Les minorités subissent un shadow ban permanent

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Débat parentCet argument est utilisé dans le débat Faut-il supprimer les réseaux sociaux ?.
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CitationsCitations

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« Face à la censure grandissante de groupes militants sur les réseaux sociaux et en parallèle à l'absence totale de modération des contenus sexistes, racistes, appelant au cyber-harcèlement, une vague de mobilisation se lance. Militant·es de groupes féministes, personnes racisées, personnes transgenres, handicapées, grosses, artistes et photographes appellent « à mettre fin à cette censure et ces discriminations » et dénoncent « une silenciation permanente ». Ils appellent « les plateformes à se positionner et à prendre des décisions fortes ».

Tous·te·s ensemble, nous nous interrogeons : on nous oppose que ces règles existent afin de sécuriser les plateformes. Est-ce réellement le cas ?

Les réseaux sociaux restent un des terrains de choix des violences, des oppressions et des rapports de force. Quand des groupes malveillants agissent pour silencier les groupes militants, d’autres règnent en faisant l’apologie de la pédocriminalité et des violences sexuelles.

Sur Twitter, le hashtag #teens mène directement à des milliers de tweets pédocriminels. D’autres encore utilisent les réseaux sociaux pour diffuser des contenus intimes sexuels sans le consentement des personnes via les « comptes fisha », exclusivement créés dans le but misogyne d’humilier publiquement les personnes perçues comme femmes.

Au printemps 2020, un compte Instagram nommé « les putes de Liège » a publié la vidéo d’un viol en réunion d’une jeune fille, mineure, qui avait été droguée. Le contenu est resté disponible plus de 16 heures, ce malgré les milliers de signalements. Sur Instagram, le collectif Stop Fisha ne compte même plus la quantité phénoménale de comptes signalés. Pourtant, la même réponse revient invariablement : « Ce compte n’enfreint pas nos Règles de la communauté. »

Les vidéos de viol restent ainsi sur la plateforme, ce avec la complicité des algorithmes sexistes des GAFAMs. Comment expliquer que la moindre photo de téton jugé « féminin » soit censurée instantanément après publication, alors que les comptes fisha ne cessent de se multiplier, et ce, malgré les centaines, voire milliers de signalements ?

Nous dénonçons avec force cette politique du « deux poids, deux mesures ».

Les réseaux sociaux constituent un outil fondamental d’expression et de visibilité pour les minorités. Ils nous permettent en outre de nous organiser, de débattre, de faire entendre nos problématiques spécifiques au plus grand nombre.

Face à nos contenus censurés, supprimés et nos comptes qui disparaissent, des centaines de milliers d’autres planifient leur haine organisée, sans qu’aucun signalement n’aboutisse. Dans ce cadre, que penser de l’éternelle « erreur d’algorithme », constamment invoquée par les plateformes ? Un algorithme est généré par des êtres humains. Si l’algorithme discrimine des comptes sur la base d’orientations sexuelles, d’identités de genre, d’appartenances raciales ou ethniques et bien d’autres, c’est que le regard de ses créateur·ices est un regard discriminant.

Dans ce contexte de censure inexcusable, nous demandons à Twitter France, Facebook France (détenant Facebook et Instagram) ainsi qu’à Snapchat France de clarifier le fonctionnement de leurs algorithmes et de leurs procédures de modération.

Pourquoi désavantagent-ils systématiquement les contenus des minorités militantes ?

Nous souhaitons une modification de l’algorithme pour une meilleure représentation et visibilité des corps des minorités. De la même manière, nous demandons d’arrêter de censurer préventivement les hashtags massivement signalés, car ils le sont la plupart du temps à des fins malveillantes.

Nous demandons des procédures de bannissement plus efficaces dans le cas d’attaques racistes, sexistes, islamophobes, antisémites, transphobes, grossophobes, putophobes et requérons par ailleurs le blocage des comptes appelant ou participant au cyber-harcèlement. Ces procédures de blocage doivent être accélérées, car pour les contenus incriminés, chaque seconde supplémentaire sur les réseaux renforce les dynamiques de cyber-harcèlement en influant dangereusement sur la santé et la sécurité des victimes.

Nous demandons la création d’un observatoire indépendant des réseaux sociaux, cofinancé par l’Etat et les plateformes. Nous demandons à ce qu’il soit composé d’associations de luttes, d’un Observatoire de la démocratie, de citoyen·ne·s, de représentant·e·s de l’Etat et de représentant·e·s des réseaux sociaux afin de proposer des lignes claires de modération.

Nous demandons enfin que la responsabilité légale des plateformes sur les contenus mettant en scène des violences sexuelles et de la pédocriminalité soit engagée.

Nous répétons que la censure sur les réseaux sociaux ne représente que le continuum de la silenciation systématique des minorités ayant lieu dans les espaces « hors-ligne ».

Si nous, minorités, nous sommes regroupées dans des espaces alternatifs afin de diffuser, créer, nous organiser, nous réinventer, c’est bien pour pallier cette invisibilisation à laquelle nous sommes condamné·e·s sur des plateformes plus traditionnelles, dans une société où nos revendications peinent à trouver un écho auprès du grand public et de nos dirigeant·e·s.

Nos identités sont politiques et à ce titre, notre survie tient à notre visibilité.

Nous appelons les plateformes à se positionner et à prendre des décisions fortes en conséquence, après des années à ignorer nos demandes ou à se déresponsabiliser en invoquant les règles obscures des algorithmes. Vous trouvez-vous du côté des agresseurs sexuels, des pédocriminels, des cyber-harceleurs, ou du côté du progrès social et des minorités ? »

Auteur non renseigné, « Stop à la censure des minorités sur les réseaux sociaux », Mediapart.

RéférencesRéférences

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Arguments pourSous-arguments

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Arguments contreContre-arguments

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  • Argument contreLes réseaux sociaux comportent de nombreux contenus chouants, leur fonctionnement demande à être amélioré
  • Argument contreLes cas cités concernent des contenus choquants trop présents sur les réseaux sociaux, mais non une volonté délibérée de censure des minorités

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