraire durant sa réclusion, a vu se multiplier aussi les signes de cette brutalité. Il réagit à ce problème comme il réagit aux difficultés de l'Etat, en se tournant vers son Parti sans doute, mais au delà, en insistant sur une donnée qu'il avait jusqu'alors négligée, la valeur humaine. »
Hélène Carrère d'Encausse, Lénine La révolution et le pouvoir, p.168-169, Chaptire 5 Lénine devant son oeuvre (la succession), Flammarion, Paris, 1979 (1972).
« Le bref examen d'une seule question, mais névragique, ajoutera encore au bien-fondé de cette conclusion : celle du style de direction de Lénine confronté à celui de Staline tel qu'il affleure déjà en 1922, et qui conduit Lénine à préconiser son remplacement au poste récemment créé de Secrétaire général ou il a "concentré entre ses mains un pouvoir immense" (tome 36 p 607). Jusqu'au bout de son activité, début mars 1923, et alors même que la ligne politique du parti et de l'Etat est la dictature du prolétariat, Lénine n'a cessé de les diriger d'une manière essentiellement démocratique (...) il n'exige jamais il ne commande pas d'en haut : il ne cesse d'argumenter pour faire prévaloir une analyse, acceptant toujours, fut-ce en maugréant, d'être mis en minorité, donc d'avoir à argumenter davantage. Lénine, dirigeant, fonctionne exclusivement à la conviction majoritairement acquise. »
Lucien Sève, Octobre 1917. Une lecture très critique de l'historiographie dominante. Suivi d'un choix de textes de Lénine., p.95, Non, Staline n'était pas précontenu dans Lénine, Editions sociales les parallèles, 1917 + cent, Paris, 2017.

Sous-argumentsSous-arguments [ modifier ]

Sous-argumentEn janvier 1923 il préconise contre Staline une démocratisation de la commission centrale de contrôle

« (...) Lénine rompt avec le communisme de guerre pour établir une politique de paix sociale. Vivement soucieux de la vie démocratique du parti et par-dessus tout de ses instances dirigeantes il préconise en janvier 1923 qu'à chaque séance du bureau politique" assistent des ouvriers et paysans membres de la commission centrale de contrôle" qui devront "sans considération de personnes, veiller à ce qu'aucune influence ne puisse les empêcher de faire une enquête, de vérifier les dossiers et "de façon générale, d'obtenir une clarté absolue et une stricte réguarité de toutes les affaires" (t. 33 p. 499) - mesure hardie clairement destinée à bousculer l'inspection ouvrière et paysanne où il dénonce "le vrai type de notre ancien appareil d'Etat " (p.495)- le responsable en est Staline... »
Lucien Sève, « Lénine, "Comment réorganiser l'inspection ouvrière et paysanne ?", 23 janvier 1923 (Pravda 25 janvier 1923) », Penser avec Marx aujourd'hui Tome IV "Le communisme" ?, p.382, Chapitre II Communisme et "communisme" dans le court XXème siècle. L'insoutenable filiation de Lénine à Staline, Editions La Dispute, Paris, 2019.
SOUS-ARGUMENTS [ modifier ]

Sous-argumentD'après Alain Peyrefitte Lénine ne reprochait pas à Staline sa violence mais son bureaucratisme

« Chez des intellectuels marxistes qui connaissent mal leurs auteurs, il existe une légende : Lénine aurait refusé de confier sa sucession à Staline parce qu'il le trouvait trop violent. "Trop grossier" certes, avait-il dit en janvier 1922 (sic). Mais il a en réalité voulu écarter Staline parce qu'il redoutait son irrésistible penchant à la centralisation bureaucratique. »
Alain Peyrefitte, Quand la Chine s'éveillera... le monde tremblera, p.170-171, tome 2 : Quatrième partie : le coût de la réussite chapitre XXXI, Fayard Livre de poche, Paris, 1973.
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Sous-argumentStaline frappe politiquement Lénine par l'interception de son courrier

