La justice restaurative a une efficacité limitée
Résumé
Citations
« Pour analyser le fonctionnement du dispositif en France et estimer son efficacité sans se limiter à cette échelle individuelle, cette nouvelle étude a mené une enquête pendant 3 ans. Aux observations pendant les séances de médiations se sont ajoutés des entretiens et les effets ont été considérés de manière large, c'est-à-dire pas seulement à l’échelle des victimes et des auteurs, mais aussi à l’échelle de leurs cercles sociaux, de l’action publique et des professionnels qui animent ces médiations. Résultats, il y a des effets positifs à court terme à l'échelle individuelle mais leur durabilité pose question. »
« Gaby, Cael, Manon et Johanna Silva évoquent le sujet de la justice restaurative (ou réparatrice au Québec), ainsi que celui de la justice transformative. Ces formes de justice concentrent leurs actions sur les faits commis et leurs répercussions sur les personnes concernées, plutôt que sur le tort causé à la loi. Pensées comme des dispositifs complémentaires ou alternatifs à la justice pénale, elles visent à la fois la réparation de la victime — et de ses préjudices — et la responsabilisation de l’auteur de violences.
Cael s’est longuement penchée sur ces dispositifs et se montre aujourd’hui très prudente : « J’en arrive à la conclusion qu’il n’existe pas vraiment de protocoles totalement sécurisants. » Selon elle, tous ces outils peuvent être détournés ou instrumentalisés.
Elle cite notamment la manière dont certains discours anti-carcéraux peuvent être retournés contre les victimes : « On va parfois leur dire : “Si tu portes plainte, tu fais le jeu d’un système raciste et colonial.” » Un autre point de vigilance concerne la participation de l’auteur aux démarches de justice alternative. « Cela suppose qu’il soit réellement partie prenante du processus, ce qui n’est pas toujours le cas », explique-t-elle.
Si certains acceptent de s’engager, leur motivation peut d’abord relever d’intérêts personnels — préserver leur image, retrouver une respectabilité sociale, ou continuer à accéder à certains espaces — davantage que d’une réelle intention de réparer les impacts des violences commises.
Ce déséquilibre, hérité des rapports de domination de genre, peut alors se rejouer tout au long du processus. Là où la victime cherche avant tout la reconnaissance de la violence subie, sa réparation et la garantie qu’elle ne se reproduira pas, elle s’expose aussi à des risques importants : être confrontée à un agresseur qui minimise ou nie ses actes, ou à l’échec du protocole faute d’engagement réel de sa part. « Dans tous les cas, c’est encore la victime qui peut perdre », résume Cael. D’où, selon elle, la nécessité de ne pas idéaliser ces dispositifs. »
Références
Justifications
Objections
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