Lénine défendait un projet pédagogique des droits des nationalités, bien différent des conceptions volontaristes de Staline

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Mots-clés : Léninisme, Révolution russe, URSS, Terreur, Bolchévisme, Totalitarisme [ modifier ]

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« Quand les bolcheviks parlent de fédération au début des années 20, ils ont, semble-t-il, dans l'esprit un projet clair : une organisation des nations qui maintienne un certain degré d'identité nationale, mais corrigée par des institutions centralisées qui assureraient la cohésion de l'ensemble. Cette vision assez simple et communément acceptée, explique que Staline ait une place prépondérante dans la commission créée le 10 août 1922 et chargée d'élaborer la constitution de la fédération. Ceci explique aussi que le projet rédigé personnellement par Staline reproduise le modèle de la R.S.F.S.R. La fédération doit se faire par adhésion des républiques encore indépendantes à la R. S. F. S. R. »
Hélène Carrère d'Encausse, L'empire éclaté, la révolte des nations en URSS, p.17, chapitre premier "Quand la prison des peuples s'est ouverte", Flammarion, Paris, 1978.
« A l'automne 1922, Lénine est déjà un grand malade (...) Mais dans les dernières semaines d'une vie active qui se ralentit, la question nationale sera l'un de ses soucis majeurs et il entrevoit les problèmes à venir avec lucidité et desespoir. Convalescent, il se fait communiquer tardivement le projet constitutionnel, et il en est effaré. D'une part il sait les oppositions qu'il soulève ; et il comprend que loin de contribuer au progrès de l'internationalisme, ce projet approfondit les passions nationales. Par ailleurs Lénine reste , comme il l'a été toute sa vie attaché à une vision internationaliste de l'Etat soviétique. Ce qu'il veut, c'est aboutir au dépassement des nations dans une communauté nouvelle, et non cristalliser les nationalismes. Enfin, la révolution et les années qui ont suivi lu ont montré de manière irréfutable que la conscience sociale évoluait à son propre rythme, selon des lois propres et non par la force et par des institutions étrangères à ses aspirations. »
Hélène Carrère d'Encausse, L'empire éclaté, la révolte des nations en URSS, p.18, chapitre premier "Quand la prison des peuples s'est ouverte", Flammarion, Paris, 1978.
« Dès 1921, Lénine entrevoit que seule une longue pédagogie modifiera les mentalités. Et que la conscience nationale requiert pour être changée en conscience internationale, beaucoup de temps, beaucoup de confiance, beaucoup de tact. Face à cette vision essentiellement pédagogique du changement, que la maladie et le recul ont certainement contribué à approfondir, le projet volontariste de Staline lui fait l'effet d'une bombe.Les oppositions qu'on lui rapporte confirment à Lénine qu'il faut compter avec les mentalités et non les bousculer, sous peine de figer les différences nationales. C'est pourquoi, Lénine va s'opposer de toutes les forces dont il dispose encore à ce projet qui "verse de l'eau au moulin des indépendantistes". Ce qu'il reproche à Staline c'est "d'être trop pressé", de vouloir ignorer les sentiments réels des hommes. »
Hélène Carrère d'Encausse, L'empire éclaté, la révolte des nations en URSS, p.18-19, chapitre premier "Quand la prison des peuples s'est ouverte", Flammarion, Paris, 1978.
« On voit ici comment les évènements ont mûri la pensée de Lénine depuis 1918. Fidèle à lui-même, il ne se bat jamais contre l'obstacle qu'il découvre, mais s'efforce de le contourner. En 1922, cet obstacle, c'est la différence entre les nations. C'est pourquoi il y attache tant d'importance, car il sait que le choix immédiat déterminera toutes les relations futures des nations soviétiques. »
Hélène Carrère d'Encausse, L'empire éclaté, la révolte des nations en URSS, p.19, chapitre premier "Quand la prison des peuples s'est ouverte", Flammarion, Paris, 1978.
« Que le problème est crucial, Lénine n'est pas le seul à le penser. Staline, qui jusqu'alors a joué les seconds fidèles, entre en rébellion. S'adressant aux membres du bureau politique, il critique les positions de Lénine et l'accuse de "libéralisme national". Mais cette révolte est brève. Constatant qu'il ne sera pas suivi, Staline se soumet et rédige un nouveau projet conforme aux voeux de Lénine, qu'il diffuse comme si sa rédaction n'était en rien l'aboutissement d'un grave conflit. »
Hélène Carrère d'Encausse, L'empire éclaté, la révolte des nations en URSS, p.19, chapitre premier "Quand la prison des peuples s'est ouverte", Flammarion, Paris, 1978.

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