« (...) il recommande de le "démettre de ses fonctions" au XIIè Congrès d'avril 1923, auquel il pressent qu'il ne sera pas en état de participer - il va plonger les jours suivants dans un silence dramatiquement définitif, alors même qu'il a engagé la lutte décisive contre Staline. Lequel a engagé en retour une bataille de la plus cynique inhumanité contre Lénine, qu'il prive systématiquement d'informations en circonvenant ses mèdecins, en terrorisant ses secrétaires, et jusqu'à insulter son épouse Nadejda Kroupskaïa. Ces dernières lettres au Congrès de Lénine, capitales, ne seront, chose inouïe, pas portées à la connaissance des congressistes d'avril 1923, Lénine étant toujours vivant. On n'exagère pas en disant que la première grande victime politique de Staline fut Lénine lui-même durant ses derniers mois de vie. Ce qui donne déjà idée - on aura énormément à y ajouter- de ce dont fait litière la thèse de la filiation politique entre léninisme et stalinisme. »
Lucien Sève, Penser Marx aujourd'hui tome IV, "Le communisme" ?, p.384-385, Chapitre II Communisme et "communisme" dans le court XXè siècle. L'insoutenable filiation de Lénine à Staline, Editions La Dispute, Paris, 2019.
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Sous-argumentL'utime texte secret de Lénine, le 6 mars 1923, attaque également Staline

« Lettre à des dirigeants communistes georgiens. Rigoureusement secret . Aux camarades Mdidvani , Makharaze, etc . Copie aux camarades Trotsky et Kamenev.

Estimés camarades, Je suis votre affaire de tout coeur. Je suis indigné par la grossièreté d'Ordjonikidzé et de la connivence de Staline et de Dzerjinski. Je prépare à votre intention des notes et un discours. Avec mes respects. Lénine

note 5 L'état de santé de Lénine s'étant gravement déterioré dans les jours suivants, Lénine ne put préparer ces notes ni ce discours. Cette lettre est le dernier texte qu'il ait dicté. »
Lucien Sève, Octobre 1917 Une lecture très critique de l'historiographie dominante suivi d'un choix de textes de Lénine, p.161 (Oeuvres tomes 45 p. 629), Vladimir Illitch Lénine. Choix de textes.6 mars 1923, Editions Sociales Les parallèles 1917 + 100, Paris, 2017.
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ObjectionsObjections [ modifier ]

ObjectionsLenine et Staline ne paraissent pas diverger sur l'instauration au printemps 1922 de la censure

Debut juin 1922 une censure appelée glavlit s'abat sur l'Union Soviétique. Dans ses travaux Lucien Sève qui suit pas à pas l'oeuvre et les propos de Lénine pour bien les distinguer de ceux de Staline n'évoque pas ce problème.
SOUS-ARGUMENTS [ modifier ]

Sous-argumentLes critiques de Lénine contre Staline à l'hiver 1922-1923 ne portent pas sur le Glavlit

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ObjectionsIl est hasardeux de mettre en parallèle des déclarations de circonstance avec des évènements qui se dérouleront quinze ans plus tard

Ainsi Djerzinsli mis également en cause par Lénine dans le texte du 6 mars 1923 décède en 1926. En 1938 Boukharine dans sa lettre testament l'oppose favorablement au Staline des années 1930 qui venait de le faire condamner à mort.
« Dzerjinski n’est plus, les grandes traditions de la Tchéka, lorsque l’idéal révolutionnaire inspirait toutes ses actions et justifiait la cruauté des coups qu’elle portait aux ennemis, afin de protéger l’Etat des assauts de la contre-révolution, ont peu à peu sombré dans l’oubli. A cette époque, les organes de la Tchéka méritaient toute notre confiance, notre respect, et nul n’aurait songé à contester leur autorité. Aujourd’hui, les organes du NKVD, dans leur majorité, constituent une organisation dégénérée de bureaucrates sans idéaux, moralement déchus mais grassement rémunérés ; avides de médailles et de gloire, ils se parent de l’autorité passée de la Tchéka à seule fin d’alimenter la méfiance maladive de Staline (j’ai peur d’en dire plus) ; ils inventent des histoires sordides ne se rendant pas compte qu’ils creusent leur propre tombe, car l’Histoire ne tolère pas les témoins d’aussi ténébreuses affaires. »
Nicolas Boukharine, « Lettre à la génération future », 2 mars 1938.
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ObjectionsL'état de santé de Lénine en décembre 1922 est devenu très alarmant selon ses mèdecins

« Henri Bernard, professeur à l'Ecole Royale Militaire et chargé de la formation anticommuniste des futurs officiers belges, écrit à propos du soi-disant Testament de Lénine: "Trotsky devait normalement succéder à Lénine. Lénine pensait à lui comme à son successeur". Le mythe du "testament de Lénine" est largement répandu parmi les auteurs bourgeois. Quelle est son origine ? Lénine fut frappé d'une première attaque de paralysie en mai 1922. A ce moment, Staline était le principal dirigeant des bolcheviks. Depuis 1919, il était membre du bureau politique, à côté de Lénine, de Kamenev et de Trotsky. Il était le seul parmi ces membres du bureau politique à siéger également dans le bureau Organisation. Sur proposition de Lénine, il était aussi devenu Secrétaire Général du parti en avril 1922. Le 6 décembre, Lénine a été frappé d'une deuxième attaque grave de paralysie. Le 24 décembre, ses médecins se sont entretenus avec le Bureau Politique. Ils ont fait confirmer leur décision d'interdire à Lénine de recevoir ni visites ni rapports politiques. La tension et le stress pourraient provoquer une nouvelle attaque, fatale cette fois. Lénine était autorisé à dicter pendant cinq à dix minutes par jour. Le Bureau Politique a désigné Staline comme intermédiaire entre Lénine et ses médecins. C'était une tâche ingrate, sinon impossible. Jusqu'à ce moment, Lénine avait toujours eu le dernier mot dans toutes les décisions importantes du parti depuis sa fondation en 1903. Il devait inévitablement se sentir très frustré par sa paralysie et son éloignement de la vie politique. Et en effet, Lénine tentait désespérément d'intervenir dans les débats politiques dont, physiquement, il n'était plus en mesure de maîtriser tous les éléments. Il sentait que la fin approchait et essayait encore d'intervenir dans l'avenir du parti. Sur demande des médecins, le bureau politique lui interdisait tout travail politique. Mais il s'adressait à sa femme et à sa soeur pour obtenir des documents importants. Chaque médecin concédera qu'une telle situation doit conduire irrémédiablement à des conflits psychologiques et personnels extrêmement pénibles. » Ludo Martens, « le testament de Lénine », Solidaire (extrait du livre un autre regard sur Staline, Belgique, 8 septembre 1993). »
Ludo Martens, « Le testament de Lénine », Solidaire, Belgique, 8 septembre 1993.
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ObjectionsLénine attaque Staline sans contester le principe de la puissance du secrétaire général du comité central

« Cependant, quels que fussent la raison et le contexte précis qui poussèrent Lénine à proposer de relever Staline de son poste de secrétaire général, cette demande majeure mais circonscrite prouve que Lénine n'entend pas modifier la structure de l'appareil central du parti, car il réprimande le titulaire du poste tout en n'engageant pas d'analyse sur la nature de ce poste qui concentre tous les pouvoirs. Lénine, de plus, ne propose pas de remplaçant. »
Dominque Colas, Lénine politique, p.471, chapitre 20 la succession, Fayard, Paris, 2017.
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Références bibliographiquesRéférences [ modifier ]

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